oriibu (chroniques anachroniques sur le Japon)

10 janvier 2021

Goma, le rituel purificateur du Feu

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La cérémonie du feu du Mikkyo (bouddhisme ésotérique japonais des écoles Tendaï, Shingon et Shugendo) appelée Goma a pour origine le rite Indien d’offrandes brahmanique consacré à l’élément feu et au dieu Shiva, mais son sens bouddhiste en diffère radicalement. Ce rituel requière de l’officiant de longues années d’études et d’apprentissage minutieux, et seuls des moines ayant reçu l’initiation peuvent prétendre pratiquer le Goma, qui n’est en aucun cas un simple feu que l’on allume dans un joli cadre avec un semblant de cérémonie…

On distingue plusieurs catégories de rites du feu, mais le plus couramment pratiqué dans le bouddhisme ésotérique japonais est le Sokusai goma, banquet d’offrandes à Fudo Myoo, autrement appelé Fudo goma.

Le Goma se fait en priant et en appelant Fudo Miyoo, le bouddha courroucé, symbole de la sagesse immuable, à se manifester dans les flammes afin de sublimer les passions et de l’illusion, en consumant tous les désirs et les trois poisons que sont la cupidité, la colère et l'ignorance.

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Le pouvoir purificateur spirituellement et psychologiquement du feu vient en aide à des particuliers, à des groupes de personnes, à des entreprises, à l'État ou à tous les êtres en général dans le but de rendre le monde meilleur. Parfois des buchettes sur lesquelles les fidèles ont écrit des prières ou vœux sont mises à bruler pour les transmettre à Fudo Myoo, symbole de la sagesse immuable, afin qu’il les exauce.

Dans le feu, en offrande au Bouddha Courroucé, de l’encens, des huiles, de l’eau parfumée sont jetés par le prêtre qui effectue les mudras (positions symboliques des mains) et psalmodie dans un rythme envoutant le sutra approprié (souvent le sutra du cœur ou le sutra du lotus), scandés par le rythme du taiko (tambour japonais), les sons des bols tibétains, des cloches, des conches et mokugyo (poissons de bois).

Cette cérémonie est d’une exceptionnelle intensité.  Le feu dans lequel s’incarne Fudo Myoo purifie l’Esprit, détruit les obstacles, les énergies négatives, les mauvaises pensées et les désirs néfastes. « L’être humain a des mauvais penchants comme la colère, l’envie, la jalousie. En les brûlant dans les flammes de la Sagesse, on les élimine. Voici le sens de la cérémonie du Feu. » (Uhehara Gyosho, maître du temple Tendai Isaki-Ji)

 

 

 

 

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photos (c)Oriibu 208, cérémonie Goma au temple Arigato Zen

 

 

 

Voir aussi Magie du Goma, le rituel du Feu au temple Arigato Zen

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03 janvier 2021

Benzaiten déesse aux multiples visages

Benzaiten est une déesse du bouddhisme japonais très connue et vénérée, que l’on retrouve dans de nombreux temples avec souvent un bâtiment qui lui est dédié : le benten-do.

Elle a la particularité d’être une déesse multicarte, si l’on en juge par son curriculum vitae :

  • Déesse des rivières et de l’eau
  • Déesse de la parole et des lettres
  • Déesse de la richesse et de la bonne fortune
  • Patronne de la musique, poésie, de l’apprentissage et de l’art
  • Défenderesse de la nation
  • Protectrice de la loi de Bouddha

Ca pourrait sembler faire beaucoup d’attributs pour une seule personne (aussi divine soit elle), d’autant plus que sont mélangées des qualités qui pourraient sembler assez éloignées, voire antinomiques, tel que l’art de la musique et le rôle guerrier de protection du pays.

Elle a aussi la singulière particularité d’être la seule femme dans le groupe des sept dieux de la Bonne Fortune au Japon où on la retrouve aussi bien dans des temples bouddhistes que des sanctuaires shinto ou enclaves shugendo. Si la plupart des kamis (esprits divins) du shinto ont été « bouddhéisés » pour faciliter le développement du bouddhisme au Japon, Benzaiten est un des rares cas ou un dieu bouddhiste a été « shintoïsé », à savoir fusionné avec Ugajin, kami des moissons et de la fertilité représenté par un corps de serpent et une tête d’homme barbu ou de femme.

Tout cela fait que Benzaiten est représentée, statues ou peintures, de façon très différente selon le lieu et l’époque, les écoles bouddhistes ou sanctuaires shinto, les sensibilités visées. Et c’est ce qui est le plus étonnant : la jolie joueuse de biwa (luth japonais) et la guerrière portant des armes à chacun de ces huit bras est la même personne ? La réponse est oui, seule la qualité de la déesse mise en avant diffère.

 

Happi Benzentai

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Benzaiten a été introduite au Japon au 7ème siècle en qualité de déesse à huit bras armés pour défendre le bouddhisme et le pays, telle qu’elle était martialement décrite dans le Sutra de la Lumière Dorée, Cette représentation de Benzaiten à Huit Bras dériverait en grande partie de la déesse de combat hindoue Dourga, un aspect de Kali, généralement représentée en Inde avec un visage et huit bras. Dourga représente la puissance et incarne le sacrifice et la connaissance spirituelle. Elle tue le Mal et accorde la richesse matérielle comme spirituelle.

Happi Benzaiten (Happi signifie littéralement «huit bras») porte des armes dans chacune de ses huits mains, symbolisant son rôle de défenderesse du bouddhisme et de protection du Pays. Ces armes sont décrites dans le Sutra de la lumière dorée: un arc (yumi), une flèche (sen), une épée (riken), une hache (ono), une lance (sankogeki), un long pilon (tokkosho), une roue de fer (rin) et une corde (kenjaku).  Au fil du temps, les représentations de Happi Benzaiten ont parfois modifié les objets portés dans chaque main, et on trouve parfois par exemple des icônes porteuses de richesse telles que le joyau exauçant les souhaits et la clé de l'entrepôt.

La plus ancienne sculpture de Happi Benzaiten au Japon date du 8ème siècle, et Benzaiten à Huit Bras a toujours été populaire auprès des samourais, tels le premier shogun Minamoto Yoritomo  (1147-1199), le grand unificateur Oda Nobunaga (1534-1582), le général Toyotomi Hideyoshi (1536-1598) et le puissant daimyo (seigneur) Kobayakawa Takakage (1533-1597).

Mais le mikkyo (bouddhisme ésotérique japonais) mit rapidement l’accent sur ses origines remontant à la déesse indoue de la rivière Sarasvati, également déesse de la musique, de la connaissance, de l'éloquence, de la sagesse et des arts, et la divinité des rivières. A la fois épouse, demi-sœur et fille de Brahma, le dieu créateur de la trimurti (partie manifestée de la divinité suprême qui se fait triple) indienne, leur union souligne la notion que la connaissance est une condition sine qua non de la création. Les possessions matérielles ne l'intéressent pas, aussi elle est habituellement habillée d'un simple sari blanc et porte peu de bijoux, par rapport aux standards indiens. En Chine, Corée et Japon, elle est intégrée au panthéon du bouddhisme où elle représente la gardienne de la loi céleste. Sarasvati, déesse personnifiant un fleuve sacré et l’eau en général, représente par extension tout ce qui coule (la musique, la poésie, l'écriture, l'apprentissage, l'éloquence, la sagesse, le spectacle) et est « l'incitatrice de toutes les chansons agréables, l'inspiratrice de toute pensée gracieuse».

 

Daibenzaiten

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Daibenzaiten est une forme à deux bras de Benzentai, tenant dans la main droite une épée  (riken, symbole de la sagesse, du discernement, du pouvoir sur le mal et de la suppression de l'ignorance) et dans la gauche un joyau (hōju, joyau magique représentant le pouvoir des enseignements de Bouddha et apportant tout ce que l'on désire, y compris le trésor, la nourriture et les vêtements, la guérison de la maladie ou de la souffrance et la victoire sur le champ de bataille). Selon certaines légendes, le bijou a été obtenu du roi dragon de la mer.

Cette forme de Benzaiten est devenue populaire au 13ème siècle (ère Kamakura) et la représente souvent avec le serpent Ugajin (kami de la bonne fortune) enroulé au sommet de sa tête, d’où son autre nom Uga Benzaiten.

 

Une magnifique représentation d’Uga Benzentai se situe sur l’ïle d’Enoshima, lieu particulièrement dédié à la déesse qui serait à l’origine même de cette petite île. L’histoire, qui se situe en 552 après JC, a été racontée par le moine bouddhiste japonais Kōkei (1047) : un dragon destructeur qui terrorisait les pêcheurs de la région fut séduit par la belle déesse et la demanda en mariage.  Benzaiten, éloquente et persuasive, rejeta la proposition du dragon et lui fit comprendre qu'il avait mal agi en tourmentant les pêcheurs. Amoureux et honteux, le dragon cessa ses mauvaises actions et se transforma en île, Enoshima dont la colline est maintenant connue sous le nom de Colline de la Bouche du Dragon (tatsu-no-kuchi yama).

 

 

 

Benzaiten jouant du Biwa,  Déesse de la musique

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Benzaiten jouant du biwa (luth japonais) est la forme la plus courante de la déesse dans le Japon contemporain : une belle femme vêtue d'une robe fluide de style chinois et jouant du luth à quatre cordes (biwa), ou plus rarement de la flûte. Cette représentation de Benzaiten jouant du biwa est apparue très tôt dans les peintures de mandala japonais de l'ère Heian (794 à 1185), mais est restée confidentielle jusqu’à l'époque de Kamakura (1185-1333) où elle devint populaire grâce au succès de cet instrument dans la cour impériale, notamment en raison de Fujiwara no Moronaga (1138-1192), très grand musicien dont les œuvres au biwa sont encore aujourd’hui considérées comme les plus abouties avec cet instrument.

Par ailleurs, la popularité du sutra du Lotus a également mis en avant Benzaiten, grâce au 24ème chapitre dans lequel elle est assimilée à Myō-on Bosatsu (Bodhisattva du Son Merveilleux) en tant que déesse de la musique.

Pendant la période Edo (1603-1868), devenue l'un des sept dieux de la bonne fortune du Japon, sa popularité atteint son apogée, et elle reste aujourd’hui la déesse préférée des musiciens et artistes.

Comme d’autres dieux de l’époque Kamakura, Benzaiten jouant du Biwa est parfois entièrement nue, mais elle était vêtue avant tout rituel ou présentation au public.

 

 

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Benzaiten, déesse venue de l’Inde au Japon en traversant la Chine et la Corée s’est donc complètement intégrée à l’esprit et aux croyances japonaises, les hommes y trouvant à chaque époque et dans chaque contexte matière à vénération, que cela soit en tant que déesse de l’eau, guerrière protectrice,  patronne des arts ou déesse de la bonne fortune.

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Oriibu

photos (c) Oriibu

 

Sources et references:

Japanese Buddhist statuary :  http://www.onmarkproductions.com/

Encyclopedia of shinto : http://eos.kokugakuin.ac.jp/

 

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20 décembre 2020

Le roi dragon Kurikara

représentation de Kurikara à Narita San

Dans le bouddhisme ésotérique japonais (mikkyo), Kurikara est une manifestation, de Fudo Myoo, « Inébranlable roi de la sagesse ». Cet avatar est également connu sous le nom de Kurikara Fudo ou Kurikara Myoo, et prend la forme d'un serpent ou d'un dragon couronné de flammes enroulé autour d'une épée verticale, avec sa bouche ouverte sur le point d'avaler la pointe de l'arme, appelée l'épée Kurikara, kurikaraken.

Cette représentation provient du combat que Fudo Myoo mena contre un non-croyant en Bouddha. Fudo Myoo se transforma d’abord en sabre de feu mais son opposant en fit de même, ce qui rendit l’issue du combat incertaine. Fudo Myoo se métamorphosa alors en dragon Kurikara, s’enroula autour du sabre ennemi enflammé et le dévora par la pointe, éteignant le feu et s’assurant ainsi la victoire.

Historiquement, l’origine de Kurikara remonte au roi-dragon Kulika mentionné dans les légendes indiennes, et donc repris dans la cosmogonie bouddhiste. À cet égard, il est également connu sous le nom de Kurikara Ryuu (Dragon Kurikara), parfois roi dragon Kurikara.

La légende dit que la première représentation de Kurikara connue au Japon ait été ramenée de Chine par Kukai (774-835) lui-même, le saint fondateur de l'école bouddhiste Shingon. Cette statue se trouve sur le Mont Koya, dans le petit sanctuaire zushi. La plus grande image entièrement en bois (1,83m), datant de la fin de la période Heian (1185), est conservée à Kotakeji  (préfecture d'Ooita).                                                                       

Kurikara est notamment particulièrement important dans le shugendō, tradition spirituelle japonaise bouddhiste (incluant des éléments animistes, shinto, taoïstes, confucianistes) où la relation entre l'homme et la nature est primordiale, dont le but est le développement d'expériences de pouvoirs spirituels par la pratique vertueuse de l'ascèse. Le dragon Kurikara symbolise l’énergie interne développée au travers de la pratique du sabre. Kurikara est la manifestation du fier Fudo Myoo, le saint des moines guerriers du Japon, utilisant son sabre pour détruire l’illusion et l’attachement.

Kurikara est un sujet particulièrement prisé pour les tatouages. Si pour les yakuzas (mafia japonaise), la symbolique du roi dragon est directe, le choix de ce motif de tatouage dans l’occident moderne répond surement plutôt à un choix esthétique qu’à une conviction spirituelle ou religieuse.

 

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Photo (c) Oriibu 2010

 

sources:

http://www.aisf.or.jp/~jaanus/deta/k/kurikara.htm                                                                                               

https://fudosama.blogspot.com/2004/11/kurikara-sword-of-fudo-myo-o.html

https://www.facebook.com/groups/710632945650209/

 

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06 décembre 2020

Benzaiten: divinité du bonheur

Benzaiten est une divinité japonaise issue du syncrétisme entre le bouddhisme et le shinto. Elle est à la fois la version bouddhiste de la déesse hindoue Sarasvatī et la version shinto du kami Ugajin.

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Dans le shinto, la religion séculaire du Japon, Ugajin est le kami (esprit divin) céleste des moissons et de la fertilité, divinité aussi bien masculine que féminine, souvent représentée avec un corps de serpent et une tête d'homme barbu, pour la variante masculine ou une tête de femme pour la variante féminine.

Sarasvati est la déesse hindouiste de la connaissance, de l'éloquence, de la sagesse et des arts, et la divinité des rivières. A la fois épouse, demi-sœur et fille de Brahma, le dieu créateur de la trimurti (partie manifestée de la divinité suprême qui se fait triple) indienne, leur union souligne la notion que la connaissance est une condition sine qua non de la création. Les possessions matérielles ne l'intéressent pas, aussi elle est habituellement habillée d'un simple sari blanc et porte peu de bijoux, par rapport aux standards indiens. En Chine, Corée et Japon, elle est intégrée au panthéon du bouddhisme où elle représente la gardienne de la loi céleste.

C’est dans le bouddhisme japonais Tendai que le kami Ugajin est l'objet d'une fusion syncrétique avec la déesse bouddhique Benzaiten. Elle fait partie des Sept Divinités du Bonheur et est aussi considérée comme l'une des divinités guerrières les plus puissantes. Son rôle dans le Sutra de la lumière d’or est de protéger le souverain et le pays, ce qui lui a conféré au Japon les fonctions de protectrice et de dispensatrice de richesses, la popularisant ainsi comme divinité de la Bonne Fortune, de la richesse, du bonheur, de la sagesse, mais aussi de tout ce qui coule aisément, comme la musique, l’expression artistique et les paroles, l’éloquence.

 

Au Japon, un benten-dō est un temple bouddhiste dédié à Benzaiten, et, parce que la déesse est, à l'origine, la personnification d'une rivière, les benten-dō se trouvent souvent à côté d’une source d'eau, une rivière, un étang, une source ou même la mer.

L’île d’Enoshima est sans doute le principal lieu de dévotion envers Benzaiten, puisqu’elle est à l’origine même de cette petite île japonaise. L’histoire, qui se situe en 552 après JC, a été racontée par le moine bouddhiste japonais Kōkei (1047) : un dragon destructeur qui terrorisait les pêcheurs de la région fut séduit par la belle déesse et la demanda en mariage.  Benzaiten, éloquente et persuasive, rejeta la proposition du dragon et lui fit comprendre qu'il avait mal agi en tourmentant les pêcheurs. Amoureux et honteux, le dragon cessa ses mauvaises actions et se transforma en île, Enoshima dont la colline est maintenant connue sous le nom de Colline de la Bouche du Dragon (tatsu-no-kuchi yama).

Cette île située à  une heure de Tokyo est devenue un haut lieu touristique pour les japonais, autant par son histoire que par la magnifique vue qu’elle offre sur le mont Fuji. En tous les cas, elle est le témoignage de la culture japonaise, mêlant tradition shinto et religion bouddhiste.

 

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 photos (c) Oriibu 208

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21 juin 2020

Arigato Zen et la révolution Musubi / chap 1: Musubi dans le shinto

LE MOT MUSUBI

Comme c’est le cas pour la plupart des mots de la langue japonaise, il n’existe pas de traduction littérale de musubi. Le verbe musubu (むすぶ, 結ぶ) signifie lier, porter (fruits), conclure, connecter, unir, allier, fermer fortement, pincer, et le  nom commun musubi (むすび, 結び) a le sens de fin, conclusion, jonction, union.

Ainsi, on retrouve le terme musubi dans les expressions suivantes : musubime (nœud), musubitsuki (relations, rapport, lien, union, connexion), musubitsuku (s'unir à, se rattacher à, être lié à), musubitsukeru  (unir, attacher, rattacher, lier à, joindre, relier, allier). musubi est donc un mot utilisé dans des expressions courantes en y mettant le sens de nouer, lier, connecter, unir, attacher, relier, etc.

Mais au-delà de cette utilisation de musubi dans le langage courant des japonais, ce mot revêt un sens spirituel développé dans la religion shinto. Le concept spirituel de musubi n’a pas de traduction littérale dans une langue occidentale et ne peut pas être exprimé de façon simple. Il faut donc le considérer sous différents aspects afin d’en comprendre le sens profond qui explique en grande partie le mode de pensée des japonais et ouvre des perspectives modernes et positives pour l’évolution de notre monde, comme le souhaite Soho Machida. Pour cela, nous allons d’abord essayer de définir ce qu’est le shinto, puis le terme kami, ce qui nous permettra de placer le concept de musubi dans son environnement.

LE SHINTO

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Le mot « shinto », traduit par « Voie des dieux »,  est issu des deux kanji  chinois shin (神, kami en japonais, dieu ou dieux) et to (道, do ou michi en japonais, voie). Le shinto, autrement appelé kami no michi en japonais, est le nom de la religion d’origine du Japon.

L’ensemble des croyances et pratiques rituelles du shinto prennent leurs racines dans l’époque protohistorique du Japon (Jômon, -10000 à -300 avant JC) et ses cultes de la nature et des morts ainsi que ses rites agraires, mêlant des éléments polythéistes et animistes. Le shinto est donc une religion spécifiquement japonaise qui s’est forgée et structurée seule au long de plusieurs milliers d’années, mais on ne peut nier qu’à partir du Vème siècle le bouddhisme, le confucianisme et le taoïsme l’ont influencé, sans qu’il soit toujours facile de définir à quel degré.

Ces pratiques et croyances n’avaient à l’origine pas besoin de nom, elles étaient simplement et naturellement pratiquées. Ce n’est qu’au VIème siècle de notre ère que le mot « shinto » fut officiellement employé, en réaction à l’apparition et au fort développement du bouddhisme introduit au Japon. Deux livres commandités alors par l’Empereur du Japon décrivent la cosmogonie du shinto: le Kojiki (chronique des faits anciens, 712) et le Nihonshoki (chroniques du Japon, 720).

La principale différence entre le shinto et les grandes religions monothéistes réside dans le fait qu’il est non dogmatique. Il s’agit plus d’une « philosophie universelle de la nature »  que d’une religion révélée. Le shinto n’a pas de fondateur, pas de doctrine systématique ou de dogme absolu, pas de préceptes ou commandements, pas d’objets de vénération comme des symboles ou idoles. Le Kojiki  et le Nihonshoki ne sont en rien des textes sacrés faisant office de Loi Divine comme la Bible ou le Coran peuvent l’être, mais juste des textes décrivant la mythologie et la cosmogonie shinto.

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Dans le shinto, il n'y a pas de croyance rigide ou de rite d'initiation. Pour être pratiquant shinto, il suffit d'avoir l'esprit shinto: l'esprit de gratitude pour le don de la vie et les bienfaits des Kamis. N’importe qui peut être shinto, pour peu qu’il ait cette forme de révérence, de sincérité et de gratitude qui découle naturellement de la vie, et qu’il vive conformément à celles-ci. C’est ce qui est appelé le « kannagara », signifiant « en accord avec les Kamis » .

Cela explique qu’il existe des centaines d’écoles ou branches shinto, officiellement reconnues ou plus informelles. Jean Herbert, grand érudit du shinto, a dit : « j’ai rencontré plus d’un millier de prêtres shinto et de shintoïstes, et aucun ne m’a dit la même chose. »

 

KAMI

Le terme kami est souvent traduit par dieu, mais cela ne rend qu’imparfaitement le sens de ce mot. On peut distinguer deux types de kamis : les kamis « célestes » décrits dans la mythologie shinto : clairement identifiés, ayant chacun un rôle bien défini (l’un des plus connus de ces kamis est Amaterasu-Omikami, déesse du Soleil), et les kami de la nature, qu’on peut décrire comme l’a fait  Motoori Norinaga (1730-1801) comme « Tout ce qui possède certaines qualités éminentes sortant de l'ordinaire, ou qui est impressionnant de nature. »   Un arbre majestueux, un coucher de soleil magnifique, un vent qui fait joliment bruisser les feuilles d’un arbre, un rocher extraordinaire ou une superbe montagne sont des kamis:

« Tout dans la nature est métamorphose et création des kamis, donc le caractère sacré de ces derniers réside en toute chose  ».

amaterasu-disque    kami-rocher

Dans les deux cas, il est plus juste de parler d’Esprit divin plutôt que de dieu.

En complément de ces notions de kamis célestes et liés à la nature, il convient d’ajouter la notion de Kami intérieur : « Le corps humain lui-même, dans son état naturel et pur est un kami. » (shinto Yamakage).

« Chaque être humain possède un kami intérieur, esprit-enfant (bunrei) du kami créateur de l’univers, pur et doté d’une grande sagesse » (Motohisa Yamakage). Ce kami intérieur est le vrai-moi trop souvent en conflit avec le moi-ego du monde relatif et conflictuel. Unifier le kami et l’être humain permet de devenir un spirituellement.

 

MUSUBI DANS LA MYTHOLOGIE SHINTO

Selon le Kojiki (chronique des faits anciens), avant toute chose il y avait le « Grand Vide », c'est-à-dire ni existence ni non-existence… Puis, au commencement du Ciel et de la Terre, venu de nulle part apparut le premier kami Ame no Minaka Nushi no Kami (Auguste Kami du Centre de l’Univers) immédiatement suivi de Takami musubi no Kami (Auguste kami créateur de merveilles) et Kami musubi no Kami (Kami créateur de trésors). Ces 3 premiers Kamis, nés d’eux-mêmes, sont à l’origine de la terre et de la vie: ils proviennent du néant, du vide. Ce sont les Dieux-créateurs, il n’y a rien dans l’univers qui ne provienne de ces trois kamis.

On voit que, dès le début du « commencement du Ciel et de la Terre », la notion de musubi apparaît. Si le premier kami est le « pilier central de l’univers », les deux musubi-kami sont « la base de la naissance et de la croissance de toute chose » : Takami musubi représente la potentialité masculine, expansive et différenciante, facteur positif, soleil, développement du mental, tandis que Kami musubi symbolyse la potentialité féminine, contractante et réintégrante, facteur négatif, lune, développement de la vie.

Takami musubi  et Kami musubi sont les kamis de la première dualité du shinto: ciel-masculin / terre-féminin. Ce sont eux qui représentent l’esprit et la base de la naissance, la puissance de création et d’harmonisation et la croissance de toute chose.

Les kamis qui suivirent sont tous les esprits-enfants de ces trois premiers kamis. A leur tour, ces divers kamis ont généré tous les phénomènes de l’univers. Issus de cette chaîne de procréation, les êtres humains, les animaux, les plantes et toute créature naturelle sont, dans leur essence profonde, la progéniture du premier kami, Auguste Kami du Centre de l’Univers.

 

MUSUBI: FORCE VITALE

Musu peut être traduit par « engendrer, créer, générer, unir » et hi (bi) par « soleil, feu, lumière ou esprit ». musubi est donc le Soleil qui engendre,  mais aussi le Feu qui génère,  l’Esprit qui crée, donnant à musubi le sens «d’Esprit de naissance et de devenir ».

Mais pour certains penseurs shinto, musubi serait la contraction de « mi musubi » ou le « mi » (signifiant trois) ajoute une troisième composante : sur un plan tangible (concret),  musubi est le soleil qui engendre, tandis que sur un plan intangible (insaisissable) c’est « une puissance dynamique unissant une paire d’opposés corrélatifs tels que l’homme et la femme, le jour et la nuit » (C. Fujisawa)

musubi est non seulement la force qui crée, mais c’est également la force intangible qui connecte les opposés dans l’ensemble de la Grande Nature : humains, animaux, végétaux, minéraux. Cette force créative et connective génère une énergie qui est à la base de toute vie.

 

MUSUBI INDIVIDUEL

Au-delà du musubi collectif, il y a le musubi individuel: évolution, transformation et développement de l’esprit, le rendant plus fort. C’est l’engendrement, la culture, la transformation et le développement du nahohinomitama (pur esprit) du shinto.

Le musubi individuel se conçoit dans trois « créations » : celle du corps (entretien de la santé), celle  du cœur (croissance psychologique), celle de l’esprit (purification de l’âme) 

Au nivau individuel, l’ambivalence de musubi se traduit par ce qui est mauvais (tout ce qui empêche ces créations) et ce qui est bien (tout ce qui favorise ces créations), notions bien différentes de celle du pécher chrétien (le bien et le mal selon une moralité).

Dans la pensée shinto, chaque être vivant possède un Esprit unique : ichi rei. Cet esprit résulte du degré de développement de quatre âmes que tout être vivant possède : l’âme sauvage, l’âme d’harmonie, l’âme joyeuse et l’âme mystérieuse. Les deux premières sont dites inconscientes, alors que les deux autres sont conscientes et représentent la dualité de musubi. L’esprit positif de l’âme joyeuse (sachi mitama) est l’énergie mâle, le développement de la vie, le printemps et l’été (saisons positives), la fleur qui pousse et fleurit, et l’esprit négatif ou passif de l’âme mystérieuse (kushi mitama) est l’énergie femelle qui rétracte et absorbe les choses, présente à l’automne et en hiver (saisons négatives), c’est la fleur qui fane et meurt.

Dans cette dualité, il ne faut évidemment pas confondre la notion du positif et du négatif qui se complètent avec la notion du bien et du mal qui s’opposent. Selon Motohisa Yamakage, être bien c’est « être droit »  (comportement moral, équilibre de l’esprit du corps et de l’âme), et être mal c’est « être tordu » (comportement immoral, gauche, incurvé ou tordu).

Pour aller plus loin, notons que les quatre âmes (sauvage, harmonieuse, joyeuse et mystérieuse), représentant chronologi-quement les aspects physique, émotionnel, intellectuel et spirituel doivent être abondantes et équilibrées pour avoir un  Esprit Unique fort et équilibré. L’excès ou la faiblesse de l’une ou l’autre d’entre elles va provoquer des perturbations de l’être humain, une maladie physique ou psychologique. Là aussi, le principe de musubi dans sa dimension de création et connexion trouve toute sa dimension.

[à suivre]

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(photos (c) Oriibu 2013)

 

 

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20 juin 2020

Arigato Zen & La Révolution Musubi (Introduction)

Depuis plus de quinze ans, Soho Machida enseigne la méditation par la voix ARIGATO ZEN, qu’il a créée et développée sur la base de ses connaissances bouddhistes, multiculturelles et philosophiques (1).

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Dès son premier passage en France en 2012, il nous a parlé de l’importance du concept de Musubi, et très récemment il a écrit: « Mon objectif est de partager ma philosophie du musubi (interconnexion) avec les gens du monde entier. Si nous ne dépassons pas la philosophie de la dichotomie, la civilisation moderne aura à faire face au désastre avant longtemps. » (2)

Qu’elle est la signification de musubi que Soho Machida interprète comme « interconnexion »  et considère comme étant la solution pour sauver le monde ?

Le mot musubi est un terme couramment utilisé par les japonais, mais il revêt aussi un sens très spirituel et philosophique issu de la pensée shinto, la religion séculaire du Japon. Le musubi devrait nous permettre, selon Soho Machida, d’avoir une approche et une vision différentes du Monde et de son évolution, nous donnant l’espoir de le voir s’améliorer.

Cela peut paraître étrange qu’un concept shinto soit enseigné par un moine bouddhiste dans le cadre d’une forme de méditation non religieuse, mais pour un Japonais cela ne pose aucun problème !

Dans les pages qui suivent, nous allons donc tenter de comprendre dans le premier chapitre la notion musubi dans le shinto. Le deuxième chapitre aborde quant à lui le musubi dans la pratique d’ARIGATO ZEN. Enfin, le troisième chapitre est l’autobiographie de Soho Machida, permettant de comprendre comment sa vie l’a amené à avoir cette approche si particulière de la spiritualité et à créer la méditation ARIGATO ZEN.

 

[à suivre]



(1) Soho Machida est un moine bouddhiste qui a vécu plus de vingt ans dans un monastère de Kyoto, il a vécu au Japon, aux USA, à Singapour et a parcouru le Monde, et il est Docteur en Philosophie des Religions  comparées.

 (2) https://ameblo.jp/kazenotsudoi

 

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23 mai 2020

Kami Kaze : l'Esprit Divin du Vent

Quand on entend le terme « kamikaze », on pense aujourd’hui instantanément à un homme (ou une femme) prêt à mourir en actionnant une ceinture explosive qu’il porte au milieu d’une foule la plus dense possible, de façon aveugle et non ciblée, juste pour le plaisir de faire un maximum de morts innocents. Bien sûr, cet homme, ce terroriste, pense agir pour une noble cause, celle pour laquelle il a été endoctriné au point de mépriser sa propre vie et celle des autres. Esprit faible, lavage de cerveau, haine contre les autres, espoir d’une reconnaissance dans ce monde ou celui de l’au-delà, de multiples raisons peuvent expliquer une telle action mortifère.

On sait que ce mot « kamikaze » désigne à l’origine les pilotes japonais qui, lors de la fin de la guerre du Pacifique (1944), alors que la défaite de leur pays face aux Etats-Unis semblait inexorable, se sacrifiaient en propulsant leur avion sur les porte-avions ennemis. Si les premiers kamikazes avaient un côté héroïque et sacrificiel, dans la lignée des samouraïs, il faut avouer que les derniers kamikazes n’avaient plus rien  de chevaleresques, puisque c’étaient de jeunes pilotes endoctrinés et formés uniquement au décollage et au piqué sur une cible, dans un avion chargé d’explosifs. Beaucoup d’entre eux obéissaient aux ordres, sans aucun désir de mourir ou de donner la mort, mais contraints par la pression sociétale du Japon de l’époque qui ne pouvait envisager la défaite et la reddition. La plupart d’entre rataient leur cible ... Ce nom de kamikaze faisait référence aux typhons qui quelques siècles plus tôt avait empêché les mongols d’envahir le pays du Soleil levant (voir plus loin).

 Pourtant, « kamikaze » est un mot qui a une origine bien différente et bien plus ancienne que ces deux interprétations bien connues. Le mot est un composé de deux mots japonais : Kami et Kaze (prononcer « kazé »). Le terme kami signifie, dans la religion shinto, « esprit divin », alors que kaze signifie « vent ».  Kamikaze est en fait la contraction de Kaze no Kami, signifiant donc « Esprit divin du vent ».

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 Le shinto, la religion d’origine du Japon, est souvent appelé Voie des Dieux (traduction de Kami no Michi, autre nom du shinto). Pour être très précis, la traduction de kami serait plutôt « force ou principe spirituel agissant », mais les termes esprit divin, dieu ou divinité sont employés communément pour plus de simplicité.

 Le pluriel employé dans « Voie des dieux »  renvoie tout de suite à une notion de religion polythéiste, ce qui est confirmé par la présence effective de nombreuses divinités (kami) adorées dans les sanctuaires shinto. Pour cette raison, le shinto est souvent rapproché du chamanisme. Effectivement le shinto est issu des croyances et des pratiques rituelles apparues à l’époque protohistorique du Japon : culte de la nature, culte des morts, rites agraires.

 Kaze no Kami, l’esprit du vent, a une importance particulière dans un pays tel que le Japon, soumis depuis toujours à de multiples caprices de la nature, dont les typhons sont une des expressions extrêmes. Le vent est un facteur déterminant de la vie quotidienne des agriculteurs et des pêcheurs.

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 Le sanctuaire shinto d’Ise, le plus important sanctuaire de cette religion, dont le principal bâtiment est consacré à Amaterasu (kami du Soleil), possède aussi un bâtiment dédié à Kaze no Kami : Kazahinomi no miya.

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L’insuffisance ou l’excès de vent sont néfastes, mais sa présence et son expression sont indispensables à la vie. Sans vent, les voiles des bateaux de pêche ne peuvent se gonfler et les graines ne peuvent se disséminer. Trop de vent déchire les voiles et provoque des naufrages, détruit les rizières et les plantations. Cela explique que Kaze no Kami, l’esprit du vent, est particulièrement vénéré. A Nara, ancienne capitale du Japon, le sanctuaire Anashinimasu Hyozu Jinja fait référence aux vents saisonniers orageux du nord-ouest dans le cadre d'un culte pour la prévention des vents dommageables. Par ailleurs, de nombreux cultes locaux utilisent des faux ou faucilles comme instruments magiques pour assurer la protection contre le vent afin d’assurer des récoltes abondantes. La plupart de ces rituels se passent autour du "210ème jour" à compter du premier jour de la nouvelle année, jour censé signaler le début de la saison des typhons.

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Dans de nombreux endroits, des exorcismes « kami du vent » (kaze no kami okuri) sont pratiqués pour chasser les mauvais esprits. De tels rites visent non seulement à éviter les typhons et autres vents violents, mais aussi à exorciser et à chasser les autres mauvais esprits que sont  kami épidémiques (ekishin),  responsables du rhume et de la grippe liés au froid et courants d’air.

 Kamikaze, vent divin, fait aussi référence au typhon qui a sauvé le Japon par deux fois lors des invasions mongoles (1274, 1281). Alors que les japonais faisaient face à une invasion maritime des mongols contre lesquels ils s’avéraient militairement largement surpassés, des typhons vinrent miraculeusement détruire la flotte des envahisseurs, les obligeant à rebrousser chemin, ce qui a permis au Japon de rester intouchable.

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De façon plus quotidienne et pacifiste, le kami du vent est aussi celui qui s’exprime dans la légère brise qui vient nous rafraîchir une journée d’été, le petit vent qui fait vibrer soudainement le feuillage d’un arbre qu’on est en train d’admirer, celui qui fait s’envoler les fleurs du cerisier.

 

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Dans la méditation ARIGATO ZEN, les sessions organisées par Soho Machida au Japon s’appellent Kaze no Tsudoi, ce qui veut dire "Rassemblement du Vent". Pour Soho Machida, le vent (Kaze) prend ici le sens d’esprit, ou pneuma en grec, ce que Machida considère être la nature de Bouddha que chacun possède en soi. C’est également le vent qui amène les gens à pratiquer ARIGATO ZEN et à y revenir ou non.

 Et ARIGATO ZEN, c’est le souffle, le vent qui entre en nous (inspire) et en ressort (expire) à chaque son du mantra, chargé de nos pensées et émotions, nettoyant notre corps et notre esprit.

 Alors, quand on vous parle de kamikaze, ne pensez plus forcément aux terroristes, mais entendez également « kami kazé » ou « kaze no  kami », esprit du vent, et pensez au vent léger ou fort qui souffle sur notre planète, pensez à votre respiration et au vent qui circule en nous, nettoyant corps et esprit.

 

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Orribu

photos (c) Oriibu 2009, sanctuaire Ise, Japon

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08 avril 2019

Le grand Bouddha de Kamakura

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Oh vous qui suivez l'Étroit Sentier

Du brasier du bucher au Jugement Dernier

Soyez bons pour les païens qui prient

Le Bouddha de Kamakura !

(Bouddha à Kamakura, poème de Rudyard Kipling)

Le grand Bouddha de Kamakura a impressionné Rudyard Kipling en 1892, comme il impressionne les millions de visiteurs du Kōtoku-in qui depuis des centaines d’années se rendent au temple bouddhiste de l’école Jodo. Impressionnant par sa taille (plus de 13 mètres) et son âge (plus de 700 ans), ce daibutsu (grand Bouddha) l’est surtout par la force paisible et sereine qui s’en dégage.

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Tout d’abord  construite au 13ème siècle en bois, cette statue d'Amitabha Bouddha (Amida en japonais)   fut endommagée par une tempête qui détruisit le bâtiment qui l’abritait, puis fut reconstruite en bronze. Le nouveau bâtiment fut à nouveau détruit par deux fois au 14ème par des tempêtes puis par un tsunami au 15ème siècle et depuis cette époque, le daibutsu de Kamakura est à l’air libre, offrant sa vue impressionnante de beauté au visiteur qui franchit le pas du site Kotoku-in.

Quelle sérénité, quelle image de tranquillité et de paix !

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Ce daibutsu a la particularité de pouvoir être visité de l’intérieur, et la visite de ses entrailles permet de comprendre la technique de construction de ce monument impressionnant il y a plus de 700 ans, en 30 parties ingénieusement imbriquées les unes dans les autres. Visiter ainsi le cœur du Bouddha est surtout l’occasion de s’inscrire dans le cheminement des millions de pèlerins et de curieux qui ont rendu hommage à ce Bouddha.

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Dans son poème sur le bouddha de Kamakura, Rudyard Kipling fait ouvertement référence  à la chrétienté : l’étroit sentier est la porte de la vie dont la voie est étroite (Mathieu, 7, 14), et le bûcher est le lieu de sacrifice d'enfants au dieu Moloch, situé dans la vallée de Ben Hinnom, au sud de Jérusalem (Isaïe, 30, 33) (source http://kiplinginfrench.free.fr/)

Quelle que soit le sensibilité ou la spiritualité du visiteur du grand Bouddha de Kamakura, il y ressentira très certainement un grand sentiment de tranquillité et de plénitude.

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Merci au daibutsu de Kamakura de diffuser de message universel de Paix !

 

Oriibu

photo (c) Oriibu 2018

 

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19 février 2019

pour la paix perpétuelle: éthique du samouraï moderne

 

Théorème de la pais perpétuelle, par Toshiro Isogushi, dans son livre Tectonique de la plaque défaillante :

PP=  (P+(CCxR)-RX)/NH – (COT-CI)/(S+DM) + PE/RN x (LI+LC)/FM – CMI/DT x (GP + PPR –GPR)

Développement :

Paix Perpétuelle=  (Peuple + (Culture et Civilisation x Religion) - Racisme et Xénophobie) / Nature Humaine – (Crime Organisé Transnational - Commerce International) / (Surpopulation+Dictature Moderne) + Pollution Environnementale / Ressources Naturelles x (Libertés Individuelles + Liberté Collective) / Flux Migratoires – Complexe Militaro Industriel / Démocratie Traditionnelle x (Guerre Permanente + Paix Provisoire  –Guerre Provisoire)

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Petite précision : Toshiro Isogushi, maître du dojo d’Ishen (Japon),  n’a jamais existé… Si ce n’est dans l’imagination du romancier Patrice Franceschi, auteur de « Ethique du samouraï moderne : petit manuel de combat pour temps de désarroi. »

Ce livre énumère ainsi  327 propos que Toshiro Isogushi a (aurait) transmis à ses élèves, à une époque où le monde des samouraïs disparaissait au profit d’un monde inconnu, où « le progrès humain a perdu son élan face au progrès technologique. » 

Dans ce monde nouveau, que Toshiro Isogushi décrit comme empli de prisons invisibles et de fausses libertés, un « monde d’hommes à tête sans visage », l’éthique du samouraï moderne est « la voie de l’homme libre » permettant la renaissance, c'est-à-dire la possibilité de penser et agir par soi-même.

Cet enseignement nous est transmis dans ce traité au style proche de l’Hagakure, dans cinq livres-chapitres traitant des choses essentielles, des choses principales, des choses difficiles, des choses du quotidien et des choses diverses. Cinq chapitres, comme les cinq rouleaux du Go Rin No Sho de Miyamato Musashi !

Parmi les centaines de propos repris dans le traité, citons en exemple le propos 239 qui résonne particulièrement dans notre actualité, en exposant que la médisance vient le plus souvent des envieux :  « En compagnie de sa sœur jalousie, l’envie fait naître chez les faibles une colère démesurée devant le succès des plus forts, les amène à se sentir petits face à la grandeur de ceux qui réussissent, et les pousse, quand ils ont échoué, à désirer ardemment le même sort pour tout le monde. » Et que devons nous faire pour répondre à ces calomnies ? Rien. Et que devons nous en penser ? Qu’il est agréable de déplaire aux gens mauvais, car c’est la preuve que nous sommes sur la bonne voie !

Un livre à dévorer par tous ceux qui se sentent une âme de samouraï dans un monde qui a tendance à se désagréger, dans le but positif de vivre en harmonie avec soi-même, loin des dictats que veut nous imposer la nouvelle civilisation avec sa pensée unique et  ses imprécations mercantiles. Vivre et lutter pour que le théorème de la Paix perpétuelle trouve enfin son application dans le monde réel !

 

Oriibu

 

Référence : Ethique du samouraï moderne: Petit manuel de combat pour temps de désarroi, Patrice Franceschi, février 2019, éditions Grasset

 

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01 décembre 2018

Terre, Eau, Feu: triptyque Shinto à Bordeaux

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 Je suis tombé en arrêt devant cette œuvre d’art figurant sur les murs d’un gigantesque hangar de la Base Sous-marine de Bordeaux…  Les 3 origines décrites par la religion Shinto, symbolisées par le carré, le cercle et le triangle, ont été peintes par un artiste dans cette immense cathédrale de béton.

Je ne sais pas si l’artiste auteur de ce triptyque avait en tête cette référence aux 3 origines Shinto ou Bouddhistes (puisqu’on trouve également cette symbolique dans le bouddhisme ésotérique japonais), mais pour moi cela fut un choc de découvrir ce chef d’œuvre dans ce lieu créé pour servir l’art militaire mais finalement dédié à l’Art tout court.

Pour le Shinto, le sangen (les 3 origines) s’exprime physiquement par le feu (le triangle), l’eau  (le cercle) et la terre (le carré). Pour pousser, les plantes ont besoin de lumière, d’eau et d’une terre fertile.

Cette œuvre peinte sur le mur d’une ancienne base militaire fait écho à la peinture du moine bouddhiste zen  Sengai Gibon (1750 - 1837), connue sous le nom  "L'Univers" :

 

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Dans  le Shinto, les Trois Origines sont liées (musubi):

  • iku musubi (le feu), le monde animal,  l’esprit de vie, la source d’énergie et de conscience, gouvernant le système nerveux.
  • Taru musubi (l’eau), le monde végétal, l’esprit de plénitude, la souplesse, le corps et ses transformations, la circulation sanguine et le fonctionnement des organes internes.
  • tamatsume musubi (la terre, le monde minéral), l’esprit de réalisation. C’est le système digestif, la base de l’existence contrôlant à la fois l’esprit et le corps. Aucune vie animale ou végétale n’est possible sans le monde minéral.

 

Moi qui suis un peu terre à terre et souvent peu sensible à l’art moderne, j’ai ressenti une réelle émotion face à cette œuvre inattendue  dans cette base militaire désaffectée…

Instant magique !

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21 mai 2018

Tsukiji: le paradis de l'amateur de poisson!

Tsukiji… lieu mythique des amateurs de poisson.. le plus grand marché au monde de poisson !

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Au cœur de Tokyo, ce marché qui brasse plus de 2000 tonnes de poissons par jour est aussi un quartier qui semble dédié au dieu poisson !

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Quand on pénètre sur ce marché et quand on visite ce quartier, on ne sait pas où donner de la tête. Tout est Poisson, du Thon au Fugu en passant par toutes les formes de vie aquatique, préparée sous toutes les formes possibles, frais ou séché. Une sorte de paradis de l’amateur de poisson !

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Le sanctuaire Shinto associé à ce quartier est Namiyoke Inari-jinja (« protection contre les vagues »), depuis 1659. Est devenu un sanctuaire officieux pour le marché et ses commerçants.

 

 

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Voir tiutes les photos; album 

 phros (c) oriibu, févier 2018

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07 mai 2018

Sanja-sama, sanctuaire Shinto d'Asakusa: havre de calme

Asakusa est un quartier de Tokyo incontournable pour les touristes qui pourront y visiter le magnifique temple bouddhiste Senso-ji, qui est effectivement à voir absolument.

Mais assez peu de visiteurs ont la curiosité de visiter le sanctuaire Shinto, l’Asakusa-jinja,  qui se trouve sur le même site, à quelques dizaines de mètres à l’Est du temple. En fait, je l’avoue avec honte, il m’a fallu au moins 3 passages au temple d’Asakusa pour aller visiter ce sanctuaire qui semble bien modeste à côté de l’illustre temple bouddhiste, mais sa découverte fut un intense moment de bonheur spirituel, comparable à ceux que j’ai pu connaître dans des sanctuaires bien plus grands et importants.

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Passer le torii en pierre qui marque l’entrée du sanctuaire Shinto, c’est soudain s’extraire de la foule qui grouille autour du temple Bouddhiste et de l’immense allée commerçante qui y mène.

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L’Asakusa-jinja est également appelé Sanja-sama, le «Sanctuaire des Trois divinités ». Ces trois divinités sont deux frères qui, en 628, trouvèrent  en pêchant dans la rivière une statue de la déesse Kannon., et le seigneur du village d’Asakusa qui leur expliqua que Kannon était une déesse bouddhiste, les amenant à se convertir au bouddhisme et à bâtir le temple Senso-ji consacré à Kannon. Le sanctuaire Asakusa-jinja, construit en 1649 par le Shogun Tokugawa Iemitsu pour honorer ces trois personnes considérées comme des kamis (dieux Shinto), est donc le parfait exemple du lien entre le Shinto et le Bouddhisme au Japon!

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Alors que tout le quartier fut rasé par les bombardements américains de 1945, y compris le temple Senso-ji, le sanctuaire Asakusa-jinja fut miraculeusement épargné.

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Dans un recoin du sanctuaire, il y a une allée qui mène dans un de ces endroits qui font tout le charme des sanctuaires Shinto. Au bout de l’allée, on trouve deux koma inu, ces êtres mi-chiens mi-lions qui habituellement sont placés de part et d’autre de l’entrée d’un sanctuaire, comme pour en assurer la garde. Mais là, ils sont côte à côte, comme un petit couple ! Ce sont des Meoto Komainu, apportant le bonheur et l’épanouissement dans l’amour et l’harmonie dans le couple.

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  Non loin de ces deux koma inu, il y a un modeste abri qui attire l’attention : il protège un trou dans lequel se trouve une pierre qui sert à casser les assiettes qu’on y jette ! Cet acte symbolise l’acte d’exorcisme des esprits malfaisants. La pierre, appelée yakuwari-ishi détruit ainsi les mauvais esprits. J’aime ce genre de symbolisme, et j’aurais aimé avoir un plat (harai-sara) à projeter sur cette pierre en le tenant des deux mains après m’être incliné devant ce petit sanctuaire, afin de demander aux kamis de me libérer du mal !

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Un peu plus loin, sur le côté droit du bâtiment principal du sanctuaire, un torii de pierre invite le visiteur curieux à prendre le chemin qui mène vers un sanctuaire plus modeste, l’Hikan Inari jinja.

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Il fut construit en 1854 par Shinmon Tatsugoro, chef des pompiers, en remerciement pour la guérison miraculeuse de sa femme après qu’il ait prié pour elle au Fushimi Inari-taisha de Kyoto, le sanctuaire principal d’Inari, le kami (esprit divin) représenté sous la forme d’un renard.

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Bien que la traduction de Hikan ne soit pas certaine, il semble que cela veuille dire « succès dans la vie ». Inari est en effet le kami des céréales, puis des fonderies et du commerce, ainsi que le gardien des maisons.

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Outre la particularité architecturale d’être recouvert d’une toiture, ce relativement modeste sanctuaire shinto appelle au calme, à la méditation et à la prière, après avoir visité le somptueux et grouillant de monde temple bouddhiste Senso-ji, d’autant plus quand on sait qu’il est le fruit de l’amour d’un homme envers sa femme, il y a près de 200 ans.

Oriibu

photos (c) Oriibu 2018

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08 avril 2018

Méditation et bon resto

La méditation ouvre bien des portes insoupçonnées… Notamment celle de vivre un bon moment de bonne nourriture dans un petit port de pêche.

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Après avoir visité le marché aux poissons de ce port avec Soho Machida sensei, nous sommes allés dans un restaurant. Là, nous choisissons les huitres et coquilles Saint-Jacques que nous voulons manger, et nous montons à l’étage pour nous attabler.

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Les coquillages sont mis dans une « boîte à biscuit » (c’est le terme qui me vient à l’esprit pour décrire la boîte d’aluminium concernée!) et positionnés sur un réchaud à même la table. Et quand le timer fait « bip », c’est le moment de se régaler !

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Et là, il n'y a plus qu'à se régaler!!

 

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Oui vraiment, la méditation Arigato Zen procure bien du plaisir!!

 

Olivier

 

le site Arigato Zen en France: http://arigatozen.canalblog.com/

 

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11 mars 2018

Magie du Goma, le rituel du Feu au temple Arigato Zen

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C’est au temple Arigato Zen que j’ai eu la chance et l’honneur, de participer à une cérémonie de feu menée par Soho Machida sensei.

Ce temple a été créé très récemment (2017) à Gotemba, sur une colline qui fait face au Mont Fuji, par Soho Machida, moine bouddhiste zen de l’école Tendai et Docteur en Philosophie, qui a par ailleurs initié la méditation par la Voix Arigato Zen depuis une quinzaine d’année. Cette forme de méditation, basée sur le mantra de gratitude « Arigato » (merci en japonais) n’est pas religieuse (tout le monde peut pratiquer Arigato Zen, quelles que soient ses croyances), mais ses racines sont clairement bouddhistes.

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Au sommet de la colline, il y a un grand bâtiment permettant l’étude et la méditation face au Mont Fuji, et surtout le Temple Arigato Zen. Construction moderne, les quatre murs de ce temple sont faits de verre, permettant de l’extérieur d’en voir chaque détail, et de l’intérieur de voir tout l’environnement. C’est très étonnant, surprenant et magique, et en ce jour de février 2018, c’était bien la première fois que je voyais un tel Temple !

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Et c’est là que Soho Machida et son assistante Chisato Sakai ont réalisé une cérémonie du feu pour Yoko et moi, indicible honneur sans doute dû à nos modestes efforts pour diffuser Arigato Zen en France... Inutile de vous dire que ce fut un instant hors du temps dont il est quasiment impossible de raconter par de simples mots la magie et la puissance. Je vais donc me contenter de donner quelques explications sur ce rituel du Feu…

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Le rituel du Feu, appelé Goma, est spécifique au bouddhisme ésotérique dont la plus ancienne école du Japon est le bouddhisme Tendai, considéré comme le berceau du bouddhisme japonais.  Particulièrement mystique et puissant, ce rituel se fait en priant Fudo Miyoo (Acala). Seul un prêtre ayant reçu la transmission peut appeler ainsi Fudo Miyoo, le bouddha courroucé, symbole de la sagesse immuable, à se manifester dans les flammes issues du rituel, dans le but de sublimer les passions.

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Le prêtre, ici Soho Machida, invite Fudo Miyoo à s’incarner dans les flammes en récitant le sûtra du Lotus de manière envoûtante, parfois aux sons du tambour que joue l’assistante, au son du bol tibétain ou du poisson de bois, parfois au son de la conche dans laquelle il souffle. Il pratique de nombreux mudras (positions symboliques des mains), brûle de l’encens, alimente le feu.

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Le feu de Fudo Miyoo purifie l’Esprit, détruit les énergies négatives, les mauvaises pensées et les désirs néfastes. Dans le feu seront brulées les plaquettes sur lesquelles nous avions préalablement écrits nos vœux les plus chers, les transmettant ainsi à Fudo Miyoo.

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Dans l’émission télévisuelle Sagesses bouddhistes  (L'école Tendaï des moines du mont Hiei, 15/03/2015), Uhehara Gyosho, maître du temple Tendai Isaki-Ji, précise : « L’être humain a des mauvais penchants comme la colère, l’envie, la jalousie. En les brûlant dans les flammes de la Sagesse, on les élimine. Voici le sens de la cérémonie du Feu. »

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J’ai donc eu la chance de vivre une expérience extraordinaire grâce à la rencontre, il y a maintenant plusieurs années, avec Soho Machida sensei et la méditation par la Voix Arigato Zen. La magie et la puissance de ce rituel du Feu s’est d’ailleurs manifesté 10 jours plus tard quand, de retour en France, j’organisais une séance de méditation Arigato Zen. Les participants me dirent ensuite qu’ils avaient ressenti une énergie très puissante, et certains me dirent avoir vu du feu, des flammes… Je pense que Fudo Miyoo,  rencontré quelques jours auparavant au Japon,  était présent ce soir là à Bordeaux…

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Olivier

photos (c) Oriibu, février 2017

Pour en savoir plus sur Arigato Zen:

 

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25 février 2018

Ramen à Bordeaux (la suite): Ebisu!

Je vous parlais en 2013 du seul "vrai" restaurant de ramen à Bordeaux: Fufu. Cela reste une adresse incontournable (ils ont même ouvert un second restaurant à Bordeaux et un autre à Toulouse!), mais voici un sérieux concurrent qui a ouvert il y a quelques mois dans la ville girondine: Ebisu.

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Ebisu, c'est le nom du kami (divinité japonaise) des pêcheurs, des marchands et de la prospérité, ainsi que celui d'un quartier de Tokyo. C'est désormais le nom d'un des meilleurs restaurants japonais de Bordeaux.

Dès que l'on entre dans ce restaurant de la rue Sainte Catherine, on se sent un peu au Japon... L'accueil est chaleureux, à la japonaise, et le lieu est sobre et propre, musique d'ambiance jazzy... Comme là-bas je vous dis!

Mais foin d'ambiance et de look, et goutons les plats!

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Et là, c'est l'extase... Le plus important, pour les ramens, c'est le bouillon. Et là, c'est absolument parfait,, que ce soit avec le bouillon de sauce soja ou de miso,ce sont de vrais ramens qui raviront les plus exigents. Sincèrement, c'est le top et on ne trouve pas toujours d'aussi bons ramens, même au Japon!

Mon coup de coeur: le "tantan men" est une véritable tuerie! Rien que d'y penser, je salive et veux me précipiter à Ebisu!

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Ebisu Ramen Bar devient donc une adresse incontournable à Bordeaux. 

Perso, le samedi, après l'entraînement matinal de kendo, j'alterne Fufu et Ebisu pour reprendre de l'énergie grâce à de vrais et délicieux ramens!

 

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Ebisu Bordeaux sur facebook: https://www.facebook.com/Ebisu-ramen-bar-300637217071046/ 

adresse: 265 Rue Saint Catherine, 33000 Bordeaux

 

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18 février 2018

Les 3 singes de la sagesse

 

C’est à Nikko (Japon) que l’on peut trouver l’une des plus anciennes représentations des Trois Singes de la Sagesse.

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De leurs petits noms, Mizaru (l'aveugle), Kikazaru (le sourd), et Iwazaru (le muet), on pourrait déduire qu’ils ne voient pas, qu’ils n’entendent pas et ne parlent pas. Pourtant, le sens réel de cette maxime  est bien loin du « j’ai rien vu, rien entendu et je ne dirai rien » de ceux qui ne veulent pas se mouiller, quitte à risquer de couvrir les pires horreurs…

La signification réelle est « Ne pas voir le Mal, ne pas entendre le Mal, ne pas dire le Mal », ce qui est, vous en conviendrez, bien différent !

Mizaru, cachant ses yeux, ne voit pas le mal. Kikazaru, couvrant ses oreilles, n’entend pas le mal. Iwararu, recouvrant sa bouche, ne dit pas le mal. C’est cela la vrai sagesse, car voir et entendre le mal nous imprègne de ce mal, et dire le mal équivaut à diffuser ce mal. Et au final, voir, entendre et dire le mal amène à faire le Mal.

Cette maxime que l’on retrouve donc matérialisée par une sculpture du 17ème siècle au temple de Toshogu (Nikko, Japon)  a donc un sens bien profond dont on trouve les premières références dans les écrits de Confucius : « « De ce qui est contraire à la bienséance, ne pas regarder, ne pas écouter, ne pas le dire, ne pas le faire » (500 avant JC)

C’est par l’école Bouddhiste Tendai que cette philosophie a été introduite au Japon et que la maxime y a été personnalisée par l’image des 3 singes.

Dans notre monde moderne, ces 3 singes nous disent peut-être de ne pas trop nous laisser submerger par les informations négatives que nous recevons (voir et entendre), de ne pas les diffuser (dire), pour au final ne pas faire le Mal…

Gandhi, pourtant détaché de toute possession matérielle,  gardait avec lui une représentation de ces 3 singes.

 

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Oriibu, 18 février 2018

(photos (c) Oriibu 2018)

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10 octobre 2017

Ichi rei shi kon (un esprit et quatre âmes): approche Shinto de l’être humain

 

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L’Esprit Unique

Pour le Shinto, la religion plurimillénaire du Japon souvent traduite par la Voie des Dieux, chaque être vivant possède un Esprit unique : ichi rei. Du simple caillou à l’être humain le plus accompli, cet esprit résulte du degré de développement de quatre âmes que tout être vivant possède : l’âme sauvage, l’âme d’harmonie, l’âme joyeuse et l’âme mystérieuse.

Le tama, l’âme, réside en toute chose, du minéral à l’être humain, en passant par le végétal ou l’animal. La différence se situe dans le degré de développement de chacune des quatre âmes : un caillou aura une âme sauvage prédominante, alors qu’un être humain aura les quatre âmes développées et équilibrées.

 

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Les quatre âmes

Les deux premières âmes (sauvage et harmonieuse) agissent à un niveau inconscient et génèrent la matière sur laquelle les énergies conscientes (intellectuel et spirituel) vont faire apparaître la vie. Selon le Shinto Yamakage, ce sont ces énergies qui vont provoquer des étincelles tourbillonnantes qui, en fonction de leur nombre, vont constituer un minéral, un végétal, un animal de rang inférieur ou un animal de rang supérieur.

 Ces quatre âmes ont chacune une fonction bien particulière, elles coexistent et agissent indépendamment et composent les quatre aspects de l’être humain (physique, émotionnel, intellectuel et spirituel). Les deux premières âmes se situent au niveau de l’inconscient, alors que les deux autres sont du domaine du conscient.

  • L’ara mitama, traduit par l’âme sauvage, brute, fruste, indisciplinée, grossière, gouverne le corps physique (os, muscle, intestins). Elle est source de vitalité, de volonté et d’énergie.
  • Le nigi mitama, l’âme d’harmonie (qui dirige les fluides du corps que sont le sang et la lymphe) est la contrepartie de la précédente, permettant la bienfaisance, le calme, la tolérance et la largesse d’esprit.

A ces deux âmes inconscientes succèdent les deux âmes conscientes :

  • Sachi mitama , l’âme joyeuse, équilibre les fluides corporels et les hormones, permettant de s’harmoniser avec l’univers, d’avoir une forte richesse émotionnelle et sensibilité humaine et artistique.
  • Kushi mitama, l’âme mystérieuse est celle qui gouverne la vie des êtres humains : son développement permet l’intuition, , le sens spirituel, la sagesse pratique, le raisonnement intelligent, la richesse d’esprit et l’équilibre physique. Elle est la source de la transformation des êtres humains, permettant d’aller jusqu’à l’aperception, perception accompagnée de réflexion et de conscience.

La somme de ces quatre âmes, représentant chronologiquement les aspects physique, émotionnel, intellectuel et spirituel, va donc constituer l’Esprit unique (Ichi rei) de chaque être humain.

 

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Equilibre des âmes

L’abondance de chacune des quatre âmes  permet la constitution d’un Esprit Unique fort et équilibré, mais l’excès ou la faiblesse de l’une ou l’autre d’entre elles va provoquer des perturbations de l’être humain, une maladie physique ou psychologique. Les tableaux ci-dessous donnent quelques clés sur l’impact de l’équilibre, l’excès ou la faiblesse  de chacune des quatre âmes :

 

Niveau

Âme

Equilibre

Inconscient

  • Ama mitama 
  • âme sauvage, brute
  • courage
  • physique

 

  • métabolisme osseux et musculaire sain

Inconscient

  • Nigi mitama
  • âme d’harmonie
  • intimité
  • émotionnel

 

 

  • bonne santé physique
  • bon fonctionnement endocrinien
  • tempérament calme et magnanime
  • largesse d’esprit
  • forte tolérance
  • empathie

Conscient

  • Sachi mitama 
  • âme de joie
  • bienfaisance
  • intellectuel

 

  • Richesse émotionnelle
  • Sensibilité aigue
  • Tempérament artistique

 

Conscient

  • Kushi mitama 
  • Ame de mystère
  • Spirituel
  • Sagesse

 

  • Intuition
  • Sens spirituel
  • Sagesse
  • Autodiscipline
  • Richesse d’esprit
  • Equilibre physique

 

 

Niveau

Âme

Excès

Inconscient

Ama mitama 

 

âme sauvage, brute

 

 

  • perte de la raison et de la sensibilité
  • augmentation anormale du désir sexuel
  • grossièreté
  • culte du soi
  • esprit de compétition

Inconscient

Nigi mitama

 

âme d’harmonie

 

  • hyperactivité
  • sensibilité à des mauvaises influences ou pensées
  • égocentricité

Conscient

Sachi mitama 

 

âme de joie

  • Sautes d’humeur, hystérie
  • Caprices et passions éphémères
  • Auto-complaisance
  • Avidité
  • Conflit

Conscient

Kushi mitama 

 

Ame de mystère

 

  • Hypersensibilité
  • Psychose, folie
  • Foie et rate ultrasensibles, d’où diabète et pression sanguine élevée

 

Niveau

Âme

Faiblesse

Inconscient

Ama mitama 

âme sauvage, brute

 

  • problèmes de santé
  • perte de désir d’agir
  • développement des émotions négatives
  • goût de se plaindre et de voir des problèmes partout.

Inconscient

Nigi mitama 

âme d’harmonie

 

  • vieillissement prématuré de l’esprit et du corps
  • haine

Conscient

Sachi mitama 

âme de joie

  • Perte de sensibilité
  • Incapacité à l’émotion
  • Apathie
  • Indolence, léthargie
  • Sentiment d’insécurité
  • Dépression

Conscient

Kushi mitama 

Ame de mystère

 

  • Faible volonté
  • Baisse de la capacité à avoir une pensée ou action cohérente
  • Perception de soi réduite
  • neurasthénie, amnésie

 

 

La personnalité de chacun d’entre nous peut donc se définir par l’équilibre interne (âme ni trop, ni trop peu développée) et externe (équilibre par rapport aux autres âmes) des quatre âmes. A la limite, si notre âme sauvage est en excès on reste à l’état de caillou, incapable de développer les autres âmes, et donc d’avoir un esprit équilibré. A l’opposé, si l’âme de mystère est excessive, cela peut nous amener à un état de psychose.

 

un esprit quatre ames

 

Il est intéressant de pouvoir mesurer notre propre esprit en fonction de nos quatre âmes : le courage peut devenir esprit de compétition ou culte de soi, la volonté d’harmonie peut basculer dans la haine, l’amour peut devenir conflit, et la sagesse peut se transformer en folie. Nos quatre âmes doivent être équilibrées entre elles, mais également à l’intérieur de chacune d’elles.

 

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Esprit Unique : Esprit du Soleil Droit

Cet Esprit unique issu de nos quatre âmes, qui est notre « vrai moi », est appelé nahohi mitama (l’esprit du soleil droit).   C’est le kami intérieur présent en chacun de nous, esprit-enfant du kami créateur de l’univers.

Bien que souvent traduit par dieu ou divinité, le terme kami a plutôt le sens d’esprit. Dans la religion shinto, Les kamis sont les différents esprits qui ont créé le monde, mais ils sont aussi présents dans la nature, les animaux, les forces créatrices de l'univers, dans les esprits de personnes décédées. Motoori Norinaga a donné une définition du terme kami : « Tout être qui possède certaines qualités  éminentes sortant de l'ordinaire, ou qui est impressionnant de nature, est appelé Kami. » Un arbre majestueux peut donc être un kami, tout comme un superbe rocher ou une montagne, un couché de soleil, une rivière… Dans le Shinto Yamakage, il est dit que « le corps humain lui-même, dans son état naturel et pur est un kami. »

Cet état naturel et pur de notre corps est souvent oublié en raison de notre vie quotidienne, des sollicitations et préoccupations de la vie moderne. Pourtant, en chacun de nous existe toujours le kami intérieur, esprit-enfant du kami créateur de l’univers, pur et sage. Comme l’enfant intérieur (psychanalyse), la bouddhéité (bouddhisme), l’Esprit Saint (chrétienté) ou la lumière de l’inconscience (Arigato Zen), notre kami intérieur (shinto) reste souvent caché ou occulté, empêchant l’expression du Vrai-Moi, étouffé par le Moi-Ego.

 

La méditation Chinkon

Pour reprendre contact avec notre kami intérieur, le vrai-moi, le koshinto (shinto ancien) propose une forme de méditation appelée Chinkon (méditation à ne pas confondre avec les rites dont l’objet est d’apaiser l’âme d’un défunt) permettant la réunification du kami et de l’être humain.  Chinkon signifie « calmer l’âme », les kanji du mot Chinkon pouvant aussi se lire mitama shizume (apaisement de l’âme).  Cette forme de méditation est par définition très liée à la religion Shinto, mais elle possède de nombreux points communs avec beaucoup d’autres formes de méditation quelles que soient leur origine ou philosophie.

La méditation Chinkon permet de renouer le lien entre le Vrai-moi (pur) et le Moi-ego (monde relatif et conflictuel), permettant de ramener nos quatre âmes (shikon) désorganisées ou déséquilibrées vers un état de Un-Esprit (Ichi rei), serein et accompli. Pour cela, Chinkon permet de fixer notre âme errante et dispersée au niveau du hara (ou chufu, tanden, point situé sous notre nombril), centre du corps physique et centre de la conscience. La méditation permet de reprendre contact avec notre kami intérieur, de retrouver un « cœur-esprit pur et brillant », réunifiant le kami et l’être humain, l’esprit et le corps.

Oriibu, le 9 octobre 2017

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photos (c) oriibu 2013 (n'ayant pas de trouvé de photos illustrant le ichirei shikon, j'ai mis des photos du santuaire shinto Heitate, île de Kyushu, préfecture de Kumamoto)

 

Source principale :

  • Shinto, sagesse et pratique, Motohisa Yamakage, éditions Sully, 2012 (publié en anglais sous le titre « The Essence of Shinto, Japan’s Spiritual Heart, édition Kodansha  International, 2006).

Autres sources :

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16 juillet 2017

Eviter touts pensées perverses pour atteindre le Vide (Go Rin No Sho)

 

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Dans le premier chapitre du Traité des Cinq Roues (Go Rin No Sho), Miyamoto Musashi donne neuf règles (1) à appliquer pour ceux qui veulent apprendre sa stratégie. La première règle est :

Eviter toutes pensées perverses

Ce précepte est assez déroutant car, même si tout le monde se doute que la perversion n’a pas sa place dans le cheminement sur une Voie, quelle qu’elle soit, nous pouvons nous interroger sur le sens que donne Miyamoto Musashi à ce mot.

En fait, cette phrase est extraite de la traduction du Go Rin No Sho faite par Maryse et Masumi Shibata en 1977, avec toutes les difficultés liées à l’interprétation d’un texte écrit en japonais ancien. Dans la traduction de ce texte faite par Kenji Tokitsu en 1988, le précepte devient :

Penser à ce qui n’est pas le mal

Dans les notes qui accompagnent son étude, Kenji Tokitsu précise qu’une autre traduction du texte originel (yokoshima ni naki koto o omou) est possible :

Penser à ce qui ne dévie pas de la voie

Les trois traductions données ne sont pas incompatibles, et je dirais même qu’elles sont complémentaires pour une bonne compréhension de ce qu’a voulu dire Miyamoto Musashi.

Alors quelles sont les pensées perverses qu’il faut éviter ? Quelles sont les mauvaises pensées ? Qu’est-ce qui risque de nous dévier de la Voie ?

Si tout le Traité des Cinq Roues nous donne les clés pour progresser sur la voie, la réponse à ces questions se trouvent de façon plus évidente dans le dernier chapitre, le Rouleau du Ciel, le plus court et le plus mystérieux. Sur le titre de ce chapitre lui-même, la traduction est double : Rouleau du Vide pour les Shibata, Rouleau du Ciel pour Kenji Tokitsu. Ce dernier explique que, dans le titre original (kû no maki), le terme kû a une signification très complexe : on peut le traduire par ciel, vide, espace, vacuité.

Au début du Go Rin No Sho, quand Musashi présente le chapitre Ciel, il explique qu’après avoir acquis le principe de la Voie, il devient possible de s’en éloigner, de se trouver libre de toute théorie ou technique : c’est la voie du Vide, la voie véritable.

Dans le Rouleau du Ciel, Musashi commence par expliquer ce qu’est le vide :

Connaître ce qui n’existe pas en connaissant ce qui existe

 Le vide est l’espace où il n’y a rien, le vide est ce qui ne peut être connu. Ca ne veut pas dire que ceux qui ne distinguent rien ou sont emplis de doutes face à une situation savent ce qu’est le vide !

Bien au contraire, il faut pratiquer sans relâche dans la Voie, mettre en pratique l’enseignement du matin au soir, sans égarer son esprit ou se relâcher. C’est cela ne pas avoir de pensées perverses, ne pas dévier de la voie.

Il faut polir son esprit et sa volonté, aiguiser les deux visions : savoir regarder et voir (2).

Il faut savoir que le véritable espace vide est là où les nuages d’incertitude

sont complètement dissipés

Le vide est la véritable Voie, il faut le comprendre en voyant les choses à partir de la voie directe de l’esprit, en se référant à la grande règle de ce monde. L’égoïsme et la mauvaise vue, les idées perverses, amènent à la trahison de la Voie véritable.

 Les idées perverses sont les pensées qui déforment notre vision et nous empêchent de penser le grand avec justesse et clarté. La perversité vient du mental qui génère les pensées, les émotions, les interprétations, les représentations qui déforment la réalité.

Parvenir au vide revient à apaiser et dominer le mental et faire taire le bavardage intérieur alimenté par les pensées et les émotions.  Réduire le fonctionnement du mental, voire le supprimer, est possible dans l’action ou dans la méditation.

Suspendre le mental par la pratique d’un art martial (la voie du sabre, pour Miyamoto Musashi) ou par la concentration de son attention sur la respiration (zazen) ou la répétition d’un mantra (Arigato zen) permet de chasser les nuages d’incertitude, de penser à ce qui n’est pas le mal et de ne pas dévier de la voie et ainsi de rencontrer le vide, la vacuité.

Dans le vide existe le bien et le mal n’existe pas.

Le savoir existe, le principe existe, la voie existe,

Et l’esprit, lui, est vacuité.

Le 16/07/2017

Oriibu

 

 

 

(1)    « Ceux qui veulent connaître ma tactique doivent obéir aux principes suivants selon lesquels ils peuvent pratiquer la Voie:

éviter toutes pensées perverses, se forger dans la Voie en pratiquant soi-même, et non par le jeu des idées, embrasser tous les arts, et non se borner à un seul, connaître la Voie de chaque métier, et non se borner à celui que l'on exerce soi-même, savoir distinguer les avantages et les inconvénients de chaque chose, en toutes choses s'habituer au jugement intuitif, connaître d'instinct ce que l'on ne voit pas, prêter attention aux moindres détails, ne rien faire d'inutile » (Go Rin No Sho, Rouleau de la Terre, Miyamoto Musashi)

 

(2)    « Le regard doit être large et ample. Regarder et voir sont deux choses. Regardez puissamment, voyez doucement. Il faut regarder ce qui est lointain comme ce qui est proche, ce qui est proche comme ce qui est lointain » ( Go Rin No Sho, Rouleau de l’Eau, Miyamoto Musashi). Lire http://arigatozen.canalblog.com/archives/2017/04/12/35164724.html

 

 

Sources et références :

  • Traité des Cinq Roues, Miyamoto Musashi, 1645, traduction M. et M. Shibata, Albin Michel, Spiritualités vivantes, 1983
  • Miyamoto Musashi, maître de sabre japonais du XVIIe siècle, éditions DésIris, 1998
  • Enseignement de Musashi : de l’action efficace et de la sagesse,  Jacques Languirand et l'équipe de Par 4 chemins (Canada)

 

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06 novembre 2016

Le Yin Yang & les Cinq Eléments Une approche du Nihon Kendo Kata (1ère partie)

Préambule

 Le texte qui suit est le fruit d’une recherche personnelle sur le sens du Nihon Kendo Kata. Il ne prétend donc pas contenir une vérité absolue et indiscutable.

Le point de départ de cette recherche est la profession de foi du kendo : « la voie de la formation de l’Homme passe par la pratique de la loi du sabre ». Cette simple phrase ouvre de vastes horizons ! En pratiquant le sabre, en progressant dans notre technique, on se formerait donc  en tant qu’  Homme (avec un grand H, c'est-à-dire être humain, homme ou femme)?

Entre autres aspects de cette formation, j’ai découvert la notion de Yin Yang : opposition, complémentarité et engendrement de toute chose. Je vais donc essayer dans cette étude de relever les aspects Yin Yang du Nihon Kendo Kata, ainsi que ceux relevant de l’extension du Yin Yang que sont les Cinq Eléments (bois, feu, métal, eau, terre). Par conséquent, ce texte ne prétend aucunement aborder le Nihon Kendo Kata dans sa globalité, mais juste faire un focus sur un des nombreux enseignements que l’on peut recevoir de la pratique assidue des kata.

Je ne suis pas un grand maître en kendo ou en bouddhisme, alors je ne fais que m’inspirer d’enseignements directs ou bibliographiques. Toute approximation ou erreur d’interprétation serait bien sûr de ma seule responsabilité. J’espère juste faire découvrir à certains un aspect souvent méconnu du kendo, ouvrir à la réflexion et à la discussion.

Je serais heureux de recevoir toute remarque ou commentaire qui me permettrait d’en apprendre plus, d’amender ou corriger le texte.

 

Avertissement d’ordre orthographique : Les mots japonais utilisés dans le texte sont volontairement non conjugués : en effet un mot japonais n’a ni genre (masculin-féminin) ni nombre (pas de singulier ni de pluriel). Toute autre faute d’orthographe serait involontaire et ne demande qu’à être corrigée !

 

 

Contexte historique et philosophique

 Le Nihon Kendo Kata a été élaboré au début du 20ème siècle dans le but de synthétiser les kata des différentes écoles de kenjutsu, ceci afin de remédier à la dérive que connaissait déjà la pratique du kendo avec le shinai, à savoir la perte de relation entre le kendo et le sabre : posture incorrecte, mauvais tenouchi (contact des mains avec le sabre), mauvaise ligne de coupe (hasuji), perte de la notion de distance correcte (maai), etc.

Beaucoup de maîtres de kendo regrettent que le Nihon Kendo Kata ne soit trop souvent pratiqué que de façon anecdotique par les kendoka, sans vraiment y attacher d’importance, si ce n’est dans le seul but de passer des grades.

Or, dans les kata, il y a tout l’art du sabre transmis par des générations de kenshi (pratiquants du sabre) des différentes écoles de kenjutsu  qui se sont développées depuis le début de l’ère Tokugawa (1603-1867). A l’origine, les kata de kenjutsu, issus de l’expérience de combats réels, permettaient d’apprendre et de maîtriser par la répétition des gestes (esprit, technique, corps) les techniques permettant, le moment venu, de remporter la victoire en tuant son adversaire.

Mais progressivement, sous l’influence du bouddhisme, le sabre est passé de l’état d’outil pour tuer à celui d’outil pour conforter la vie. Pour illustrer cette transition, citons Hayashizaki Kansuke  : « Même si votre ennemi est un être très mauvais, ne dégainez pas votre sabre, ou laissez votre ennemi le dégainer. Ne pourfendez pas et ne soyez pas pourfendu. Aidez-le à se transformer en quelqu’un de bien ».

Dans cette citation, l’auteur ne perd toutefois pas le sens des réalités, puisqu’il la termine par : « S’il n’obtempère cependant pas, alors envoyez-le dans l’autre monde ». Mais tuer son adversaire est la pire des solutions, celle qui demandera une forte pénitence pour avoir enlever la vie à un être vivant, car pour les Bouddhistes toutes les créatures sont égales. Pour notre survie, nous devons prendre la force vitale d’autres êtres vivants (en combat au sabre, ou en mangeant un bon magret de canard), mais nous devons en avoir conscience et en être repentant. « Envoyer dans l’autre monde » est donc à éviter, et c’est la situation du premier kata de kendo, les deux suivants nous proposant, on le verra, une autre solution.  D’un point de vue bouddhiste, transformer quelqu’un de mauvais en quelqu’un de bien est la seule vraie victoire.

Comment peut-on transformer quelqu’un de mauvais en quelqu’un de bien ? Dans l’esprit occidental, judéo-chrétien, le bien et le mal sont deux notions opposées et figées : on est bon ou mauvais, ange ou démon, chacun dans son camp ! D’un point de vue japonais, il n’y a pas cette dichotomie : tout est Yin Yang (In Yo en japonais).


 

Le Yin Yang (In Yo)

 

Principe du Yin Yang

 Le principe de Yin Yang, issu du taoïsme il y a plus de 3000 ans, a été introduit au Japon par le Bouddhisme venu de la Chine à partir du 5ème siècle, et y a facilement trouvé écho dans une société où la notion de musubi (lien entre tous les éléments)  était déjà le concept majeur de la religion séculaire, le Shinto.

Dans la philosophie chinoise et japonaise, le yin et le yang sont les deux formes de l’énergie universelle (Qi  en chinois, Ki en japonais). Elles sont complémentaires, on les retrouve dans tous les aspects de la vie et de l'univers : complémentarité plutôt que dualité.

 

YIN

 

YANG

 

 

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Noir

 

blanc

Nuit

 

Jour

Nord

 

Sud

Gauche

 

Droite

Féminin

 

Masculin

Lune

 

Soleil

Terre

 

Ciel

Sombre

 

Clair

Froid

 

Chaleur

Hiver

 

Été

Petit

 

Grand

Pair

 

impair

Passif

 

Actif

Négatif

 

Positif

Vide

 

Plein

Introversion

 

Extraversion

Inspiration

 

Expiration

Souplesse

 

Dureté

Le bas du corps

 

Le haut du corps

Le ventre

 

Le dos

Etc

 

etc.

 Le tableau ci-dessus présente ce qui est Yin et ce qui est Yang, mais il ne les oppose pas, car dans toute chose il y a du Yin et du Yang.  C’est ce que signifie le symbole du Yin Yang : dans la zone noire (Yin) il y a un point blanc (Yang), dans la zone blanche (Yang), il y a un point noir (Yin). Tout élément masculin comporte une part de féminin, et vice-versa.

 

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Ces graines de Yin dans le Yang et de Yang dans le Yin germent et grossissent jusqu’à remplacer le Yin par le Yang et le Yang par le Yin. Et le Yin devenu Yang possède à son tour une graine de Yin, et réciproquement… Ce mouvement perpétuel, cette interaction entre ces deux forces  crée le mouvement, le Ki, l'énergie.

Les forces Yin et Yang sont totalement interdépendantes : l’une ne peut pas exister sans l’autre, elles sont totalement complémentaires. On parle d’harmonie du Yin et du Yang.

L’interaction entre le Yin et le Yang peut se définir ainsi :

  • Une relation d'opposition : le noir s’oppose au blanc, la chaleur s'oppose au froid, le sec s'oppose à l'humide, l'externe s'oppose à l'interne, le travail s'oppose au repos, l'activité s'oppose à l'inertie.
  • Une relation d'interdépendance : l'un ne se conçoit pas sans l'autre ; l'excès ou la déficience d'un des deux entraîne des conséquences sur l'autre et un déséquilibre de l'ensemble. L’ombre n’existe que grâce à la lumière.
  • Une relation d'engendrement et de mutation de l'un en l'autre : quand le Yin croît, le Yang décroît, quand le Yang croît, le Yin décroît. Le Yin et le Yang s'équilibrent mutuellement. Le jour fait place à la nuit, l’inspiration vient après l’expiration.
  • Une subdivision possible en sous-éléments Yin et Yang : une énergie peut être Yang dans une circonstance donnée, mais Yin dans une autre situation. La lumière d’une bougie est Yang la nuit, Yin le jour.

Penser en « bien » ou « mal » de façon dichotomique, comme le fait la pensée occidentale,  n’a pas de sens si on raisonne en termes de Yin et Yang :  « vouloir le bien sans le mal, la raison sans le tort, l’ordre sans le désordre, c’est montrer qu’on ne comprend rien aux lois de l’univers ; c’est rêver un ciel sans terre, un yang sans yin, le positif sans le négatif... »

Selon le principe du Yin et du Yang, il n’y a pas cette dualité entre le bien et le mal : ce qui est bien pour l’un peut être mal pour l’autre, mais surtout un bien peut devenir un mal et un mal devenir un bien. Il n’y a pas d’immuabilité des situations, il n’y a rien qui soit absolu, tout est réversible. Partant de là, le principe du Yin Yang permet à tout le monde de s’améliorer, sans abdiquer et rejeter la responsabilité de son inaction sur les autres, sur la nature ou sur le monde.

 

Yin Yang et Kendo

 

Attitude

En kendo, la position de notre corps, Tatsu (debout) Shizentai (position naturelle), est Yin Yang : le haut du corps (Yang) doit être relâché (Yin), et le bas du corps (Yin) doit être fort (Yang). N’est-ce pas ce qu’on nous enseigne sans relâche : mettre la force dans nos hanches et la souplesse dans nos épaules ?

La position Migi Shizentai (position naturelle, pied droit en avant) ajoute une autre composante Yin Yang : la jambe droite est Yin (jambe non tendue, sans force, plat du pied posé avec légèreté sur le sol), la jambe gauche est Yang (jambe tendue sans excès, orteils ancrés sur le sol, talon légèrement décollé prêt à se détendre comme un ressort au moment où les hanches lancent le corps en avant).

 

Déplacements

Nos déplacements sont également Yin Yang, comme l’a écrit Miyamoto Musashi dans le Gorin no Sho : « Que ce soit au moment de pourfendre, au moment de se reculer, même au moment d'intercepter, les deux jambes doivent être actives: droite-gauche, droite-gauche, c'est-à-dire "Yin" et "Yang". J'insiste encore une fois sur le fait qu'il ne faut jamais actionner qu'une seule jambe. »

Là aussi, rien de nouveau sous le soleil du kendoka : les déplacements sont fondamentaux, les « deux jambes doivent être actives » quel que soit le type de déplacement. C’est la première chose qu’apprend un débutant en kendo : se déplacer correctement. Et c’est ce qu’apprend toute sa vie un kendoka : se déplacer correctement !

En okuri ashi (pas glissé sans croiser les pieds), le pied avant glisse d’abord sur le sol souplement (Yin) puis le pied arrière reprend sa position rapidement, fortement (Yang).  En ayumi ashi (pas glissé en croisant les pieds), il me semble voir du Yin dans le départ du pied avant, du Yang dans le croisement des pieds et un retour au Yin à la fin du pas qui n’est rien d’autre que l’équivalent du Yin de départ, seul le pied ayant changé.

Mais attention, que ce soit en okuri ashi, ayumiashi ou tout autre type de déplacement, le Yin Yang est dans le déplacement, pas dans les pieds. Le Yin et le Yang des déplacements n’est possible qu’avec une attitude correcte.

Le Nihon Kendo Kata permet de progresser dans les déplacements, d’en comprendre l’importance dans le combat que ce soit pour le maai (distance avec l’adversaire) ou le ki ken tai no ichi (union de l’énergie, du sabre et du corps) au moment de la coupe.

En kendo avec shinai, le fumikomi ashi (déplacement avec frappe du pied avant) est utilisé au moment de la coupe et est souvent considéré comme indispensable pour exprimer le ki ken tai no ichi. C’est faux ! Certes, le fumikomi permet d’exprimer avec force (Yang) la composante « ki » du ki ken tai, mais ce n’en est pas la seule possibilité. En fait, on peut considérer le fumikomi comme une extension d’okuri ashi, et si l’on considère l’aspect Yin Yang de ces déplacements, le principe est le même, la frappe du pied du fumikomi représentant l’instant où le côté Yin bascule en Yang.

 

Respiration

Du côté de la respiration,  on est fort dans l’expiration (Yang) et faible dans l’inspiration (Yin). C’est pourquoi  chaque kata doit se faire en 2 respirations :

Inspiration

Yin

Faible

Inspiration quand on est en migi shizentai à 9 pas tout en prenant la garde du kata.

 

Expiration

Yang

Fort

Expiration lente dans les 3 pas d’avancée jusqu’au « clash » des ki.

Uchitachi attaque en expiration avec fort kiai « Yaaah »

Shitachi  engage la technique appropriée et riposte en expiration avec fort kiai « Toooh »

Expiration lente jusqu’au retour en ai-chudan

 

Inspiration

Yin

Faible

Inspiration des 2 combattants au moment où les pointes des sabres s’abaissent.

 

Expiration

Yang

Fort

Lente expiration lors du retour de chacun à son point de départ

Evidemment, ce principe Yin (faible) dans l’inspiration et Yang (fort) dans l’expiration est ce qu’on nous enseigne sans le nommer en kendo au shinai : toute attaque se fait dans l’expiration, quand on est au plus fort, et si possible dans l’inspiration de l’adversaire, au moment où il est faible. Pour avoir une garde forte, en dehors de tout autre paramètre, on doit être en expiration dès qu’on est en  issoku itto no maai (distance d’une attaque en un pas), et ne surtout pas reprendre sa respiration dans ce moment là (ou du moins ne pas le montrer !) pour éviter d’offrir à l’adversaire une magnifique opportunité d’attaque dans un instant de faiblesse (Yin) au moment où lui est fort (Yang).

 

Attaque et défense : Ken Tai Ichi

 Dans The Kendo Reader, Noma Hisashi évoque la notion de Ken Tai Ichi, expression dans laquelle Ken signifie Attaque et Tai veut dire Défense. Ken Tai Ichi peut se traduire par « union de l’attaque et de la defense » ou « Attaque et Défense en Un », ce qui peut s’expliquer par « défense dans l’attaque et attaque dans la défense ». Noma Hisashi écrit qu’il faut que notre corps soit Ken (attaquant) pour provoquer une réaction de l’adversaire, et notre sabre doit être Tai (défensif, dans l’attente) pour le persuader d’attaquer et  pouvoir contre-attaquer correctement.

Le Ken Tai s’entend aussi d’un point de vue corps-esprit : l’esprit conserve une attitude Tai (défense) et le corps une attitude Ken (attaque), ce qui incite l’adversaire à faire le premier mouvement qui permettra de trouver l’ouverture qui permet d’attaquer et de gagner. Mais on peut aussi inverser le Ken Tai : un esprit offensif (Ken) et une attitude défensive (Tai) incitera l’adversaire à attaquer le premier et permettra de contre-attaquer efficacement.

Cela rejoint les propos de Miyamoto Musashi  dans le Go Rin No Sho: « Même si le corps est en position tranquille l'esprit, lui, ne doit pas demeurer tranquille. Même si le corps agit très rapidement, l'esprit, quant à lui, ne doit pas du tout agir rapidement. L'esprit ne suit pas le corps et le corps ne suit pas l'esprit. »

Ken Tai Ichi (Attaque et Défense en Un) contient la notion de Yin et Yang, comme cela est enseigné en Itto Ryu :

« Dans la nature, il n’existe pas un côté tout Yang ou tout Yin. Au bout du Yang émerge le  Yin. Dans les différentes postures, il y a celles qui sont Yin et celles qui sont Yang, attaquer est Yang et parer est Yin. Les gardes Onken, Jodan et Inhonken [NDLR : gardes pratiquées en Itto Ryu] sont Yang. Quand j'essaie de frapper l'adversaire, je regarde la couleur de son épée et réagis en conséquence, ne  pas uniquement essayer d'initier le premier coup est ce qu’on appelle prendre une position appelée Tai. Provoquer l’adversaire pour qu’il fasse le premier mouvement et réagir en conséquence. Lorsque vous avancez dans l’intention de faire la première attaque dans une attitude uniquement Yang, sans  Yin, vous vous retrouverez en grande difficulté face à un adversaire fort. Donc, essayez de combiner les attitudes Yang et Yin pendant le combat. » (Itto Ryu Densho)

Pour Noma Hisashi, les gardes gedan, seigan (chudan modifié pour pointer vers l’œil gauche de l’adversaire), shinken (position intermédiaire entre chudan et gedan) sont des gardes Yin. Ce sont par nature des gardes d’attente (Tai) qui nécessitent d’être contrebalancées par une attitude offensive (Ken).  Le Yang contenu dans le Yin doit permettre à tout moment de profiter d’une faiblesse dans l’attaque de l’adversaire et de le battre.  Le Yin et le Yang se complètent mutuellement pour atteindre la victoire.

Yin et Yang, Ken et Tai : Dans l’attaque il doit y avoir de la défense, dans la défense il doit y avoir de l’attaque. Le Nihon Kendo Kata nous enseigne ce principe fondamental pour notre compréhension du kendo, la Voie du Sabre.

 

Les 3 premiers kata de kendo : opposition, interdépendance et engendrement

 Les trois premiers kata de kendo ne sont pas qu’un simple enchaînement de techniques qu’il faut connaître pour passer le 1er dan, ils ont un sens philosophique très précis qu’il serait regrettable d’ignorer.

Au début de chacun d’eux, uchitachi est Yang : lumineux, sûr de lui, c’est lui qui prend l’initiative du combat. D’ailleurs, traditionnellement, c’est lui le plus expérimenté en kendo. C’est lui le meneur, le professeur du kata. S’il n’est pas Yang, s’il n’est pas grand, mâle, actif, le kata n’aura aucun sens, car c’est à lui d’insuffler l’énergie au combat.

Shitachi, pour sa part, est Yin. Calme, il répond à la menace de son adversaire mais ne prend pas l’initiative. En fait, il doit être dans un esprit Ken Tai Ichi : son attitude est Yin (défensive), mais son esprit doit être Yang (offensif). Dans les trois pas qui le rapprochent de son adversaire, son Yang grandit jusqu’au moment où les deux ki se rencontrent, quand la distance est réduite à « un pas/une attaque » (issoku ito no maai).

L’attaque franche et sûre d’uchitachi ne rencontre que le vide car shitachi esquive la coupe ou l’estoc : c’est l’instant même où les Yin et Yang des deux adversaires s’équilibrent, juste avant de s’inverser. Shitachi devient Yang et remporte le combat face à uchitachi devenu Yin.

Evidemment, cette présentation du scénario est assez simpliste, mais elle présente comment les kata de kendo sont une expression globale du Yin et du Yang (opposition, interdépendance, engendrement et équilibre).

Un autre aspect philosophique ou spirituel des trois premiers kata de kendo est l’évolution des attaques et ripostes, symbolisant l’évolution de l’esprit humain tel qu’il devrait être. Et en y regardant de plus près, il s’agit d’un véritable enseignement…

Dans le premier kata, uchitachi cherche à tuer et shitachi le tue… C’est le premier niveau de la pensée : « Tuer ou être tué pour ce en quoi en croit est juste ».  Chacun des deux combattants pense agir selon son bon droit ou sa bonne cause, et le résultat est la mort d’un des deux protagonistes. Dans l’attitude zanshin exprimée par shitachi après avoir vaincu uchitachi d’un coup de sabre sur le crâne, et donc de l’avoir tué, il y a non seulement une attitude de forte attention, mais aussi l’expression d’un sentiment de compassion face à l’être tué.

Dans le deuxième kata, les deux protagonistes ont progressé sur la voie et ont appris qu’aussi juste soit la cause que l’on défend, il est préférable d’épargner la vie. Uchitachi est toujours à l’initiative de l’attaque, mais en choisissant de faire kote (coupe du poignet),  il cherche à vaincre son adversaire tout en l’épargnant. C’est finalement shitachi qui remporte le combat en se contentant de blesser son adversaire, lui épargnant la vie. 

Enfin, dans le troisième kata, uchitachi cherche à transpercer et c’est finalement shitachi qui se trouve en situation de le transpercer. Le sabre de shitachi pointé entre ses deux yeux, capable de le tuer au moindre mouvement, uchitachi se trouve sur le fil de la mort et comprend instantanément le sens et la valeur de la vie. Il préfère garder la vie et shitachi décide de la lui laisser pleinement, car lui aussi connaît le sens et la valeur de la vie : épargner la vie est une façon de s’aider et d’aider son ennemi à progresser sur la voie.

Vu sous cet angle, l’enseignement des trois premiers kata de kendo est donc un cheminement sur la voie, faisant passer le kendoka de l’envie de tuer à celle de blesser puis à celle d’épargner. La voie du sabre rejoint ici l’enseignement du bouddhisme qui recherche le développement de la compassion.

 

 

 

 

[... à suivre]

 

Sources et bibliographie

  • Nippon Kendo Kata , Considerations for Instruction, Professor Sakudo Masao (Osaka University of Health and Sport Science), 2011.
  • Kendo and Kata : its relationship with Humanity and Buddhism, John Howell, 2010 .
  • Nihon kendo no kata & kihon bokuto waza, Stephen D. Quillian, Kingston Kendo Club, juillet 2011.
  • The Kendo Reader; Noma Hisashi, 1939. 
  • Vertus martiales, leçons de courage, de sagesse et de compassion des plus illustres guerriers d’Orient et d’Occident, Dr Charles Hackney, Budo Editions, 2011.
  • Gorin no Sho (Traité des Cinq Roues), Miyamoto Musashi, 1645.
  • De l’intérêt du Kendo no Kata, Olivier de Lataillade, 2011.
  • Le principe yin-yang : il figure les deux grandes forces de l’univers : clair-obscur, négatif-positif, mâle-femelle, Daojida, mai 2001, Buddhaline.

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03 juillet 2016

Shoshin : Etre libre de toute pensée encombrante

Parmi les enseignements qui nous viennent du bouddhisme japonais, il y en a un qui est particulièrement intéressant et résonne comme une grande voie de progrès de notre société…

Il s’agit de Shoshin, terme japonais que l’on traduit généralement par « esprit du débutant » et  concept très connu et utilisé dans le bouddhisme zen et dans les arts martiaux. Personnellement, je pense que sa portée va bien au-delà de ces deux domaines.

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Pour illustrer ce qu’est Shoshin, l’histoire de la tasse de thé qui déborde est souvent racontée :

Un célèbre maître de zen reçoit un jour la visite d'un homme qui déclare vouloir étudier avec lui. Le maître l'invite à boire le thé pendant que le visiteur lui expose son passé. Tandis que le maître sert  le thé, le visiteur soucieux de prouver à quel point il est avancé sur la voie  lui décrit son cheminement spirituel, ses découvertes, ses réflexions et nomme les maîtres qu'il a côtoyés.

Le maître l’écoute attentivement tout en continuant à verser la boisson dans la tasse qui finit par déborder, le thé s’écoulant tout autour. L’élève, étonné, choqué, s’écrit alors : "Mais que faites-vous?! Arrêtez de verser, ma tasse est déjà pleine!".

Et le maître lui répond calmement : "Comment voulez-vous qu'un enseignement pénètre votre esprit alors qu'il est déjà plein comme cette tasse?"

De façon imagée, le maître zen explique ici qu’on ne peut plus rien faire rentrer dans un esprit déjà plein… Effectivement, on peut avoir acquis plein de savoirs ou vécu de multiples et riches expériences mais, si on croit déjà tout savoir, si on croit déjà savoir à priori ce que va nous apporter l’enseignement, alors notre esprit est plein comme cette tasse de thé. 

Shunryu_Suzuki

C’est ce que veut dire Shunryu  Suzuki (1904-1971) à propos de la méditation : « Lorsque nous n’avons pas idée de ce que nous allons trouver dans la méditation, pas d’attente, nous sommes de vrais débutants. Alors nous pouvons réellement apprendre quelque chose. »  A contrario, si nous avons une idée préconçue de ce qu’est sensé nous apporter la méditation, ou si nous pensons que la méditation est un truc plus ou moins ésotérique qui ne sert à rien ou si au contraire nous croyons déjà tout connaître des bienfaits de celle-ci, il y a de grandes chances que nous n’apprenions rien car notre esprit encombré de pensées n’est pas disposé à recevoir un nouvel enseignement.

Est-ce à dire que nous sommes voués à ne jamais progresser puisque, par définition, plus nous progressons dans une voie, plus nous pratiquons et apprenons, moins nous sommes débutants ? Est-ce à dire que nous ne devons pas chercher à apprendre ou progresser pour rester éternellement débutant et donc avoir le bon esprit ? Bien sûr que non !  Il s’agit juste de garder l’esprit du débutant, cultiver cet état d’esprit spontané, ouvert, enthousiaste.

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De façon tout aussi imagée que l’histoire du bol de thé qui déborde, Takuan Soho (1573-1645) évoque Kannon la déesse aux mille bras :

« Si l’esprit s’arrête au bras qui tient un arc,

à quoi bon les neuf cent quatre-vingt-dix-neuf autres bras? »

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Pour Takuan Soho, c’est parce que l’esprit ne se laisse pas retenir sur un seul aspect que tous les bras de Kannon trouvent leur raison d’être. On ne doit pas garder l’esprit fixé sur le bras qui tient l’arc, mais essayer de comprendre pourquoi il y a 999 autres bras. Et c’est important car, pour Takuan Soho, même si Kannon n’a qu’un seul corps, ses mille bras ont leur utilité. Seul celui qui a la sagesse immuable peut comprend le sens de ce message.

Takuhan Soho précise sa pensée : si l’on se tient face à un arbre et que l’on regarde précisément une feuille rouge, on n’en voit pas les milliers d’autres, tandis que si l’esprit n’est pas encombré de pensées, le nombre de feuilles que l’on voit est illimité. Pour parvenir à cet état d’esprit, il faut quitter le domaine du débutant et cheminer sur la voie de la sagesse immuable, pour un jour retomber au niveau du débutant, dans un état où l’intellect perd sa fonction et « l’homme se retrouve Sans-Esprit-Sans-Pensée ».

Passer de l’état d’esprit du débutant à l’état du Sans-Esprit-Sans-Pensée, de « l’ignorance et l’affliction du début » à la « sagesse immuable » qui ne font plus qu’un, ne se fait pas au moyen d’une simple compréhension ou démarche intellectuelle : cela nécessite un entraînement technique. Takuan Soho dit :

« La technique et le principe sont les deux roues d’une même charrette »

S’entraîner à la technique sans chercher la sagesse, ou chercher à atteindre la sagesse sans effort, voilà les deux erreurs à ne pas commettre. Pendant l’entraînement, que ce soit à un art martial ou à la méditation, il faut « chercher l’esprit perdu » avant de pouvoir « perdre l’esprit ».

« Chercher l’esprit perdu »

Chercher l’esprit perdu, c’est le ramener en permanence à nous, ne pas le laisser divaguer, se laisser souiller et arrêter par nos actes ou des influences externes.  Comme pour le lotus qui s’épanouit dans la boue, l’entraînement nous permet de nous épanouir et de progresser malgré (ou grâce à) la boue.

« Perdre l’esprit »

Et alors, quand notre esprit aura réussi à vaincre la boue, ne pas rester prisonnier de celle-ci, comme le cristal qui ne s’altère pas même s’il est jetée dans la boue, nous pourrons « perdre l’esprit », c'est-à-dire le laisser aller, ne pas le retenir prisonnier de certitudes ou d’habitudes faciles.

C’est à ce moment là que nous pourrons être Sans-Esprit-Sans-Pensée, comme un débutant… la sagesse immuable en plus, comme l’épouvantail du poème du moine bouddhiste Bukkoku (1256-1316) :

Bien que de toute évidence

Il ne puisse monter la garde

Dans les petits champs de montagne

L’épouvantail

N’est pas là en vain

épouvantail

Pour en arriver là, il faut garder Shoshin, l’esprit du débutant, tout au long de l’entraînement, curieux, enthousiaste, modeste et ouvert. Pour Takuan Soho, celui qui dés le début n’a aucune sagesse n’en aura jamais et ne trouvera pas sa voie, tandis que celui qui prétend dès le début tout savoir « laisse échapper la sagesse du haut de son crâne et semble bien ridicule».

 

Sources :

  • Fudoo-chi Shinmyoo Roku (Le Récit Mystérieux de la Sagesse Immuable), dans « L’Esprit Indomptable, écrits d’un maître zen à un maître de sabre », Takuan Soho, Budo Editions, 2007.
  • Esprit zen, esprit neuf, Shunryu  Suzuki, 1970, éditions du Seuil, 1977.

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