oriibu (chroniques anachroniques sur le Japon)

16 juillet 2017

Eviter touts pensées perverses pour atteindre le Vide (Go Rin No Sho)

 

musashi

Dans le premier chapitre du Traité des Cinq Roues (Go Rin No Sho), Miyamoto Musashi donne neuf règles (1) à appliquer pour ceux qui veulent apprendre sa stratégie. La première règle est :

Eviter toutes pensées perverses

Ce précepte est assez déroutant car, même si tout le monde se doute que la perversion n’a pas sa place dans le cheminement sur une Voie, quelle qu’elle soit, nous pouvons nous interroger sur le sens que donne Miyamoto Musashi à ce mot.

En fait, cette phrase est extraite de la traduction du Go Rin No Sho faite par Maryse et Masumi Shibata en 1977, avec toutes les difficultés liées à l’interprétation d’un texte écrit en japonais ancien. Dans la traduction de ce texte faite par Kenji Tokitsu en 1988, le précepte devient :

Penser à ce qui n’est pas le mal

Dans les notes qui accompagnent son étude, Kenji Tokitsu précise qu’une autre traduction du texte originel (yokoshima ni naki koto o omou) est possible :

Penser à ce qui ne dévie pas de la voie

Les trois traductions données ne sont pas incompatibles, et je dirais même qu’elles sont complémentaires pour une bonne compréhension de ce qu’a voulu dire Miyamoto Musashi.

Alors quelles sont les pensées perverses qu’il faut éviter ? Quelles sont les mauvaises pensées ? Qu’est-ce qui risque de nous dévier de la Voie ?

Si tout le Traité des Cinq Roues nous donne les clés pour progresser sur la voie, la réponse à ces questions se trouvent de façon plus évidente dans le dernier chapitre, le Rouleau du Ciel, le plus court et le plus mystérieux. Sur le titre de ce chapitre lui-même, la traduction est double : Rouleau du Vide pour les Shibata, Rouleau du Ciel pour Kenji Tokitsu. Ce dernier explique que, dans le titre original (kû no maki), le terme kû a une signification très complexe : on peut le traduire par ciel, vide, espace, vacuité.

Au début du Go Rin No Sho, quand Musashi présente le chapitre Ciel, il explique qu’après avoir acquis le principe de la Voie, il devient possible de s’en éloigner, de se trouver libre de toute théorie ou technique : c’est la voie du Vide, la voie véritable.

Dans le Rouleau du Ciel, Musashi commence par expliquer ce qu’est le vide :

Connaître ce qui n’existe pas en connaissant ce qui existe

 Le vide est l’espace où il n’y a rien, le vide est ce qui ne peut être connu. Ca ne veut pas dire que ceux qui ne distinguent rien ou sont emplis de doutes face à une situation savent ce qu’est le vide !

Bien au contraire, il faut pratiquer sans relâche dans la Voie, mettre en pratique l’enseignement du matin au soir, sans égarer son esprit ou se relâcher. C’est cela ne pas avoir de pensées perverses, ne pas dévier de la voie.

Il faut polir son esprit et sa volonté, aiguiser les deux visions : savoir regarder et voir (2).

Il faut savoir que le véritable espace vide est là où les nuages d’incertitude

sont complètement dissipés

Le vide est la véritable Voie, il faut le comprendre en voyant les choses à partir de la voie directe de l’esprit, en se référant à la grande règle de ce monde. L’égoïsme et la mauvaise vue, les idées perverses, amènent à la trahison de la Voie véritable.

 Les idées perverses sont les pensées qui déforment notre vision et nous empêchent de penser le grand avec justesse et clarté. La perversité vient du mental qui génère les pensées, les émotions, les interprétations, les représentations qui déforment la réalité.

Parvenir au vide revient à apaiser et dominer le mental et faire taire le bavardage intérieur alimenté par les pensées et les émotions.  Réduire le fonctionnement du mental, voire le supprimer, est possible dans l’action ou dans la méditation.

Suspendre le mental par la pratique d’un art martial (la voie du sabre, pour Miyamoto Musashi) ou par la concentration de son attention sur la respiration (zazen) ou la répétition d’un mantra (Arigato zen) permet de chasser les nuages d’incertitude, de penser à ce qui n’est pas le mal et de ne pas dévier de la voie et ainsi de rencontrer le vide, la vacuité.

Dans le vide existe le bien et le mal n’existe pas.

Le savoir existe, le principe existe, la voie existe,

Et l’esprit, lui, est vacuité.

Le 16/07/2017

Oriibu

 

 

 

(1)    « Ceux qui veulent connaître ma tactique doivent obéir aux principes suivants selon lesquels ils peuvent pratiquer la Voie:

éviter toutes pensées perverses, se forger dans la Voie en pratiquant soi-même, et non par le jeu des idées, embrasser tous les arts, et non se borner à un seul, connaître la Voie de chaque métier, et non se borner à celui que l'on exerce soi-même, savoir distinguer les avantages et les inconvénients de chaque chose, en toutes choses s'habituer au jugement intuitif, connaître d'instinct ce que l'on ne voit pas, prêter attention aux moindres détails, ne rien faire d'inutile » (Go Rin No Sho, Rouleau de la Terre, Miyamoto Musashi)

 

(2)    « Le regard doit être large et ample. Regarder et voir sont deux choses. Regardez puissamment, voyez doucement. Il faut regarder ce qui est lointain comme ce qui est proche, ce qui est proche comme ce qui est lointain » ( Go Rin No Sho, Rouleau de l’Eau, Miyamoto Musashi). Lire http://arigatozen.canalblog.com/archives/2017/04/12/35164724.html

 

 

Sources et références :

  • Traité des Cinq Roues, Miyamoto Musashi, 1645, traduction M. et M. Shibata, Albin Michel, Spiritualités vivantes, 1983
  • Miyamoto Musashi, maître de sabre japonais du XVIIe siècle, éditions DésIris, 1998
  • Enseignement de Musashi : de l’action efficace et de la sagesse,  Jacques Languirand et l'équipe de Par 4 chemins (Canada)

 

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06 novembre 2016

Le Yin Yang & les Cinq Eléments Une approche du Nihon Kendo Kata (1ère partie)

Préambule

 Le texte qui suit est le fruit d’une recherche personnelle sur le sens du Nihon Kendo Kata. Il ne prétend donc pas contenir une vérité absolue et indiscutable.

Le point de départ de cette recherche est la profession de foi du kendo : « la voie de la formation de l’Homme passe par la pratique de la loi du sabre ». Cette simple phrase ouvre de vastes horizons ! En pratiquant le sabre, en progressant dans notre technique, on se formerait donc  en tant qu’  Homme (avec un grand H, c'est-à-dire être humain, homme ou femme)?

Entre autres aspects de cette formation, j’ai découvert la notion de Yin Yang : opposition, complémentarité et engendrement de toute chose. Je vais donc essayer dans cette étude de relever les aspects Yin Yang du Nihon Kendo Kata, ainsi que ceux relevant de l’extension du Yin Yang que sont les Cinq Eléments (bois, feu, métal, eau, terre). Par conséquent, ce texte ne prétend aucunement aborder le Nihon Kendo Kata dans sa globalité, mais juste faire un focus sur un des nombreux enseignements que l’on peut recevoir de la pratique assidue des kata.

Je ne suis pas un grand maître en kendo ou en bouddhisme, alors je ne fais que m’inspirer d’enseignements directs ou bibliographiques. Toute approximation ou erreur d’interprétation serait bien sûr de ma seule responsabilité. J’espère juste faire découvrir à certains un aspect souvent méconnu du kendo, ouvrir à la réflexion et à la discussion.

Je serais heureux de recevoir toute remarque ou commentaire qui me permettrait d’en apprendre plus, d’amender ou corriger le texte.

 

Avertissement d’ordre orthographique : Les mots japonais utilisés dans le texte sont volontairement non conjugués : en effet un mot japonais n’a ni genre (masculin-féminin) ni nombre (pas de singulier ni de pluriel). Toute autre faute d’orthographe serait involontaire et ne demande qu’à être corrigée !

 

 

Contexte historique et philosophique

 Le Nihon Kendo Kata a été élaboré au début du 20ème siècle dans le but de synthétiser les kata des différentes écoles de kenjutsu, ceci afin de remédier à la dérive que connaissait déjà la pratique du kendo avec le shinai, à savoir la perte de relation entre le kendo et le sabre : posture incorrecte, mauvais tenouchi (contact des mains avec le sabre), mauvaise ligne de coupe (hasuji), perte de la notion de distance correcte (maai), etc.

Beaucoup de maîtres de kendo regrettent que le Nihon Kendo Kata ne soit trop souvent pratiqué que de façon anecdotique par les kendoka, sans vraiment y attacher d’importance, si ce n’est dans le seul but de passer des grades.

Or, dans les kata, il y a tout l’art du sabre transmis par des générations de kenshi (pratiquants du sabre) des différentes écoles de kenjutsu  qui se sont développées depuis le début de l’ère Tokugawa (1603-1867). A l’origine, les kata de kenjutsu, issus de l’expérience de combats réels, permettaient d’apprendre et de maîtriser par la répétition des gestes (esprit, technique, corps) les techniques permettant, le moment venu, de remporter la victoire en tuant son adversaire.

Mais progressivement, sous l’influence du bouddhisme, le sabre est passé de l’état d’outil pour tuer à celui d’outil pour conforter la vie. Pour illustrer cette transition, citons Hayashizaki Kansuke  : « Même si votre ennemi est un être très mauvais, ne dégainez pas votre sabre, ou laissez votre ennemi le dégainer. Ne pourfendez pas et ne soyez pas pourfendu. Aidez-le à se transformer en quelqu’un de bien ».

Dans cette citation, l’auteur ne perd toutefois pas le sens des réalités, puisqu’il la termine par : « S’il n’obtempère cependant pas, alors envoyez-le dans l’autre monde ». Mais tuer son adversaire est la pire des solutions, celle qui demandera une forte pénitence pour avoir enlever la vie à un être vivant, car pour les Bouddhistes toutes les créatures sont égales. Pour notre survie, nous devons prendre la force vitale d’autres êtres vivants (en combat au sabre, ou en mangeant un bon magret de canard), mais nous devons en avoir conscience et en être repentant. « Envoyer dans l’autre monde » est donc à éviter, et c’est la situation du premier kata de kendo, les deux suivants nous proposant, on le verra, une autre solution.  D’un point de vue bouddhiste, transformer quelqu’un de mauvais en quelqu’un de bien est la seule vraie victoire.

Comment peut-on transformer quelqu’un de mauvais en quelqu’un de bien ? Dans l’esprit occidental, judéo-chrétien, le bien et le mal sont deux notions opposées et figées : on est bon ou mauvais, ange ou démon, chacun dans son camp ! D’un point de vue japonais, il n’y a pas cette dichotomie : tout est Yin Yang (In Yo en japonais).


 

Le Yin Yang (In Yo)

 

Principe du Yin Yang

 Le principe de Yin Yang, issu du taoïsme il y a plus de 3000 ans, a été introduit au Japon par le Bouddhisme venu de la Chine à partir du 5ème siècle, et y a facilement trouvé écho dans une société où la notion de musubi (lien entre tous les éléments)  était déjà le concept majeur de la religion séculaire, le Shinto.

Dans la philosophie chinoise et japonaise, le yin et le yang sont les deux formes de l’énergie universelle (Qi  en chinois, Ki en japonais). Elles sont complémentaires, on les retrouve dans tous les aspects de la vie et de l'univers : complémentarité plutôt que dualité.

 

YIN

 

YANG

 

 

Clipboard02

 

Noir

 

blanc

Nuit

 

Jour

Nord

 

Sud

Gauche

 

Droite

Féminin

 

Masculin

Lune

 

Soleil

Terre

 

Ciel

Sombre

 

Clair

Froid

 

Chaleur

Hiver

 

Été

Petit

 

Grand

Pair

 

impair

Passif

 

Actif

Négatif

 

Positif

Vide

 

Plein

Introversion

 

Extraversion

Inspiration

 

Expiration

Souplesse

 

Dureté

Le bas du corps

 

Le haut du corps

Le ventre

 

Le dos

Etc

 

etc.

 Le tableau ci-dessus présente ce qui est Yin et ce qui est Yang, mais il ne les oppose pas, car dans toute chose il y a du Yin et du Yang.  C’est ce que signifie le symbole du Yin Yang : dans la zone noire (Yin) il y a un point blanc (Yang), dans la zone blanche (Yang), il y a un point noir (Yin). Tout élément masculin comporte une part de féminin, et vice-versa.

 

yinyang-evolution

Ces graines de Yin dans le Yang et de Yang dans le Yin germent et grossissent jusqu’à remplacer le Yin par le Yang et le Yang par le Yin. Et le Yin devenu Yang possède à son tour une graine de Yin, et réciproquement… Ce mouvement perpétuel, cette interaction entre ces deux forces  crée le mouvement, le Ki, l'énergie.

Les forces Yin et Yang sont totalement interdépendantes : l’une ne peut pas exister sans l’autre, elles sont totalement complémentaires. On parle d’harmonie du Yin et du Yang.

L’interaction entre le Yin et le Yang peut se définir ainsi :

  • Une relation d'opposition : le noir s’oppose au blanc, la chaleur s'oppose au froid, le sec s'oppose à l'humide, l'externe s'oppose à l'interne, le travail s'oppose au repos, l'activité s'oppose à l'inertie.
  • Une relation d'interdépendance : l'un ne se conçoit pas sans l'autre ; l'excès ou la déficience d'un des deux entraîne des conséquences sur l'autre et un déséquilibre de l'ensemble. L’ombre n’existe que grâce à la lumière.
  • Une relation d'engendrement et de mutation de l'un en l'autre : quand le Yin croît, le Yang décroît, quand le Yang croît, le Yin décroît. Le Yin et le Yang s'équilibrent mutuellement. Le jour fait place à la nuit, l’inspiration vient après l’expiration.
  • Une subdivision possible en sous-éléments Yin et Yang : une énergie peut être Yang dans une circonstance donnée, mais Yin dans une autre situation. La lumière d’une bougie est Yang la nuit, Yin le jour.

Penser en « bien » ou « mal » de façon dichotomique, comme le fait la pensée occidentale,  n’a pas de sens si on raisonne en termes de Yin et Yang :  « vouloir le bien sans le mal, la raison sans le tort, l’ordre sans le désordre, c’est montrer qu’on ne comprend rien aux lois de l’univers ; c’est rêver un ciel sans terre, un yang sans yin, le positif sans le négatif... »

Selon le principe du Yin et du Yang, il n’y a pas cette dualité entre le bien et le mal : ce qui est bien pour l’un peut être mal pour l’autre, mais surtout un bien peut devenir un mal et un mal devenir un bien. Il n’y a pas d’immuabilité des situations, il n’y a rien qui soit absolu, tout est réversible. Partant de là, le principe du Yin Yang permet à tout le monde de s’améliorer, sans abdiquer et rejeter la responsabilité de son inaction sur les autres, sur la nature ou sur le monde.

 

Yin Yang et Kendo

 

Attitude

En kendo, la position de notre corps, Tatsu (debout) Shizentai (position naturelle), est Yin Yang : le haut du corps (Yang) doit être relâché (Yin), et le bas du corps (Yin) doit être fort (Yang). N’est-ce pas ce qu’on nous enseigne sans relâche : mettre la force dans nos hanches et la souplesse dans nos épaules ?

La position Migi Shizentai (position naturelle, pied droit en avant) ajoute une autre composante Yin Yang : la jambe droite est Yin (jambe non tendue, sans force, plat du pied posé avec légèreté sur le sol), la jambe gauche est Yang (jambe tendue sans excès, orteils ancrés sur le sol, talon légèrement décollé prêt à se détendre comme un ressort au moment où les hanches lancent le corps en avant).

 

Déplacements

Nos déplacements sont également Yin Yang, comme l’a écrit Miyamoto Musashi dans le Gorin no Sho : « Que ce soit au moment de pourfendre, au moment de se reculer, même au moment d'intercepter, les deux jambes doivent être actives: droite-gauche, droite-gauche, c'est-à-dire "Yin" et "Yang". J'insiste encore une fois sur le fait qu'il ne faut jamais actionner qu'une seule jambe. »

Là aussi, rien de nouveau sous le soleil du kendoka : les déplacements sont fondamentaux, les « deux jambes doivent être actives » quel que soit le type de déplacement. C’est la première chose qu’apprend un débutant en kendo : se déplacer correctement. Et c’est ce qu’apprend toute sa vie un kendoka : se déplacer correctement !

En okuri ashi (pas glissé sans croiser les pieds), le pied avant glisse d’abord sur le sol souplement (Yin) puis le pied arrière reprend sa position rapidement, fortement (Yang).  En ayumi ashi (pas glissé en croisant les pieds), il me semble voir du Yin dans le départ du pied avant, du Yang dans le croisement des pieds et un retour au Yin à la fin du pas qui n’est rien d’autre que l’équivalent du Yin de départ, seul le pied ayant changé.

Mais attention, que ce soit en okuri ashi, ayumiashi ou tout autre type de déplacement, le Yin Yang est dans le déplacement, pas dans les pieds. Le Yin et le Yang des déplacements n’est possible qu’avec une attitude correcte.

Le Nihon Kendo Kata permet de progresser dans les déplacements, d’en comprendre l’importance dans le combat que ce soit pour le maai (distance avec l’adversaire) ou le ki ken tai no ichi (union de l’énergie, du sabre et du corps) au moment de la coupe.

En kendo avec shinai, le fumikomi ashi (déplacement avec frappe du pied avant) est utilisé au moment de la coupe et est souvent considéré comme indispensable pour exprimer le ki ken tai no ichi. C’est faux ! Certes, le fumikomi permet d’exprimer avec force (Yang) la composante « ki » du ki ken tai, mais ce n’en est pas la seule possibilité. En fait, on peut considérer le fumikomi comme une extension d’okuri ashi, et si l’on considère l’aspect Yin Yang de ces déplacements, le principe est le même, la frappe du pied du fumikomi représentant l’instant où le côté Yin bascule en Yang.

 

Respiration

Du côté de la respiration,  on est fort dans l’expiration (Yang) et faible dans l’inspiration (Yin). C’est pourquoi  chaque kata doit se faire en 2 respirations :

Inspiration

Yin

Faible

Inspiration quand on est en migi shizentai à 9 pas tout en prenant la garde du kata.

 

Expiration

Yang

Fort

Expiration lente dans les 3 pas d’avancée jusqu’au « clash » des ki.

Uchitachi attaque en expiration avec fort kiai « Yaaah »

Shitachi  engage la technique appropriée et riposte en expiration avec fort kiai « Toooh »

Expiration lente jusqu’au retour en ai-chudan

 

Inspiration

Yin

Faible

Inspiration des 2 combattants au moment où les pointes des sabres s’abaissent.

 

Expiration

Yang

Fort

Lente expiration lors du retour de chacun à son point de départ

Evidemment, ce principe Yin (faible) dans l’inspiration et Yang (fort) dans l’expiration est ce qu’on nous enseigne sans le nommer en kendo au shinai : toute attaque se fait dans l’expiration, quand on est au plus fort, et si possible dans l’inspiration de l’adversaire, au moment où il est faible. Pour avoir une garde forte, en dehors de tout autre paramètre, on doit être en expiration dès qu’on est en  issoku itto no maai (distance d’une attaque en un pas), et ne surtout pas reprendre sa respiration dans ce moment là (ou du moins ne pas le montrer !) pour éviter d’offrir à l’adversaire une magnifique opportunité d’attaque dans un instant de faiblesse (Yin) au moment où lui est fort (Yang).

 

Attaque et défense : Ken Tai Ichi

 Dans The Kendo Reader, Noma Hisashi évoque la notion de Ken Tai Ichi, expression dans laquelle Ken signifie Attaque et Tai veut dire Défense. Ken Tai Ichi peut se traduire par « union de l’attaque et de la defense » ou « Attaque et Défense en Un », ce qui peut s’expliquer par « défense dans l’attaque et attaque dans la défense ». Noma Hisashi écrit qu’il faut que notre corps soit Ken (attaquant) pour provoquer une réaction de l’adversaire, et notre sabre doit être Tai (défensif, dans l’attente) pour le persuader d’attaquer et  pouvoir contre-attaquer correctement.

Le Ken Tai s’entend aussi d’un point de vue corps-esprit : l’esprit conserve une attitude Tai (défense) et le corps une attitude Ken (attaque), ce qui incite l’adversaire à faire le premier mouvement qui permettra de trouver l’ouverture qui permet d’attaquer et de gagner. Mais on peut aussi inverser le Ken Tai : un esprit offensif (Ken) et une attitude défensive (Tai) incitera l’adversaire à attaquer le premier et permettra de contre-attaquer efficacement.

Cela rejoint les propos de Miyamoto Musashi  dans le Go Rin No Sho: « Même si le corps est en position tranquille l'esprit, lui, ne doit pas demeurer tranquille. Même si le corps agit très rapidement, l'esprit, quant à lui, ne doit pas du tout agir rapidement. L'esprit ne suit pas le corps et le corps ne suit pas l'esprit. »

Ken Tai Ichi (Attaque et Défense en Un) contient la notion de Yin et Yang, comme cela est enseigné en Itto Ryu :

« Dans la nature, il n’existe pas un côté tout Yang ou tout Yin. Au bout du Yang émerge le  Yin. Dans les différentes postures, il y a celles qui sont Yin et celles qui sont Yang, attaquer est Yang et parer est Yin. Les gardes Onken, Jodan et Inhonken [NDLR : gardes pratiquées en Itto Ryu] sont Yang. Quand j'essaie de frapper l'adversaire, je regarde la couleur de son épée et réagis en conséquence, ne  pas uniquement essayer d'initier le premier coup est ce qu’on appelle prendre une position appelée Tai. Provoquer l’adversaire pour qu’il fasse le premier mouvement et réagir en conséquence. Lorsque vous avancez dans l’intention de faire la première attaque dans une attitude uniquement Yang, sans  Yin, vous vous retrouverez en grande difficulté face à un adversaire fort. Donc, essayez de combiner les attitudes Yang et Yin pendant le combat. » (Itto Ryu Densho)

Pour Noma Hisashi, les gardes gedan, seigan (chudan modifié pour pointer vers l’œil gauche de l’adversaire), shinken (position intermédiaire entre chudan et gedan) sont des gardes Yin. Ce sont par nature des gardes d’attente (Tai) qui nécessitent d’être contrebalancées par une attitude offensive (Ken).  Le Yang contenu dans le Yin doit permettre à tout moment de profiter d’une faiblesse dans l’attaque de l’adversaire et de le battre.  Le Yin et le Yang se complètent mutuellement pour atteindre la victoire.

Yin et Yang, Ken et Tai : Dans l’attaque il doit y avoir de la défense, dans la défense il doit y avoir de l’attaque. Le Nihon Kendo Kata nous enseigne ce principe fondamental pour notre compréhension du kendo, la Voie du Sabre.

 

Les 3 premiers kata de kendo : opposition, interdépendance et engendrement

 Les trois premiers kata de kendo ne sont pas qu’un simple enchaînement de techniques qu’il faut connaître pour passer le 1er dan, ils ont un sens philosophique très précis qu’il serait regrettable d’ignorer.

Au début de chacun d’eux, uchitachi est Yang : lumineux, sûr de lui, c’est lui qui prend l’initiative du combat. D’ailleurs, traditionnellement, c’est lui le plus expérimenté en kendo. C’est lui le meneur, le professeur du kata. S’il n’est pas Yang, s’il n’est pas grand, mâle, actif, le kata n’aura aucun sens, car c’est à lui d’insuffler l’énergie au combat.

Shitachi, pour sa part, est Yin. Calme, il répond à la menace de son adversaire mais ne prend pas l’initiative. En fait, il doit être dans un esprit Ken Tai Ichi : son attitude est Yin (défensive), mais son esprit doit être Yang (offensif). Dans les trois pas qui le rapprochent de son adversaire, son Yang grandit jusqu’au moment où les deux ki se rencontrent, quand la distance est réduite à « un pas/une attaque » (issoku ito no maai).

L’attaque franche et sûre d’uchitachi ne rencontre que le vide car shitachi esquive la coupe ou l’estoc : c’est l’instant même où les Yin et Yang des deux adversaires s’équilibrent, juste avant de s’inverser. Shitachi devient Yang et remporte le combat face à uchitachi devenu Yin.

Evidemment, cette présentation du scénario est assez simpliste, mais elle présente comment les kata de kendo sont une expression globale du Yin et du Yang (opposition, interdépendance, engendrement et équilibre).

Un autre aspect philosophique ou spirituel des trois premiers kata de kendo est l’évolution des attaques et ripostes, symbolisant l’évolution de l’esprit humain tel qu’il devrait être. Et en y regardant de plus près, il s’agit d’un véritable enseignement…

Dans le premier kata, uchitachi cherche à tuer et shitachi le tue… C’est le premier niveau de la pensée : « Tuer ou être tué pour ce en quoi en croit est juste ».  Chacun des deux combattants pense agir selon son bon droit ou sa bonne cause, et le résultat est la mort d’un des deux protagonistes. Dans l’attitude zanshin exprimée par shitachi après avoir vaincu uchitachi d’un coup de sabre sur le crâne, et donc de l’avoir tué, il y a non seulement une attitude de forte attention, mais aussi l’expression d’un sentiment de compassion face à l’être tué.

Dans le deuxième kata, les deux protagonistes ont progressé sur la voie et ont appris qu’aussi juste soit la cause que l’on défend, il est préférable d’épargner la vie. Uchitachi est toujours à l’initiative de l’attaque, mais en choisissant de faire kote (coupe du poignet),  il cherche à vaincre son adversaire tout en l’épargnant. C’est finalement shitachi qui remporte le combat en se contentant de blesser son adversaire, lui épargnant la vie. 

Enfin, dans le troisième kata, uchitachi cherche à transpercer et c’est finalement shitachi qui se trouve en situation de le transpercer. Le sabre de shitachi pointé entre ses deux yeux, capable de le tuer au moindre mouvement, uchitachi se trouve sur le fil de la mort et comprend instantanément le sens et la valeur de la vie. Il préfère garder la vie et shitachi décide de la lui laisser pleinement, car lui aussi connaît le sens et la valeur de la vie : épargner la vie est une façon de s’aider et d’aider son ennemi à progresser sur la voie.

Vu sous cet angle, l’enseignement des trois premiers kata de kendo est donc un cheminement sur la voie, faisant passer le kendoka de l’envie de tuer à celle de blesser puis à celle d’épargner. La voie du sabre rejoint ici l’enseignement du bouddhisme qui recherche le développement de la compassion.

 

 

 

 

[... à suivre]

 

Sources et bibliographie

  • Nippon Kendo Kata , Considerations for Instruction, Professor Sakudo Masao (Osaka University of Health and Sport Science), 2011.
  • Kendo and Kata : its relationship with Humanity and Buddhism, John Howell, 2010 .
  • Nihon kendo no kata & kihon bokuto waza, Stephen D. Quillian, Kingston Kendo Club, juillet 2011.
  • The Kendo Reader; Noma Hisashi, 1939. 
  • Vertus martiales, leçons de courage, de sagesse et de compassion des plus illustres guerriers d’Orient et d’Occident, Dr Charles Hackney, Budo Editions, 2011.
  • Gorin no Sho (Traité des Cinq Roues), Miyamoto Musashi, 1645.
  • De l’intérêt du Kendo no Kata, Olivier de Lataillade, 2011.
  • Le principe yin-yang : il figure les deux grandes forces de l’univers : clair-obscur, négatif-positif, mâle-femelle, Daojida, mai 2001, Buddhaline.

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03 juillet 2016

Shoshin : Etre libre de toute pensée encombrante

Parmi les enseignements qui nous viennent du bouddhisme japonais, il y en a un qui est particulièrement intéressant et résonne comme une grande voie de progrès de notre société…

Il s’agit de Shoshin, terme japonais que l’on traduit généralement par « esprit du débutant » et  concept très connu et utilisé dans le bouddhisme zen et dans les arts martiaux. Personnellement, je pense que sa portée va bien au-delà de ces deux domaines.

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Pour illustrer ce qu’est Shoshin, l’histoire de la tasse de thé qui déborde est souvent racontée :

Un célèbre maître de zen reçoit un jour la visite d'un homme qui déclare vouloir étudier avec lui. Le maître l'invite à boire le thé pendant que le visiteur lui expose son passé. Tandis que le maître sert  le thé, le visiteur soucieux de prouver à quel point il est avancé sur la voie  lui décrit son cheminement spirituel, ses découvertes, ses réflexions et nomme les maîtres qu'il a côtoyés.

Le maître l’écoute attentivement tout en continuant à verser la boisson dans la tasse qui finit par déborder, le thé s’écoulant tout autour. L’élève, étonné, choqué, s’écrit alors : "Mais que faites-vous?! Arrêtez de verser, ma tasse est déjà pleine!".

Et le maître lui répond calmement : "Comment voulez-vous qu'un enseignement pénètre votre esprit alors qu'il est déjà plein comme cette tasse?"

De façon imagée, le maître zen explique ici qu’on ne peut plus rien faire rentrer dans un esprit déjà plein… Effectivement, on peut avoir acquis plein de savoirs ou vécu de multiples et riches expériences mais, si on croit déjà tout savoir, si on croit déjà savoir à priori ce que va nous apporter l’enseignement, alors notre esprit est plein comme cette tasse de thé. 

Shunryu_Suzuki

C’est ce que veut dire Shunryu  Suzuki (1904-1971) à propos de la méditation : « Lorsque nous n’avons pas idée de ce que nous allons trouver dans la méditation, pas d’attente, nous sommes de vrais débutants. Alors nous pouvons réellement apprendre quelque chose. »  A contrario, si nous avons une idée préconçue de ce qu’est sensé nous apporter la méditation, ou si nous pensons que la méditation est un truc plus ou moins ésotérique qui ne sert à rien ou si au contraire nous croyons déjà tout connaître des bienfaits de celle-ci, il y a de grandes chances que nous n’apprenions rien car notre esprit encombré de pensées n’est pas disposé à recevoir un nouvel enseignement.

Est-ce à dire que nous sommes voués à ne jamais progresser puisque, par définition, plus nous progressons dans une voie, plus nous pratiquons et apprenons, moins nous sommes débutants ? Est-ce à dire que nous ne devons pas chercher à apprendre ou progresser pour rester éternellement débutant et donc avoir le bon esprit ? Bien sûr que non !  Il s’agit juste de garder l’esprit du débutant, cultiver cet état d’esprit spontané, ouvert, enthousiaste.

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De façon tout aussi imagée que l’histoire du bol de thé qui déborde, Takuan Soho (1573-1645) évoque Kannon la déesse aux mille bras :

« Si l’esprit s’arrête au bras qui tient un arc,

à quoi bon les neuf cent quatre-vingt-dix-neuf autres bras? »

TakuanSoho

Pour Takuan Soho, c’est parce que l’esprit ne se laisse pas retenir sur un seul aspect que tous les bras de Kannon trouvent leur raison d’être. On ne doit pas garder l’esprit fixé sur le bras qui tient l’arc, mais essayer de comprendre pourquoi il y a 999 autres bras. Et c’est important car, pour Takuan Soho, même si Kannon n’a qu’un seul corps, ses mille bras ont leur utilité. Seul celui qui a la sagesse immuable peut comprend le sens de ce message.

Takuhan Soho précise sa pensée : si l’on se tient face à un arbre et que l’on regarde précisément une feuille rouge, on n’en voit pas les milliers d’autres, tandis que si l’esprit n’est pas encombré de pensées, le nombre de feuilles que l’on voit est illimité. Pour parvenir à cet état d’esprit, il faut quitter le domaine du débutant et cheminer sur la voie de la sagesse immuable, pour un jour retomber au niveau du débutant, dans un état où l’intellect perd sa fonction et « l’homme se retrouve Sans-Esprit-Sans-Pensée ».

Passer de l’état d’esprit du débutant à l’état du Sans-Esprit-Sans-Pensée, de « l’ignorance et l’affliction du début » à la « sagesse immuable » qui ne font plus qu’un, ne se fait pas au moyen d’une simple compréhension ou démarche intellectuelle : cela nécessite un entraînement technique. Takuan Soho dit :

« La technique et le principe sont les deux roues d’une même charrette »

S’entraîner à la technique sans chercher la sagesse, ou chercher à atteindre la sagesse sans effort, voilà les deux erreurs à ne pas commettre. Pendant l’entraînement, que ce soit à un art martial ou à la méditation, il faut « chercher l’esprit perdu » avant de pouvoir « perdre l’esprit ».

« Chercher l’esprit perdu »

Chercher l’esprit perdu, c’est le ramener en permanence à nous, ne pas le laisser divaguer, se laisser souiller et arrêter par nos actes ou des influences externes.  Comme pour le lotus qui s’épanouit dans la boue, l’entraînement nous permet de nous épanouir et de progresser malgré (ou grâce à) la boue.

« Perdre l’esprit »

Et alors, quand notre esprit aura réussi à vaincre la boue, ne pas rester prisonnier de celle-ci, comme le cristal qui ne s’altère pas même s’il est jetée dans la boue, nous pourrons « perdre l’esprit », c'est-à-dire le laisser aller, ne pas le retenir prisonnier de certitudes ou d’habitudes faciles.

C’est à ce moment là que nous pourrons être Sans-Esprit-Sans-Pensée, comme un débutant… la sagesse immuable en plus, comme l’épouvantail du poème du moine bouddhiste Bukkoku (1256-1316) :

Bien que de toute évidence

Il ne puisse monter la garde

Dans les petits champs de montagne

L’épouvantail

N’est pas là en vain

épouvantail

Pour en arriver là, il faut garder Shoshin, l’esprit du débutant, tout au long de l’entraînement, curieux, enthousiaste, modeste et ouvert. Pour Takuan Soho, celui qui dés le début n’a aucune sagesse n’en aura jamais et ne trouvera pas sa voie, tandis que celui qui prétend dès le début tout savoir « laisse échapper la sagesse du haut de son crâne et semble bien ridicule».

 

Sources :

  • Fudoo-chi Shinmyoo Roku (Le Récit Mystérieux de la Sagesse Immuable), dans « L’Esprit Indomptable, écrits d’un maître zen à un maître de sabre », Takuan Soho, Budo Editions, 2007.
  • Esprit zen, esprit neuf, Shunryu  Suzuki, 1970, éditions du Seuil, 1977.

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07 mars 2016

Fudo Myoo : la Sagesse Immuable

Quand on visite les temples bouddhistes au Japon, on rencontre parfois un personnage qui attire le regard du néophyte tant son aspect est loin de l’image de paix et de compassion qu’on s’attend à trouver dans de tels lieux…

Fudo Myoo, temple Shinsho-ji, Narita-san (2010)

 

Fudo Myoo, temple Shinsho-ji

Pour quelqu’un ayant une culture judéo-chrétienne, ce personnage ressemblerait plus à un diable qu’à un dieu ! Que fait-il dans un temple, parmi les bouddhas et Kannon, déesse de la compassion ? Son air est menaçant, voire franchement en colère, avec ses yeux courroucés, son front plissé et sa bouche fermée dans un rictus laissant voir ses canines pointues. Entouré de flammes rappelant plus l’enfer qu’un coin du feu douillet, il est menaçant et semble prêt à combattre, armé d’une épée et tenant fermement une corde munie d’anneaux métalliques…

fudo2 fudo3

Pourtant, Fudo Myoo (c’est son nom) symbolise la « Sagesse immuable ». Etonnant non ?

On comprend facilement que les dieux guerriers qui entourent la porte d’entrée du temple ont l’air méchant, puisque leur rôle est de protéger le lieu sacré. Mais Fudo Myoo… Pourquoi ?

Pour comprendre l’aspect de Fudo Myoo, il faut connaître la symbolique qui l’entoure :

  • Fudo Myoo se tient assis sur un rocher, signe de force, fermeté et détermination inébranlable.
  • Les flammes qui l’entourent lui donnent une impression de force et représentent la destruction de la colère et des passions.
  • Le sabre qu’il tient dans la main droite lui permet de pourfendre l’ignorance et de tuer les démons. Kurikara (le nom du sabre) pointe vers le haut, reliant la terre au ciel, et lui permet d’affronter tout obstacle.
  • La corde qu’il tient dans la main gauche lui permet d’attraper et d’immobiliser les mauvaises pensées en ligotant tout ennemi qui s’opposerait à l’éveil. C’est le symbole de la concentration.
  • Le lotus à huit pétales qui surmonte sa tête représente l’éveil et exprime la compassion.
  • La canine droite pointe vers le haut, symbolisant le ciel et l’esprit, tandis que la canine gauche pointe vers le bas, en direction de la terre et de la matière, symbolisant l’union du corps et de l’esprit. Ces canines permettent de briser tout obstacle.
  • Son œil gauche est mi- clôt, le droit est ouvert, permettant l’entrée dans le suprême véhicule afin d’atteindre la bouddhéité.
  • Sa bouche est fermée, détruisant le souffle du samsara (cycle des existences conditionnées successives, soumises à la souffrance, à l'attachement et à l'ignorance).

Comme quoi, il ne faut jamais s’arrêter à la première impression mais essayer de comprendre un peu les choses !  En fait, Fudo Myoo est le plus important des cinq grands rois protecteurs de Bouddha. Il est un Vidyārāja, terme sanskrit signifiant Roi de connaissances ou du savoir, un de ces rois dont le rôle est de protéger le bouddhisme. Particulièrement vénéré par le bouddhisme Shingon, il l’est aussi dans les autres écoles bouddhiques au Japon : Tendai, Rinzai, etc.

Il est intéressant de savoir que Fudo Myoo, aussi appelé Acala l'immuable ou Acalanātha le maître immuable, a de nombreux traits communs avec Shiva, dieu Hindou de la destruction, de l'illusion et de l'ignorance dans le but de la création d'un monde nouveau. Ce n’est pas complètement étonnant, quand on se rappelle que le bouddhisme Japonais vient de l’Inde via la Chine, d’où l’influence de la culture hindoue. On le retrouve donc en Inde où il s’appelle Acala Vidyārāja et en Chine sous le nom  de Búdòng míngwáng. Il semblerait même que Fudo Myoo et les quatre autres « rois protecteurs » seraient des dieux hindous convertis au bouddhisme!

kurikara1

Le sabre que tient Fudo Myoo s’appelle Kurikara, épée à double tranchant, et on trouve souvent une  représentation différente de cette divinité : un « sabre dragon » appelé Kurikara Fudo : un dragon s’enroulant autour du sabre. Fudo Myoo aurait eu à se battre contre un démon, mais l’issue du combat était incertaine… Le démon se transforma en sabre et Fudo Myoo prit la forme d’un dragon, s’enroulant autour du sabre et le détruisant par le feu. Là aussi, le lien avec l’Inde est évident : Kurikara vient de Kulika, Roi Serpent hindou…

kurikara2

Au Japon, le temple Shingon Shinsho-ji (nouveau temple de la victoire, aussi appelé Narita-san, montagne de Narita) est particulièrement consacré à Fudo Myoo. Il fut créé en 940, après une victoire attribuée à la présence d’une image de Fudo Miyoo apportée au combat par un prêtre  qui l’aurait préalablement utilisée pendant 3 semaines de Goma, rituel purificateur par le feu spécifique du bouddhisme ésotérique Shingon. Le Goma, pendant lequel est prié Fudo Miyoo, purifie l’Esprit en permettant de détruire grâce au feu et au mantra récité les énergies négatives, les pensées et des désirs néfastes et les obstacles en général.

 

shinsho-ji

 shinsho-ji2                   shinsho-ji3

En France, il existe un temple Shingon, Komyo-In (temple de la Lumière pour la Vie, situé en Bourgogne), consacré lui aussi à Fudo Myoo. Fondé en 1989 par Yukaï sensei, moine Bouddhiste Shingon Français, il faut noter qu’en ce lieu se tient également le seul sanctuaire Shinto d’Europe : Wako Jinja.

fudo-komyo-in1

 

Maintenez l’esprit comme si vous vous trouviez

en face des mâchoires d’un tigre (Suzuki Shôsan)

 

Suzuki Shôsan (1579-1655), samurai devenu moine Zen qui influença très fortement la société Japonaise et notamment celle des samurais à l’époque où leur art du sabre basculait d’une seule technique de l’art du combat (recherchant avant tout l’efficacité) à une voie de sagesse (imprégnée de Bouddhisme mais aussi de Shinto et de Confucianisme), se réfère ainsi à Fudo Myoo :

« L’exercice de la Voie du Bouddha consiste à mettre en pratique l’énergie de la grande fermeté

des deux divinités de Diamant et du Génie immobile. C’est tout. »

Dans cette citation, le Génie immobile est Fudo Myoo, et les divinités de Diamant sont les deux rois qui gardent l’entrée des temples. Ils sont tout aussi avenants que Fudo Myoo ! Pour Suzuki Shôsan, il faut recevoir la force de ces trois rois pour détruire les pêchés et les passions. C’est l’unique loi du Bouddha qui permet de détruire corps et esprit en les assaillant de cette énergie. Serrer les poings, fixer les yeux, grincer des dents… pour maintenir la tension, c’est le ressort indispensable pour pratiquer l’énergie et la concentration du Zen.

« On ne peut vaincre les passions sans avoir reçu ce ressort »

Cette approche du Zen, préconisant une pratique « virile, courageuse et ferme » était parfaitement adaptée à l’esprit guerrier des samurais de cette époque.

  

Inébranlable signifie que rien ne retient (Takuan Soho)

 Takuan Soho (1573-1645), est un célèbre moine bouddhiste affilié au Zen Rinzai. Bien que fils de samurai, il n’a jamais été un guerrier et entra très tôt dans un monastère bouddhiste avant de mener la rude vie de moine itinérant. On dit que ne possédant qu’un seul vêtement, il devait rester nu quand il le lavait… A 38 ans, il devint le Moine Principal du Daitoku-ji, un des plus importants monastères de Kyoto. Mais, fidèle à l’Empereur et refusant de faire allégeance au Shogun, il dut partir en exil de 1629 à 1632, avant d’être réhabilité par le nouveau Shogun Tokugawa Iemitsu dont il devint l’ami, tout comme il l’était de l’Empereur déchu Go-Mizunoo. Il refusa de reprendre la tête du monastère Daitoku-ji et de se mêler des querelles politiques entre le Shogun et l’Empereur, préférant se consacrer à la calligraphie, la peinture, la poésie et l’écriture.

C’est justement dans un de ses textes,  Fudoo-chi Shinmyoo Roku (traduit par  Le Récit Mystérieux de la Sagesse Immuable dans le livre L’Esprit Indomptable), que Takuan Soho nous donne la clé de l’aspect agressif de Fudo Myoo :

« Il se tient fermement campé, prêt à défaire les esprits malins

 qui barreraient le chemin le chemin de la loi bouddhique ».

Takuan Soho explique que, rien qu’en voyant Fudo Myoo, l’homme ordinaire prend peur et n’envisage pas une seconde de s’opposer au bouddhisme ! Par contre, l’homme qui est près de l’éveil comprend que Fudo Myoo incarne la sagesse immuable : c’est un esprit immuable et un corps inébranlable :

« Inébranlable signifie que rien ne retient ».

Rien ne le retient veut dire, dans un sens premier, que Fudo Myoo est près à tout casser pour protéger le bouddhisme… mais surtout, explique Takuan Soho, cela veut dire qu’il peut porter son regard sur quelque chose sans que son esprit ne s’y arrête. Ceci évite à l’esprit de porter un jugement, et donc de s’en trouver prisonnier.

Ce texte de Takuan Soho est destiné au samurai Yagyu Munemori (1571-1646), fondateur de l’école de sabre Yagyū Shinkage-ryū, et il a pour but de faire le lien entre l’escrime et le Zen. Si lors d’une attaque par 10 adversaires l’esprit du samurai s’arrête sur le premier attaquant, la mort arrivera dès la seconde attaque… Alors que si son esprit ne s’arrête sur aucune attaque, l’action appropriée à chacune d’elle arrivera naturellement. Evidemment, cette situation de combat peut être extrapolée à toute situation de la vie, et c’est là que l’enseignement de Takuan Soho prend tout son sens.

 Ne pas arrêter son esprit sur une attaque, c’est avoir l’esprit du débutant. Celui-ci ne connait pas les postures ou les gardes du sabre, son esprit est libre et il saura comment parer naturellement une attaque. Celui qui apprend la technique du sabre sera prisonnier de ce qu’il étudie et son esprit sera encombré, s’arrêtant sur tel ou tel aspect, se sentant mal à l’aise pour attaquer ou se défendre. Ce n’est que bien plus tard, après un long temps d’entraînement et d’expérience, que son esprit retrouvera la liberté et qu’il sera comme au premier jour, comme un simple débutant, libre de toute pensée encombrante sur la manière de tenir son sabre ou de positionner son corps :

« L’ignorance et l’affliction du début,

le lieu permanent et la sagesse immuable qui viennent plus tard ne font plus qu’un »

                                                                                                                                   

 

 Liberté parfaite : le samurai ne doit pas plus désirer détruire l’adversaire qu’il ne doit avoir peur d’être détruit par lui (Minoru Kiyota)

Trois cent cinquante ans après l’écriture de Fudoo-chi Shinmyoo Roku par Takuan Sho, Minoru Kiyota (Docteur en Philosophie, Président des Etudes du Bouddhisme à l’Université de Wisconsin-Madison, Enseignant de Kendo) en fait l’analyse dans son livre  Kendo, its Philosophy, History and Means to Personnal Growth  (édité en 1984) en expliquant le titre même du texte:

  • Fudo est une divinité bouddhiste symbolisant l’immuabilité,
  • chi (prajna) signifie sagesse permettant de percevoir l’absence de soi-propre et le vide.
  • Fudo-chi fait donc référence à une sagesse qui n’est pas perturbée par des éléments extérieurs. C’est ce qui est connu sous le terme Japonais « Mushin » (parfois traduit par non-pensée).
  • Le deuxième mot du titre est Shinmyoo (saddharma), faisant référence à une énergie synergique issue de l'intégration de l'esprit de corps.
  • Quant au troisième mot, Roku, cela veut simplement dire manuel, mode d’emploi.

Fudoo-chi Shinmyo Roku est donc un manuel expliquant comment la non-pensée provenant d’une énergie synergique issue de l’intégration corps-esprit peut servir à un escrimeur ! Le texte a pour but de décrire la mise en œuvre de la connaissance de ce qu’est le non-attachement aux sollicitations externes. Là encore, l’extrapolation à toute situation de la vie est évidente…

Minoru Kiyota  analyse le texte de Takuan Soho en y voyant cinq thèmes :

1)      Illusion : l’illusion est l’attachement à l’attaquant, privant de toute liberté et empêchant toute spontanéité.

2)      Sagesse immuable : c’est la destruction de l’illusion. Comme Fudo Myoo au regard perçant et grâce à ses armes et à son aura de feu, il faut détruite l’illusion. Sans le Fudoo-chi, le mushin, le non-esprit, impossible de vaincre plusieurs adversaires. Paradoxalement, l’immuabilité permet l’action : seul l’esprit non encombré par l’extérieur peut produire une action instantanée et efficace, dans « un intervalle qui ne laisse pas passer le moindre cheveu » comme le dit Takuan Soho.

3)      Liberté de mouvement : l’esprit ne doit être fixé sur aucun point de l’adversaire, ni son sabre, ni les mouvements de son corps, ni la volonté de le sabrer. Cela ne veut pas dire que toute fonction mentale doit s’arrêter, car l’adversaire en profiterait pour attaquer ! Cela veut dire qu’il faut que le corps et l’esprit doivent ne faire qu’un, être parfaitement intégrés.

4)      L’esprit authentique versus l’esprit dans l’erreur: Honshin est l’esprit authentique, libre de toute influence externe, Moshin est l’esprit qui se fait des idées, prisonnier de l’extérieur, empêchant toute spontanéité.

5)      L’esprit de non-attachement : synonyme de sagesse, mushin (non-pensée), esprit indestructible. Quand nous marchons, notre esprit ne s’attache pas à nos jambes, sinon cela perturberait nos pas. L’esprit qui est libre de tout attachement sur un point précis permet une spontanéité qui est une parfaite liberté.

Ainsi, l’esprit qui est libéré de toute obsession d’un point particulier produit un état mental d’engagement maximal que le texte de Takuan Soho traduit par une « liberté totale ». Cela veut dire que le samurai ne doit pas se soucier ni de son adversaire ni du sabre de ce dernier, pas plus qu’il ne doit désirer détruire l’adversaire ou avoir peur d’être détruit par lui.  C’est cela que nous enseigne Fudo Myoo.

  

Le corps comme un rocher  (Myamoto Musashi)

Miyamoto Musashi (1584-1645), célèbre samurai contemporain de Suzuki Sohan et de Takuan Soho (qu’il aurait rencontré et qui l’aurait fortement influencé dans son cheminement philosophique), ne cite pas directement Fudo Myoo, mais il fait abondamment référence à cette notion d’immuabilité. Dans son Go Rin No Sho (traité des 5 roues). Bien qu’il prenne soin de préciser en introduction qu’il ne fait aucun emprunt au bouddhisme et qu’il n’a aucun maître ni modèle, son Traité est imprégné de la philosophie bouddhiste qui bouillonne à cette époque.

La troisième partie du Traité des Cinq Roues s’intitule Rouleau du Feu car c’est par l’image du feu que Miyamoto Musashi conçoit la bataille dans son école de sabre Nitten Ichi Ryu : « le feu symbolise l’esprit flamboyant, qu’il soit petit ou grand ». Il précise que ce qu’il écrit dans ce texte fait référence à une situation d’urgence et qu’il faut s’entraîner sans relâche et se familiariser avec ces situations afin que l’esprit devienne réellement immuable. Le Rouleau du Feu donne toute une série de conseils stratégiques sur le combat (choix du lieu, prise d’initiative, maintenir la pression, connaitre le rythme du combat, devenir l’adversaire, etc) et termine par avoir « le corps d’un roc ». Et il précise que «  celui qui maîtrise la voie de la stratégie ne recevra jamais aucun coup de sabre et rien ne pourra le faire bouger ».

Le feu, le roc… comment ne pas penser à Fudo Myoo ? D’ailleurs, Miyamoto Musashi précise dans un autre de ses écrits (Trente Cinq Instructions sur la Stratégie) que « le corps d’un roc est un esprit puissant et grand qui ne bouge nullement », c'est-à-dire Immuable, intouchable…

 

 

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Fudo Myoo est donc le symbole de l’immuabilité que doit avoir notre esprit en toute situation. Son aspect guerrier, menaçant, est la représentation de sa volonté sans faille face à ce qui pourrait l’écarter de la voie du bouddhisme. Le samurai doit avoir ce même état d’esprit face à l’adversaire, tout comme le Général face à l’armée ennemie. Pas de panique, pas d’improvisation hasardeuse, mais être prêt, avoir l’esprit libéré…  Vaincre les passions, comme le dit Suzuki Shôsan, ne pas arrêter son esprit sur un point particulier et conserver l’esprit du débutant, comme le préconise Takuan Soho, avoir le corps d’un roc, comme conseille Miyamoto Musashi, c’est détruire l’illusion et approcher du non-esprit, mushin, comme l’écrit Minoru Kiyota, 350 ans après les trois illustres philosophes qui le précèdent.

Fudo Myoo est donc l’image d’un enseignement fondamental pour les pratiquants d’escrime Japonaise (les kenshis pratiquant le kendo mais, on l’espère, également les pratiquants d’autres arts martiaux), les Bouddhistes et tous ceux qui sont engagés dans la voie de la méditation : immuabilité de l’Esprit.

C’est sûr, si vous ne connaissiez pas Fudo Myoo et si vous avez lu cet article jusqu’au bout, vous ne le verrez plus sous le mêm aspect !

 

Le 7 mars 2016,

Oriibu

Photos (c) Oriibu

Sources et références :

  • Roankyo, Susuki Soshan, publié en français sous le titre Zen et Samouraï, traduction de M. et M. Shibata, Albin Michel, Spiritualités vivantes, 1994
  • L’Esprit Indomptable, Ecrits d’un maître de Zen à un maître de sabre, Takuan Soho, traduction de William Scott Wilson et Josette Nickels-Grolier, BUDO Editions, 2001.
  • Go Rin No Sho, Traité des Cinq Roues, Miyamoto Musashi, 1645, traduction M. et M. Shibata, Albin Michel, Spiritualités vivantes, 1983.
  • Miyamoto Musashi, Maître de Sabre Japonais du XVIIe Siècle, Kenji Tokitsu, éditions DésIris, 1998.
  • Kendo: Its Philosophy, History and Means to Personal Growth, Minoru Kyota, Kegan Paul International, 1995

 

 

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18 août 2015

Chronique d'un bout du film Shokuzai, ou : « Le kendo peut-il être utile à la piscine ? »

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La question peut paraître étrange ou saugrenue, mais elle ne l’est pas tant que ça quand on connaît le profil moyen du pratiquant de kendo : est-ce que l’art du sabre peut être utile, un jour, à la piscine ?

Sous-entendu : est-ce que des centaines ou des milliers d’heures de pratique du sabre (fusse-t-il en bambou), de cris et de sueur peuvent un jour servir à quelque chose à la piscine ? Parce que c’est bien connu : quand on rate un entraînement de kendo, c’est parce qu’on a piscine.

Question quasi existentielle qui pourrait provoquer un débat houleux entre kendokas lors du debriefing d’un entraînement, plus couramment appelé biru geiko (entrainement à la bière).

On aura beau cherché, on ne trouvera pas la réponse dans l’Hagakure ou le Go Rin No Sho, ni dans Kendo The Definitive Guide. Ni dans Star Wars ou Karate Kid, le Secret des Poignards Volants ou Panique à Tokyo (film qui n’existe pas mais où, dans mon imaginaire, joue Steven Seagal).

Alors où ?

affiche-shokuzai

Et bien dans Shokuzai Episode 2.

Là, je suis obligé de faire une digression pour resituer le contexte. Que ceux que cela n’intéresse pas aillent reprendre une bière et reviennent dans cinq minutes. Je serai rapide.

Shokusai est un film en cinq épisodes racontant le destin tragique de quatre gamines Japonaises qui ont aperçu le visage de l’assassin d’une de leurs amies, mais n’ont jamais pu le décrire. La mère de la petite fille violée et assassinée déclare alors aux fillettes qu’elles devront expier leur silence, les rendant complices involontaires de la mort de sa fille. D’où le titre du film « Shokusai » que l’on peut traduire par « pénitence ».

Jusqu’ici, me diriez-vous, rien à voir avec le kendo (non, le pervers ne faisait pas de kendo…)

Mais c’est là que ça devient intéressant, enfin dans le second épisode de la série, car une des quatre fillettes, Maki, est devenue institutrice et pratique le kendo. Elle est même très douée dans la voie du sabre.

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Et c’est là que ça devient très très intéressant, et qu’enfin on va savoir si le kendo peut être utile à la piscine…  En effet, alors que Maki accompagne un beau jour ses élèves à un cours de natation sous la houlette d’un professeur de gym qui en pince pour elle, un énergumène (qui ne semble pas avoir le gaz à tous les étages) fait irruption un couteau à la main, terrorisant à juste titre tous les enfants qui sautent à l’eau pour échapper au fou furieux. Le problème, c’est que le prof de gym n’écoutant que son courage (qu’il a bien faible) fait de même : il saute dans l’eau pour se planquer.

Croyez-vous que Maki prit le maquis ? Non : je vous rappelle qu’elle fait du kendo. Alors elle se saisit d’un manche à balai qui traîne par là et se met en garde face au débile au couteau. Et là : seme, zanshin, kamae, ki ken tai et paf… kote men (demandez à votre ami qui fait du kendo de vous  expliquer, vous en aurez pour des plombes). Le mal-pensant lâche alors son couteau, et re-paf : men, men et re-men (c'est-à-dire coup, coup et re-coup sur la tête).

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Bref, vous l’avez compris : Maki a maté foufou. Inutile de vous dire qu’elle a alors été considérée comme une héroïne par les parents d’élèves et la hiérarchie de son école, et vous vous dîtes que tout est bien qui finit bien.

Et bien non. Car le monde n’est pas si simple… Jalousie, médisance, mesquinerie ont aussi cours dans une petite école japonaise… La rumeur s’installe alors dans la petite communauté : Maki a certes désarmé le foldingue, mais elle en aurait rajouté… Elle se serait acharnée sur lui plus que nécessaire, le frappant avec violence alors que le danger était déjà écarté. D’ailleurs, ne dit-on pas que lors d’un combat de kendo elle se serait défoulée plus que de raison sur une adversaire plus faible qu’elle ? (toute ressemblance avec un personnage existant serait bien sûr fortuite) Ne serait-elle donc pas un danger pour ses élèves ?

Alors, après la réunion où elle a reçu moult félicitations, la voici convoquée à une nouvelle réunion avec les parents d’élève pour s’expliquer sur sa violence… Et là, elle s’excuse, mais elle avoue… ben oui, elle n’a pas attaqué le foutrax pour défendre les enfants, mais juste pour se défouler, pour laisser s’extérioriser tout ce qu’elle retenait en elle depuis ce fameux jour où son amie a été assassinée…

Et elle démissionne.

Mais ce n’est pas fini, car le prof de gym qui s’était jeté dans la piscine en voyant le fou au couteau (au lieu d’à minima essayer de protéger les enfants dont il avait la responsabilité), devenu à moitié zombi à force de déshonneur, arrive et colle une droite à Maki.

Elle tombe à terre, se cogne violemment le crâne et meurt en essayant de décrire dans un dernier souffle le visage de l’assassin de son amie. Mais elle n’y arrive pas…

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Bref, pour en revenir à la question initiale, on voit bien que le kendo peut servir à la piscine ! A la condition sine qua non, toutefois, de trouver un manche à balai au moment opportun. Certes.

N’empêche que l’action de Maki, action quasi réflexe suite à des heures et des heures d’entraînement, a permis de neutraliser un fou furieux qui s’attaquait à des enfants. On peut toujours chipoter et dire qu’elle n’aurait pas dû lui défoncer le crâne mais se contenter de lui faire lâcher son couteau… Mais merde, on n’est pas chez les bisounours.

Alors oui, le kendo peut servir à la piscine. Ca sert à ne pas se jeter à l’eau en pétant de trouille face à un adversaire.

Voilà, ma chronique est finie.

Le reste du film est très bien, et sincèrement je vous conseille de le voir.

Oriibu

 

Titre original : Shokuzai

Réalisé par Kiyoshi Kurosawa

Ecrit par Minato Kanae, Kiyoshi Kurosawa

Avec Kyôko Koizumi, Hazuki Kimura, Yû Aoi

Année : 2012

Pays : Japan

Durée : 270 min

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19 octobre 2014

Sanctuaire Shinto d'Heitate: une source Yin et Yang

 

Source Yin Yang (Heitate jinja)

C'est au sanctuaire shinto Heitate, situé sur l'île de Kyushu, préfecture de Kumamoto, que se trouve cette source In Yo (Yin Yang), où plus exactement ces deux source: l'une est In, l'autre est Yo. 

De chacune de ses sources, séparées de quelques mètres, un bambou prélève l'eau et l'envoit se jeter au sein d'une pierre creuse, où les deux eaux se mélangent. L'eau de chaque source a un goût différent, et le mélange des deux donne une eau pure et parfaite au pouvoir magique.

L'eau est d'une importance fondamentale pour la religion Shinto, comme pour le Bouddhisme Japonais. Elle fait partie des 5 éléments sur lesquels reposent toute la vie. Miyamoto Musashi, dans son livre Gorin no Sho ("traité des Cinq Roues") les reprend en cinq chapitres: Terre, Eau, Feu, Vent, Vide.

Voici comment il introduit le deuxième élément, l'eau:

« Il faut rendre notre esprit semblable à l'eau. L'eau prend la forme des récipients qui la contiennent, qu'ils soient carrés ou ronds. L'eau peut se réduire à une goutte ou atteindre la taille d'un océan. L'eau qui se trouve au fond des gouffres profonds a une couleur d'un vert pur. L’eau est incolore, mais elle est verte au plus profond d’un gouffre. L’eau représente la pureté, la même que devrait avoir notre esprit si on veut vaincre notre ennemi. Cela est vrai pour un combat individuel ou pour une bataille rangée, tout comme pour l’artiste qui peut créer une œuvre magnifique à partir d’un petit modèle.» 

Pour en revenir au sanctuaire Heitate (où rien ne dit que Miyamoto Musashi se soit rendu! Bien que cela soit probable, étant donné la proximité de Kumamoto où il vécut ses dernières années), celui-ci est un des plus anciens sanctuaires Shinto du Japon. Un peu méconnu par rapport à d'autres sanctuaires plus illustres, il est pourtant réputé comme possédant une énergie positive. Effectivement, le visiter est un enchantement et on ne peut rester insensible à la beauté des lieux et à l'énergie qui s'en dégage. Heitate Jinja, selon la mythologie Shinto, serait le lieu où est née la nature. Le sanctuaire est aussi réputé comme un endroit d'où l'on peut envoyer ses prières pour la paix dans le monde.

Le sanctuaire cache également 5 masques de couleurs différentes (noire, blanche, rouge, jaune et bleue) dont on ne connaît pas l'origine. Ces masques représentent les races originelles de l'humanité... et le mystère est total en ce qui concerne le masque de couleur bleue qui donne droit à de multiples théories (Lémuriens? Atlantide?).

Après avoir monté un grand escalier de pierre, on accède aux bâtiments du sanctuaire. Là, un prêtre shinto purifie les visiteurs qui pourront alors se promener dans le sanctuaire, en redescendant la colline et aller jusqu'à la fameuse source d'Higashimitarai.

La notion de Yin Yang (ou In Yo en japonais) est de nature bouddhiste, mais il existe un principe qui s'en rapproche grandement en Shinto: musubi (ire à ce sujet Musubi, naissance et devenir de toute chose). Bien qu'ayant peu d'information sur cette source, je suis persuadé qu'elle est un symbole de musubi. Boire l'eau de cette source apporte des birenfaits sur la santé et le moral... Et ça c'est magique!

 

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 Orribu

(photos (c) Oriibu 2013 )

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12 octobre 2014

Rapport historique entre le kendo et le Bouddhisme Zen (Zen et Kendo, 1ère partie)

 Pour bien comprendre pourquoi et comment l’art du sabre développé par les samurai et devenu le kendo aujourd’hui est imprégné de Bouddhisme Zen, il faut commencer par un rapide survol historique du Japon.

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Le Zen puise ses racines au plus profond du Bouddhisme, puisque son origine remonte aux prémices  du Bouddhisme indien (sermon du Bouddha Shākyamuni à ses disciples), avant un passage par la Chine et la Corée pour se répandre au Japon par vagues successives à partir du 6ème siècle. Ce passage par la Chine explique pourquoi on retrouve une forte influence du Taoïsme et du Confucianisme dans le Bouddhisme Japonais. En 592, le Bouddhisme fut déclaré religion officielle du Japon par la cour impériale, mais il n’élimina pas pour autant la religion séculaire du pays : le Shinto (la Voie des Dieux). Malgré une histoire parfois houleuse entre les deux courants religieux, ceux-ci finirent par cohabiter et les Japonais sont à la fois bouddhistes et shintoïstes, les deux religions ayant opéré parfois un syncrétisme entre elles ou en tous les cas s’influençant mutuellement fortement. Aux 14ème et 15ème siècles, la doctrine Zen (issue du Bouddhisme Chan Chinois) devint prépondérante au Japon, sous l’influence des shoguns de Kamakura et de Muromachi, et ce jusqu’à nos jours.

Il faut aussi noter que si en Occident le Zen est souvent exclusivement associé au Zen Sôtô (introduit en France par Taisen Deshimaru et aux Etats-Unis par Shunryu Suzuki Roshi), cette école est loin d’être la seule au Japon qui possède 13 écoles bouddhistes principales qui ont elle-même donné lieu à plus de 50 branches différentes auxquelles il faut rajouter des milliers de groupe religieux plus ou moins importants. Aujourd’hui, comme au 17ème siècle, parmi les écoles les plus influentes, on peut citer Tendai (école du Mont Tiantai), Shingon (école de la Parole vraie), Nichiren (Lotus du Soleil), Jōdo (école de la Terre pure), Jōdo shin (école de la véritable Terre pure), Yūzū nenbutsu (école de l'Attention Mutuelle au Bouddha), Ji (école de l'Heure), Rinzai (école du bonze chinois Linji),  Sōtō (école des bonzes chinois Caoshan Benji  et Dongshan Liangjie),  Ōbaku (école du mont Huangbo).

 

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Ce bref rappel de l’histoire du développement du Zen au Japon montre que celui-ci est à son apogée au moment où commence l’ère Edo (1600). Or c’est à cette époque que l’art du sabre, technique guerrière jusqu’ici développée dans l’unique but de gagner au combat en éliminant son ou ses adversaires, bascule vers une voie où le sabre deviendra progressivement un outil permettant de forger l’esprit et de créer une philosophie de vie bien spécifique.

En effet, pendant plus de deux siècles (1600 à 1868), la dynastie des shoguns Tokugawa va maintenir le Japon en paix en fermant les frontières à toute influence extérieure (enfin presque) et en maîtrisant les velléités belliqueuses éventuelles  des différents daymio (seigneurs) du pays.

C’était une paix assez relative mais les guerriers de l’époque, appelés bushi ou samurai,  se retrouvèrent sans vraie guerre à mener. Pour contrôler cette classe armée qui pouvait s’avérer dangereuse pour le nouveau pouvoir en place, tout comme elle pouvait lui être utile dans certaines occasions, les Tokugawa érigèrent les samouraïs en  classe supérieure de la société, devant celles des fermiers, des artisans et des commerçants.

Les samurai continuèrent alors sans relâche à perfectionner les différents arts du combat : parmi la quarantaine d’armes utilisées il y a l’arc, la lance, la main nue, le mousquet et tout ce qui peut servir à gagner un combat, mais parmi elles le sabre a toujours conservé une aura particulière. Ils s’ouvrent alors aussi à d’autres formes d’art (calligraphie, cérémonie du thé, poésie, peinture, etc.)

La fleur des fleurs est le bourgeon de la fleur du cerisier,

Le samouraï est l'homme parmi les hommes.

(proverbe japonais)

 

C’est ainsi qu’au 17ème siècle, pour donner un cadre et un sens à l’existence des samurai, se développe le code du  bushido (la voie du guerrier). Les prémices de ce code remontent en fait au 12ème siècle (shogunat de  Minamoto no Yoritomo), mais il est alors poussé à l’extrême en donnant de véritables règles très strictes sur la façon d’être des samurai, sur le sens de leur vie et de leur mort. Evidemment, ce code est empreint de la culture de l’époque, ce qui explique qu’on y retrouve des préceptes issus du Bouddhisme (approche de l’éveil, méditation), du Shinto (vénération des ancêtres, culte de la patrie et de l’Empereur) et du Confucianisme (rapports sociaux).

Le bushido est une somme de pensées et de préceptes dont les éléments ont été transmis oralement ou aux travers de textes émanant de maîtres de sabre ou de moines Bouddhistes.  De ces paroles et de ces écrits, on peut supposer que beaucoup ne nous sont pas parvenues, mais ils imprègnent encore de façon tangible la société japonaise et notamment l’esprit qui différencie les arts martiaux des simples sports. Parmi ces arts martiaux, le kendo, la voie du sabre, est sans doute celui qui est le descendant le plus direct de cet esprit même si en Occident, contrairement à d’autres arts martiaux, il ne revendique pas cette filiation.

 

Les grands maîtres Zen du Sabre

 

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Suzuki Shosan (1579-1655) fait partie de ceux qui ont fortement influencé l’évolution de la société japonaise de l’époque. Ancien samurai, ayant participé à la bataille de Sekigahara qui permit aux Tokugawa de prendre le pouvoir, il est devenu moine Zen en 1621 et a synthétisé son expérience des combats et celle de la contemplation Zen. Plusieurs écrits transmettent son enseignement, dont le Roankyo (1), recueil de sermons qui jettent les bases d’un « Zen de samurai », viril et sans concession.

Maintenez l’esprit comme si vous vous trouviez en face des mâchoires d’un tigre.

 

Par cette phrase, Suzuki Shosan indique que la voie de Bouddha est de se détacher de la vie-et-mort, en ayant en permanence « les yeux au moment du duel » permettant ce détachement. Il faut avoir « l’esprit de celui qui avance dans le champ de bataille » consistant à se résoudre à la mort :

« Souhaiter renaître dans la Terre pure d’Amida, en une vie prochaine, signifie abandonner ce sac de fécès (le corps) sans rien penser. Je ne connais aucune autre loi du Bouddha à étudier. »

Suzuki Shosan tire ainsi de son expérience au combat des principes qui lui permettront de créer son propre style de Zen, le Nio Zen, basé sur la méditation et l’exemple des « deux divinités de diamant » et du « génie immobile » (Fudo Myoo) qui sont une entrée de la loi de Bouddha. Ces divinités, rois-gardiens souvent présents à l’entrée des temples ont un aspect guerrier et Suzuki Shosan voit dans la mise en pratique de cette énergie et fermeté la seule loi de Bouddha, permettant de détruire corps et esprit. 

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Takuan Soho (1573-1645), lui, n’a jamais combattu avec un sabre, mais ce fut un moine qui  joua un rôle considérable dans la diffusion du Zen, et plus particulièrement dans la véritable fusion entre celui-ci et la technique du sabre (2). Il influença fortement les grands maîtres du sabre tels que Miyamoto Musashi  ou Yagyu Munenori (école Yagyū Shinkage-ryū) et Ono Tadaaki (école Itto-ryu) en livrant les clés permettant à l’art martial du sabre de passer de jutsu (technique) à do (voie). Calligraphe, peintre, poète, maître de l’art du thé et du jardin (il a inventé le radis chinois appelé Takuan), il avait un caractère bien trempé et une forte personnalité, devisant ou écrivant à d’éminentes personnalités telles que le shogun Tokugawa Iemitsu, le daimyo chrétien Kuroda Nagamasa,  le général Ishida Mitsunari ou l'empereur Go-Mizunoo.

« Rien n’est plus précieux que la vie. Et pourtant, au moment où nous devons laisser aller cette précieuse vie pour lui préférer la raison [gi, droiture], rien n’est plus estimable que la raison. »

 

Dans le Taiaki, les annales du sabre de Taia, il écrit :

« L’homme accompli utilise le sabre mais ne tue pas les autres. Il utilise le sabre et donne vie aux autres.

Lorsqu’il est nécessaire de tuer, il tue. Lorsqu’il est nécessaire de donner la vie, il donne la vie.

 Lorsqu’il tue, il le fait en restant totalement concentré ; lorsqu’il donne la vie, il le fait en restant totalement concentré. »

 Pour Takuan Soho, le vrai expert en sabre n’a pas besoin de sortir son arme pour « tuer » les autres, la simple peur de la confrontation suffit à en faire des hommes morts. Quand il sort son sabre, il donne vie à son adversaire en lui permettant d’agir, de bouger, de se défendre.  Et quand il tue ou laisse la vie sauve, il le fait en toute liberté, en totale concentration, dans un état méditatif accompli.

Miyamoto Musashi, Ichijoji, Kyoto, 2009

Miyamoto Musashi  (1584-1645) quant à lui est un samurai emblématique du Japon qui tua son premier adversaire en duel à  13 ans. De cet âge et jusqu’à 29 ans, il parcourut une bonne partie du   Japon dans un vrai musha shugyo (voyage initiatique) et fit plus de 60 combats individuels contre les meilleurs bretteurs qu’il battit tous, les laissant morts ou humiliés. Dans l’introduction du Go Rin no Sho (3), il écrivit :

« Mes victoires ne provenaient pas de la supériorité de ma tactique, mais plutôt de qualités innées chez moi grâce auxquelles je ne me suis pas écarté des meilleurs principes. Peut-être bien aussi que mes adversaires manquaient de tactique. »

A partir de ce moment là, il décida donc d’approfondir la « Voie de la tactique » en se forgeant « matin et soir ». Les 20 années de sa vie qui suivirent son assez peu connues, mais on sait qu’Il devint maître d’arme chez le seigneur Ogasawara à Akashi, essaya en vain de devenir celui du shogun, et participa aux batailles d’Osaka.

« Parvenu à la cinquantaine, l’unification avec la Voie de la tactique s’est faite d’elle-même en moi »

A 53 ans, en 1637, Musashi devint l’hôte du clan Ogasawara à Kokura avant de rejoindre le seigneur Hosokawa Tadatoshi à Kumamoto 3 ans plus tard, pour devenir maître d’arme après avoir défait en duel le titulaire du titre. Il est alors au sommet de la maîtrise de sa Voie, s’adonne à d’autres formes d’art (calligraphie, peinture, cérémonie du thé) et crée le Niten Ichi Ryu (4) « l'école des de ux ciels en un »), aboutissement de toute son expérience.

reproduction des bokuto de Miyamoto Musashi, Reigando, Kumamoto, 2013

« Il faut rendre notre esprit semblable à l'eau. L'eau prend la forme des récipients qui la contiennent, qu'ils soient carrés ou ronds. L'eau peut se réduire à une goutte ou atteindre la taille d'un océan. L'eau qui se trouve au fond des gouffres profonds a une couleur d'un vert pur. L’eau est incolore, mais elle est verte au plus profond d’un gouffre. L’eau représente la pureté, la même que devrait avoir notre esprit si on veut vaincre notre ennemi. Cela est vrai pour un combat individuel ou pour une bataille rangée, tout comme pour l’artiste qui peut créer une œuvre magnifique à partir d’un petit modèle.»

En 1643, âgé de 58 ans, Musashi se retira dans la grotte de Reigando (« grotte du roc-esprit ») pour pratiquer la méditation Zen. Il y mourut le 19 juin 1645, après avoir écrit le Go Rin no Sho. Ce livre est un trésor de réflexion et de philosophie. On peut le lire au premier degré, comme un traité de technique de sabre et de tactique, même si, comme le précise Musashi lui-même :

 

«  La simple lecture de ce livre ne saurait faire parvenir à la Voie de la tactique et il faut éviter d'en considérer le contenu comme un simple recueil de mots. Au contraire, il faut essayer d'adapter tout ce qui est dit à notre propre corps. Découvrez de vous-même ces théories en évitant l'imitation et le plagiat. Sans cesse réfléchissez selon votre corps. »

Mais on peut aussi le lire comme un traité philosophique ou d’efficacité à appliquer dans tous les domaines de la vie (art, vie sociale, philosophie, économie, art, etc.) sans jamais toucher un sabre. L’important est de « s’entraîner », et non en rester au simple jeu d’idées.

Contrairement à ses contemporains Suzuki Shosan et Takuan Soho, Miyamoto Musashi n’a pas été moine Bouddhiste, mais bien qu’il écrive ne faire aucun emprunt au Bouddhisme ou au Confucianisme ni s’inspirer d’aucun récit militaire ou traité de stratégie, son Go Rin no Sho peut clairement être rattaché à la culture bouillonnante de son époque, et donc à la pensée Zen (5), Shinto et Confucianiste. Musashi voulait probablement dire qu’il n’a été soumis à aucun courant de pensée en particulier et qu’il a créé lui-même sa philosophie.

 

 

Jocho Yamamoto

Jocho Yamamoto (1659-1719) est moins connu que les trois précédents mais, comme eux et des dizaines d’autres, il  n’en est pas moins un de ces personnages qui ont forgé la pensée des samurai de l’ère Edo, avec une influence toujours vivace dans le Japon d’aujourd’hui. Samurai fidèle du clan Nabeshima (château de Saga, Kyushu) jusqu’à l’âge de 42 ans, il rencontra deux personnes qui le marquèrent profondément : le moine Zen Tannen et le lettré Confucéen Ishida Ittei. Mais le tournant de sa vie eut lieu en 1700, quand il ne fut pas autorisé à se faire seppuku suite à la mort de son seigneur, en raison du refus du seigneur Nabeshima Mitsushige lui-même et d’un nouveau décret des Tokugawa interdisant cette pratique qui décimait les samurai de l’époque. Jocho Yamamoto se rasa alors la tête et devint moine Bouddhiste en allant se retirer en ermite à Kurotsuchibaru. C’est là qu’en 1716 fut écrit l’Hagakure (6) , compilation de ses pensées et enseignements. En fait, ce texte n’était pas destiné à être publié, mais c’est un de ces disciples qui transcrivit tout ce que son maître lui apprenait ! L’Hagakure fut réservé au clan seigneurial de Nabeshima et resta secret jusqu’au début de l’ère Meiji et la dissolution de la caste des samurai avant de n’être réellement diffusé au Japon que dans les années 1930. 

 «  J’ai découvert que la voie du samurai réside dans la mort »

Ainsi commence l’Hagakure, donnant le ton à toute la pensée de Jocho Yamamoto. Le samurai doit être prêt à mourir à tout moment, du moment que c’est pour une cause juste, c'est-à-dire principalement défendre son clan ou son honneur.

« Quand on possède valeur martiale et détermination, même la tête coupée, tout comme un esprit vengeur, on ne meurt pas »

Véritable concentré de bushido, l’Hagakure s’évertue à donner des règles à respecter pour les samurai de l’époque, en critiquant l’attitude de certains d’entre eux. Il est intéressant de noter que Jocho Yamamoto n’a probablement jamais combattu réellement, même si en qualité de samurai il a pratiqué sans relâche les arts martiaux. Etre prêt à la mort, être prêt à sacrifier sa vie, voilà le fondement de sa pensée.

« Si on se préparait auparavant mentalement à l’idée d’être trempé, on serait en fin de compte fort peu contrarié à l’arrivée de la pluie »

Recueil de pensées sans commentaires explicatifs, les préceptes énoncés ont une philosophie qui ne concerne pas que les samurai de cette époque :

« La meilleure attitude à avoir à l’égard de la parole, c’est de n’en pas user. […] Un nombre surprenant de gens se ridiculisent en parlant sans réfléchir et se déconsidèrent d’autant. »

 

(à suivre)

Oriibu

 


(1) Roankyo, Susuki Soshan, publié en français sous le titre Zen et Samouraï, traduction de M. et M. Shibata, Albin Michel, Spiritualités vivantes, 1994

(2) L’Esprit Indomptable, Ecrits d’un maître de Zen à un maître de sabre, Takuan Soho, traduction de William Scott Wilson et Josette Nickels-Grolier, BUDO Editions, 2001.

Ce livre reprend 3 textes de Takuan Soho :

  • Fudo Chi Shinmyo Roku (récit mystérieux de la sagesse immuable) écrit pour Yagyu Munemori , maître de l’école Yagyu Shinkage,
  • Rei Ro Shu (le son clair des joyaux).
  • Tai-A Ki  (annales du sabre de Taia), texte qu’il écrivit à Ono Tadaaki, maître de l’école de sabre Itto.

(3) Go Rin No Sho, Traité des Cinq Roues, Miyamoto Musashi, 1645, traduction M. et M. Shibata, Albin Michel, Spiritualités vivantes, 1983

(4) Aujourd’hui, le Niten Ichi Ryu existe toujours sous deux branches : Hyoho Niten Ichi Ryu (près de Fukuoka) et Noda Ha Niten Ichi Ryu (à Kumamoto).

(5) La structure même du Go Rin no Sho fait expressément référence au Zen via les titres des chapitres (Terre, Eau, Feu, Vent, Vide) qui sont la version Japonaise des cinq éléments du Taoïsme Chinois (métal, bois, eau, feu, terre) en rapport avec le Yin Yang et le Ki (énergie vitale). 

(6) Hagakure, le Livre secret des samouraïs, Jocho Yamamoto, traduction de M.F. Duvauchelle, Guy Trédaniel Editeur, 1990. Cette traduction ne reprend que onze volumes traitant explicitement du « devoir du samurai ». Noter que Jocho Yamamoto s’appelait Yamamoto Tsunetomo avant de devenir moine Bouddhiste.

traité cinq roues esprit indomptable zen et samourai hagakure

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30 août 2014

Samurai Rébellion

 

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Les deux samurais se font face. Leurs sabres sont encore dans les fourreaux, et la distance qui les sépare ne permettrait pas une attaque directe… pourtant le combat a commencé, un combat où chacun essaie de prendre le dessus sur l’autre par le simple pouvoir du ki, l’énergie. Les deux hommes sont en mouvement, ils tournent en rond sans jamais se quitter du regard. Leurs pas de côté sont lents, les pieds cherchant à chaque instant à deviner les obstacles du terrain, un champ fauché, que leurs yeux ne peuvent voir, définitivement rivés les uns dans les autres. Tout le combat entre Isaburo et Tatewaki se passe dans les déplacements calculés et dans la lueur des regards.

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Le duel s’intensifie quand les mains se portent à la garde des sabres… le mouvement s’accélère, la distance entre les duellistes diminue. Isaburo recule une fois sous la pression, puis une deuxième fois… et soudain les sabres jaillissent et s’entrechoquent. Tatewaki n’est pas étonné par la tactique d’Isaburo : « tu recules une fois, tu recules deux fois, mais tu ne renonces jamais ». Les deux hommes se connaissent et s’apprécient, mais aujourd’hui c’est un combat à mort entre eux.

On est au Japon en 1725, en pleine ère Edo, en pleine paix des Tokugawa pendant laquelle les samurais ont transformé leurs techniques de combat en véritable art. Il n’y a plus de guerre, mais la caste des bushis (guerriers) continue à perfectionner l’art du sabre. Malgré leur vie consacrée à l’entraînement guerrier, rares sont les samurais qui ont l’occasion de vraiment combattre. Mais ces deux là sont de vrais bretteurs expérimentés et leur estime réciproque, si ce n’est leur amitié, n’empêche pas que leur but commun est de gagner le combat et donc de tuer l’autre.

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Les sabres se frappent, glissent l’un contre l’autre, s’abattent là où était l’adversaire un centième de secondes auparavant… Les regards sont toujours brulants, et soudain Tatewaki charge vers Isaburo en coupant puissamment avec son katana, mais Isaburo esquive tout en avançant et tranche en diagonale, du bas vers le haut. Tatewaki s’arrête net puis s’écroule sur le sol.

« Je ne pouvais pas gagner… » souffle Tatewaki avec admiration à Isaburo avant de s’éteindre définitivement. Au-delà de la technique, dans laquelle Tatewaki était sans doute un cran au dessus, c’est l’esprit qui animait Isaburo qui lui a permis de gagner le combat.

Pour comprendre quel est cet esprit habitait Isaburo au moment du duel, qui se situe quasiment à la fin du film, il faut revenir au début de l’histoire.

 

On ne sert plus qu’à tester des sabres sur des poupées

Isaburo Sasahara, vassal d’un grand seigneur mène sa vie de façon un peu désabusée, entre une femme autoritaire et un rôle de Chef des écuries, sans doute honorifique mais peu exaltant. « On ne sert plus qu’à tester des sabres sur des poupées » lui dit d’ailleurs Tatewaki après la première scène du film, magnifique où, en effet, il a pour mission de tester une lame sur un épouvantail en paille.

 

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Je me suis sentie comme une robe blanche jetée dans la boue

Cette petite vie somme toute tranquille va être chamboulée quand le seigneur des lieux répudie sa concubine et oblige Yogoro, fils d’Isaburo, à épouser celle-ci. Elle s’appelle Ichi, belle et rebelle (oui je sais : facile !) et a giflé le seigneur et traîné par les cheveux la femme qui  l’avait remplacée auprès de lui après qu’elle lui ait donné un héritier. On le saura plus tard dans le film, ce n’est pas par amour déçu qu’Ichi a eu une telle réaction, mais plutôt par dépit d’avoir sacrifié sa vie pour un homme qui la répugnait : « je me suis sentie comme une robe blanche jetée dans la boue ».

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J’ignore quelles sont les vertus du sabre, mais il a fait de toi un esprit borné

 Les Sasahara essaient bien par tous les moyens de refuser ce mariage forcé, mais ils finissent par obéir à ce qui s’avère être un ordre non négociable du seigneur. Et finalement, ce mariage parti sous de bien sombres auspices s’avère devenir un mariage d’amour. Yogoro et Ichi s’aiment vraiment et sincèrement et donnent naissance à une petite fille : Tomi. Tout semble aller pour le mieux dans la maisonnée, à part peut-être la belle-mère d’Ichi, qui reste acariâtre.

Mais deux ans après ce mariage, coup de tonnerre : le seigneur veut récupérer Ichi auprès de lui, car le fils qu’il a eu d’elle est devenu prince héritier du fief… Et c’est là que tout bascule : Ichi, Yogoro et Isaburo disent « non »… Ils refusent de se soumettre. Malgré toutes les tentatives du reste du clan Sashara et du chambellan du seigneur pour obtenir un accord. Pour sauvegarder les apparences, sauver la face de chacun, il y a une recherche à tout prix d’un consensus permettant à Ichi de retourner au château seigneurial, peu importe qu’il soit sincère ou artificiel.

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Même s’il pleut du feu, je garde Ichi

La pression du clan pour le « oui » devient de plus en plus forte et menaçante, allant jusqu’à l’enlèvement par la ruse d’Ichi, mais le trio tient bon : « non » c’est « non ». Dans une scène terrible et sadique de pression morale, Ichi préfère finalement se suicider en s’empalant sur la pointe de la lance d’un gardien, sous les yeux de son mari Yogoro et de son beau-père Isaburo. C’est le début d’un combat désespéré où Yogoro laissera également sa vie tandis qu’Isaburo massacrera l’envoyé du seigneur et tous ses gardes.

Isaburo décide alors de partir avec la petite Tomi à Edo pour dénoncer auprès du Shogun les agissements de son seigneur. Et c’est là qu’intervient le duel avec Tatewaki, décrit en début de cet article. Moment fort, combat intense en ki (énergie) qu’on ne peut vraiment apprécier qu’en ayant bien compris toute l’histoire racontée jusqu’ici dans le film. Tatewaki qui se présente dans ce duel comme le défenseur respectueux du système a en fait un jeu beaucoup plus trouble… Il a en effet plusieurs fois, incidemment et discrètement influencé son ami Isaburo à ne plus plier l’échine… Mon interprétation personnelle est qu’il a encouragé son ami à se rebeller pour en arriver enfin à ce combat ultime, instant de vérité pour lequel tout samurai consacre son existence sans jamais avoir la chance de le connaître…

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Isaburo, vainqueur du duel sera finalement abattu par des balles de mousquet, non sans avoir chèrement défendu sa peau et laissé quelques cadavres sur le champ de bataille… Il meurt en appelant Tomi, sa petite fille, en s’excusant auprès d’elle d’avoir échoué et en la suppliant d’être comme sa mère et d’épouser un homme comme son père…

Un chef d’œuvre parfois injustement contesté et incompris

Ce film de Masaki Kobayashi est un chef d’œuvre ! Outre des décors magnifiques (le Japon du 18ème siècle, tel qu’on peut encore le voir au Japon dans de lieux respectueusement conservés), des images en noir et blanc superbes, des acteurs sublimes (Toshiro Mifune, Tatsuya Nakadai, Yoko Tsukasa), le scénario est très prenant et l’histoire passionnante. Certains critiques (professionnels ?) semblent penser que ce film est moins intéressant, voire inutile, après « Hara Kiri » du même réalisateur, tourné cinq ans plus tôt. Ils pensent que l’objet du film et son message sont identiques. Quelle erreur !

Evidemment, dans les deux films, il y a le refus d’un samurai de se plier à des règles qu’il juge injustes, stupides et abusives. Mais dans Hara Kiri, le samurai se rebelle sans illusion et sait très bien dès le début qu’il court à sa mort, tandis que dans Rébellion, il a l’espoir de changer la situation.

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Et dans Rebéllion, le jeu entre le vieux samurai (Isaburo), son fils (Yogoro), sa belle-fille (Ichi) et son ami (Tatewaki) est plein de subtilité, autant dans les paroles que dans les non dits ou les regards… C’est une autre histoire, toute aussi poignante et prenante, mais finalement le scénario de Rébellion s’avère plus subtil que celui d’Hara Kiri, même s’il est moins « impressionnant ».

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Pour certains, ce film serait également une critique de la société Japonaise de cette époque et du Bushido (la voie des guerriers) dans son ensemble… Que nenni ! Il s’agit d’une critique d’une certaine perversion du bushido… Les vrais samurais, ceux qui ont au plus profond de leur être intégré l’esprit du bushido, sont justement ceux qui se rebellent contre un système dévoyé qui s’éloigne de cet esprit. Le samurai qui se rebelle montre là un profond sens de ce qui est appelé « code de l’honneur » mais qui est bien plus une façon d’être, une philosophie de vie.

Evidemment, l’histoire et sa morale peuvent être transposées à notre époque : savoir se rebeller, dire non à une situation absurde et/ou injuste. Je ne parle pas de la rébellion de l’adolescent  qui a besoin de prendre son envol, du politicien qui retourne sa veste au gré de son propre intérêt ou de celui qui trouve injuste que tout ne lui tombe pas dans le bec comme par enchantement…  Non, il s’agit d’une rébellion contre une vraie injustice, une perversion, un abus de pouvoir… Et là, il y a souvent matière à dire « non » !

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Combat après une cuite

Pour en revenir au film Rébellion, on apprend au détour d’une interview de Tatsuya Nakadai que la scène du duel avec Toshiro Mifune a failli ne pas être tournée… parce qu’ils avaient tous deux un peu abusé du sake la veille au soir ! Voici donc le secret de l’intensité de leur regard !

Bon voilà, je ne suis pas critique de cinéma (je suis même particulièrement nul en connaissances cinématographiques !) mais, vous l’avez compris, j’ai aimé ce film et, tiens, je vais encore le regarder pour y découvrir, encore, de nouvelles subtilités.

 Oriibu

Trailer :  https://www.youtube.com/watch?v=ZzZmqsVs9V8

 Rébellion  (titre original : Samurai Rebellion), 1967, 128 minutes

Réalisation : Masaki Kobayashi

Avec Toshirō Mifune, Yōko Tsukasa, Tatsuyoshi Ehara, Tatsuya Nakadai

 

 

01 juin 2014

La tournée ARIGATO ZEN en France, Mai 2014: instants magiques!

Du 22 au 26 mai 2014, c’est plus de 150 personnes qui ont pu participer à l’une ou l’autre des cinq séances d’ARIGATO ZEN qui se sont déroulées en France ! De Paris à Biarritz en passant par Blois et Agen, Soho Machida a traversé l’hexagone, à la rencontre de ses paysages et de ses habitants, aussi variés les uns que les autres !

Voyage Arigato Zen, mai 2014: Paris, Blois, Agen, Biarritz

Soho Machida dans le jardin du Forum 104

A Paris, la première séance (le jeudi 22 mai) était réservée aux Japonais de la capitale et d’ailleurs.  Près de 40 Japonais de France répondirent à l’invitation à rencontrer Soho Machida et pratiquer ARIGATO ZEN, autant que de Français le lendemain, vendredi 23 mai ! La première séance eut lieu au studio  La Verrière (51 rue de Chabrol, Paris 10ème), et la seconde dans le cadre serein et empreint de spiritualité du Forum 104 (104 rue de Vaugirard, Paris 6ème). Si ces séances étaient organisées par l’association LE VENT qui s’occupa de l’intendance (location des salles, publicité, site internet, etc), l’aide d’Atsuko pour le 22 et de Sophie pour le 23 fut primordiale pour assurer le succès de ces premières séances d’ARIGATO ZEN dans la capitale. Succès qui laisse envisager une encore plus grande affluence lors des passages futurs de Soho Machida à Paris !

La longère du Carmel de Blois

 

Le samedi 24 mai, Soho Machida arriva à Blois, au Carmel de Molineuf, pour retrouver ce qu’on peut considérer comme le cœur d’ARIGATO ZEN en France puisque, depuis 2 ans, ce fut la quatrième séance  de Méditation par la Voix qui se tenait en ce lieu où nous accueille à chaque fois chaleureusement Sœur Myriam ! Parmi les 20 participants, les trois quarts connaissaient donc bien Soho Machida et ARIGATO ZEN, ce qui permit une séance de méditation intense !

Le dimanche 25 mai, après 550 km de route, Soho Machida assura ARIGATO ZEN au château de Saumont, près d’Agen, devant une vingtaine de participants. Ici, c’est l’association « les Amis de Nishinomiya » et sa très active Présidente Marie qui aida LE VENT à assurer la promotion de la séance et à trouver cette superbe salle dans un château chargé d’histoire et certainement d’esprits !

 

La côte de Biarritz

Et enfin, la dernière session eut lieu à Biarritz, où cette fois ce fut Yogalliance et sa dynamique enseignante Rose qui aida magistralement LE VENT à promouvoir ARIGATO ZEN : pas moins de 40 participants, pour la plupart pratiquants de yoga, découvrirent ainsi dans une grande salle de l’Auberge de jeunesse les bienfaits de la Méditation par la Voix de Soho Machida.

Soho Machida et son assistante Chisato Sakai ont ainsi découverts de nombreux paysages et aspects de notre pays et de ses habitants, avec intérêt, parfois étonnement et amusement ! Au gré du voyage, ils furent logés chez les uns ou les autres, se promenèrent en des lieux insolites et variés qu’ils visitèrent avec curiosité.  Par exemple, ce fut le cas d’un étonnant musée du moyen âge en Saintonge en plein air, trouvé par hasard au détour d’une aire d’autoroute ! Ou d’une chapelle perdue en pleine forêt des Landes dans le Lot et Garonne, un vieux château fort ou la magnifique côte basque à Biarritz… Emerveillement, recueillement et prières en ces endroits et bien d’autres,  chargés d’histoire, d’esprit et d’énergie, parfois négative et parfois positive.

Musée en plein air sur l'art du moyen-âge en Saintonge 

Chapelle de Gouts, Lot et Garonne

 

sur le Pont-Vieux, à Barbaste

Chacune des séances d’ARIGATO ZEN suivit la même structure, à savoir une première partie de présentation théorique permettant à chacun de comprendre sur quelles bases repose la Méditation par la Voix de Soho Machida, suivie d’une heure de pratique de la méditation avant le « debriefing » où chacun de ceux qui le souhaitent pourront partager la façon dont ils ont vécu cette expérience.

Présentation de l'Arigato Zen, Paris, 23 mai 2014

La présentation théorique de la Méditation par la Voix, si elle n’est en fait pas indispensable à la pratique, permet d’en comprendre l’objectif (fusion du corps et de l’esprit, création d’un canal  de communication entre l’inconscient et le conscient) tout en abordant les fondements spirituels, scientifiques et psychologiques de cette pratique et les bienfaits qui en découlent.

Arigato Zen au Forum 104, Paris, 23 mai 2014

Après une courte pause, le public devient alors acteur en se plaçant en cercle pour la méditation menée par Soho Machida.  Au centre du cercle, Chisato Sakai joue des bols de cristal dont les sons et vibrations viennent se mêler aux voix qui, selon les instructions de Soho Machida, dans une profonde et lente respiration abdominale murmurent ou chantent les syllabes du mot « Arigato » : A-Li-Ga-To-Ou. Nos pensées doivent se concentrer, toujours selon les instructions, sur notre enfant interne (ou Nature de Bouddah, ou Saint-Esprit, peu importe le nom qu’on lui donne) pour lui demander pardon et le remercier, ou sur nous-mêmes, notre famille, nos amis ou la Terre…  Pour la quatrième et dernière phase, c’est allongé dans la position  yoga du « corps-mort » que nous récitons arigato en nous concentrant sur notre futur qui devient ainsi réalité.

Arigato Zen au Carmel de Blois, 24 mai 2014

 

Arigato Zen à la Verrière, Paris, 22 mai 2014

Après avoir écouté une prière que chante Soho Machida en japonais, pour nous souhaiter bonheur et bonne santé, chacun doit se relever et reprendre pied dans la réalité. C’est le moment où l’on peut partager ce qu’on a vécu. Du simple bienfait physique à l’expérience plus cosmique, chacun aura vécu une expérience personnelle différente de son voisin.

Arigato Zen, château de Saumont, 25 mai 2014

Mais ce n’est pas fini, Soho Machida nous invite alors à nous tenir debout en cercle, la main droite sur le cœur et la main gauche posée dans le dos de notre voisin pour chanter à nouveau A-Li-Ga-To-Ou ensemble, les yeux fermés pour ressentir l’énergie émise par groupe.

Alors que tout le monde croit que la séance de méditation est terminée, Soho Machida réserve une dernière surprise : un peu de Yoga du rire ! En nous tenant par la main, par trois fois nous refermons le cercle en criant « arigato » avant de le rouvrir en reculant et en riant sans complexe ni retenue !

Arigato Zen à Biarritz, 26 Mai 2014

Et c’est dans les rires et les sourires que, le visage, le corps et l’esprit légers et détendus, nous réalisons que la séance est finie. Mais son effet bienfaiteur  fera encore longtemps sentir chez ceux qui l’ont pratiqué avec sincérité et honnêteté.

Le plus jeune pratiquant lors de ces 5 séances de Mai 2014 avait 12 ans, la doyenne avait 89 ans… Tous deux comme la plupart des participants ont un esprit ouvert et en ressortent avec une vision encore plus ouverte du monde et une connaissance du lien corps et esprit dont la fusion permet la créativité et le bien-être qui est tout à la fois  spirituel et physique (diminution du stress, de l’anxiété, amélioration de la respiration et de la circulation sanguine, action sur la production d’hormones cérébrales).

 

Merci à Soho Machida pour son enseignement ou, en japonais : arigato !

Soho Machida avec Yoko et Atsuko

Oriibu

 (article écrit pour http://sohozen.canalblog.com/ )

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22 novembre 2013

A Okinawa, la Statue de Prière pour la Paix: plus jamais de guerre

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 Sur l’îlke d’Okinawa, sur la colline de Mabuni, se trouve la « Statue de Prière pour la Paix d’Okinawa » incitant au recueillement et à la Paix.  Cette statue est l’œuvre de Shinzan Yamada qui, en 1957, alors qu’il avait 72 ans, décida de construire une statue dédiée à la Paix, « afin que les gens ne connaissent plus la guerre ». Il lui a fallu 18 ans pour réaliser son projet, parfois ralenti par la recherche de financement ou par suite d’accidents (chute des échafaudages). La statue, majestueuse et resplendissante de sérénité et de paix, mesure douze mètres de haut et pèse trois tonnes et demi, entièrement fabriquée selon la technique typique d’Okinawa connue sous le nom de laque « Ryuku Tsuikin » (mélange de pigments avec de la laque Urushi).

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 La statue ressemble à un Bouddha mais n’en est pas officiellement un, car la volonté de l’artiste comme celle des autorités d’Okinawa a été d’en faire un symbole universel pour la paix, sans distinction ni connotation religieuse. Elle ne se trouve donc pas dans un temple, mais dans un grand bâtiment à sept pans symbolisant les sept mers du Monde, au milieu du Parc Mémorial de la Paix.

Tout autour de la statue, une vingtaine de magnifiques tableaux de Nishimura Keiyu sont exposés sur le thème « Guerre et Paix ». 

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 Les visiteurs peuvent réaliser des origami de grues, symbole de paix.

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Ce Parc Mémorial de la Paix  a été établi sur la colline où eurent lieu les derniers combats du plus grand affrontement terrestre de la Guerre du Pacifique : la « bataille d’Okinawa » qui a fait plus de 250.000 morts… Bien que gagnée par l’armée US, la violence extrême des combats et la résistance acharnée et désespérée des Japonais, militaires et civils, sera probablement à l’origine de la terrible décision américaine d’utiliser l’arme atomique pour l’emporter sur le Japon…  Les 240.000 morts Japonais lors de cette bataille appelée « Typhon d’Acier » représentent 20% de la population de l’île, dont plus de la moitié étaient des civils, hommes, femmes et enfants morts dans des conditions atroces, que ce soit dans les combats, les bombardements ou par suicide individuels ou collectifs de peur d’être prisonniers…

Sur l’île d’Okinawa, le traumatisme de cette bataille est toujours palpable : l’archipel n’a été rétrocédé au Japon qu’en 1972 et des bases militaires américaines sont toujours présentes.

Traumatisés par la guerre, dans l’espoir de ne plus jamais en revoir les horreurs, les habitants d’Okinawa ont bâti en 1978 le « Okinawa Peace Hall » afin d’abriter la « Statue de Prière pour la Paix » et d’envoyer un message de paix universelle à destination de « toutes les races, nationalités, idéologies et religions » : plus jamais de guerre.

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A l’extérieur du bâtiment se trouve la « Cloche de la Paix », magnifique pièce de bronze sur laquelle est écrit :

«Calme les esprits des morts de la guerre. Promets une paix durable dans le monde. De la colline de Mabuni dans toutes les directions, résonne éternellement la Cloche de la Paix, dans les prières solennelles de tous les peuples ».

La statue d’un enfant rappelle que des milliers de jeunes filles et garçons sont morts dans cette bataille d’Okinawa. Elle fut érigée en 1982, grâce à une collecte de fonds réalisée par des écoliers de tout le Japon dans le but d’envoyer un message de paix au Monde entier. 

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(photos (c) Oriibu)

 

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10 novembre 2013

Amano Iwato: Là où Amaterasu, Déesse du Soleil, a de nouveau brillé sur la Terre

 

Il y a des lieux magiques sur la Terre… Et au Japon, c’est souvent dans les sanctuaires Shinto qu’on les trouve. Des lieux où l’on peut ressentir, au plus profond de son être, un sentiment de bien-être ou de sérénité,  un émerveillement presque enfantin, un esprit particulier qu’on ne trouve pas ailleurs…

La grotte Amano Yasukawara est un de ces endroits… Une simple grotte dans laquelle se trouve un modeste autel Shinto.

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Toute la surface de la grotte est recouverte de petits monticules de pierres empilées les unes sur les autres, ouvrages fragiles laissés par les visiteurs venus jusqu’ici. Il reste juste un petit chemin permettant d’accéder au torii de bois brut et à l’autel Shinto.

Ces ouvrages débordent même de la grotte et remontent sur les bords de la rivière Iwato et même sur les rochers au milieu du lit.

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 Ces témoignages du passage de l’homme sont en totale harmonie avec la nature, dans le plus grand respect de l’esprit du lieu.

Et Amano Yasukawara est un des plus  haut lieu de la mythologie Shinto, puisque c’est ici même que se sont réunis les Dieux (kami) dans le but d’élaborer une stratégie afin de faire sortir Amaterasu de la grotte dans laquelle elle s’était enfermée, de l’autre côté de la rivière…

Amaterasu, Déesse du Soleil, s’était en effet opposée  à Susano, Dieu des Tempêtes. Un peu frère et soeur, puisque lui est issu du nez d’Izanagi (kami mâle créateur de la Terre et père de nombreux kami engendrés par Izanami, kami femelle) tandis qu’elle est issue de son œil gauche, mais vraiment pas d’accord sur ce que doit devenir cette Terre…  Susano voulut s’unir à Amaterasu de force et celle-ci se protégea en allant s’enfermer dans une grotte (Ame no iwa ya), située sur le côté Est de la rivière. Ceci est un résumé un peu abrupte de l’histoire, mais toujours est-il qu’Amaterasu, kami du Soleil, enfermée dans une grotte qu’elle ferma d’une grosse pierre, la Terre se trouva plongée dans la plus grande obscurité et le chaos le plus total.

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Ama no Uzume, Déesse de la Gaieté (Takachiho jinja)

Les kami, forts dépités de la situation, se réunirent alors dans cette fameuse grotte Amano Yasukawara et établirent un plan pour faire revenir parmi eux la Déesse de l’astre lumineux : ils organisèrent une grande fête lors de laquelle Ama no Uzume, Déesse de la Gaieté, chanta et dansa. La danse devenant de plus en plus érotique, cela provoqua les acclamations grivoises des kami présents (ils étaient plusieurs millions !), ce qui ne manqua pas d’attirer la curiosité d’Amaterasu  qui entrouvrit sa cachette pour jeter un œil sur le spectacle. Elle entendit que les kami vantaient la beauté d’une superbe Déesse qu’elle aperçut en effet. Piquée par la curiosité, et un peu par la jalousie, elle sortit de la grotte pour s’approcher de cette belle créature et s’aperçut soudain que la beauté qu’elle voyait n’était rien d’autre que sa propre image reflétée dans un miroir !

 

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Tajikawaro (Amano Iwato jinja)

Découvrant la supercherie, elle voulut retourner dans sa cachette mais Tajikawaro, kami très fort, se saisit de l'énorme rocher qui la fermait et le jeta au loin. Tous les kami supplièrent alors Amaterasu de ne plus jamais se cacher et de continuer à briller sur la Terre, ce qu’elle accepta après avoir obtenu le bannissement de Susano du Royaume des Cieux (NB : il se racheta plus tard en offrant l’éper Kusanagi no Tsurugi à Amaterasu).

Cette histoire (honteusement résumée) explique l’importance du sanctuaire Amano Iwato dans lequel se trouve ces grottes, celle où s’est cachée Amaterasu (qu’on ne peut pas visiter) et celle dans laquelle les kami se sont réunis pour organiser la fête : Amano Yasukawara, haut lieu spirituel Shinto. L’histoire explique aussi l’importance fondamentale d’Amaterasu dans la religion Shinto dont un des principaux symboles est, depuis cette histoire, le miroir qui a permis de faire revenir la lumière sur la Terre.

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Le sanctuaire Ama no Iwato (ville de Takachiho, Miyazaki, Kyushu) est entièrement consacré à la Déesse du Soleil dont le nom complet est Amaterasu O mi kami : Auguste Divinité qui illumine le ciel. Quand on y arrive, on passe sous un grand torii et on chemine devant différents bâtiments religieux où figure en bonne place le miroir d’Amaterasu.

 

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Il faut s'éloigner de ces bâtiments et marcher une petite demi-heure le long de la rivière Iwato pour rejoindre la grotte Amano Yasukawara. La promenade est superbe.

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 En visitant ce lieu, en respirant cet air, on comprend pourquoi Amaterasu avait choisi cet endroit...

 

 

Oriibu

 (photos (c) Oriibu Avril 2013)

 

 

 

 

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04 novembre 2013

Mokuso?

 

Le bruit court qu’il ne faudrait plus dire « mokuso » lors des entraînements de kendo... On pourrait encore le faire, mais pas le dire ! Et on pourrait aussi ne le pas le faire… Au choix… Choix de qui ? Du sensei, de l’enseignant ? Du pratiquant ? De la Fédération ? Et pourquoi  ne plus dire « mokuso » ? Est-ce la  volonté de quelques pratiquants de kendo ou de la ZNKR ? Volonté d’effacer ce que certains pratiquants ne comprennent pas ? Ou considèrent que ça ne sert à rien ? Volonté d’éliminer une pratique issue d’une religion ? Pour ne pas choquer ? Pour lisser, aplanir, uniformiser, aseptiser ? A ce jour, aucune consigne officielle de la ZNKR ne semble être passée par le CNK jusqu’aux clubs, alors ce n’est peut-être qu’une fausse rumeur,  mais je pense que ce serait une erreur d’éliminer le terme et la pratique du « mokuso » lors de nos entraînements de kendo et iaido.

Oui, « mokuso » est issu du bouddhisme… Tout comme le kenjutsu est devenu kendo au contact du bouddhisme… (Je ne parle ici que du bouddhisme, mais il y a aussi le Shinto et le Confucianisme qui ont modelé l’art du sabre). Je suis persuadé que sans le bouddhisme Japonais, le kendo n’existerait pas et la technique du sabre Japonais serait tombée en désuétude, comme celle de l’escrime des chevaliers occidentaux.  Et pourtant, Dieu merci (si j’ose dire !), pas besoin d’être bouddhiste pour pratiquer le kendo ! Le kendo sportif qui s’est développé après la seconde guerre mondiale a gommé ses influences historiques et spirituelles, du moins dans son développement international, mais ne les a pas rejeté et en a conservé ce qui en fait l’essence. Et c’est en cela que le kendo reste un art martial, et non un simple sport.

Et comme justement, depuis  quelques temps, je m’intéresse aux liens entre le kendo et le bouddhisme et qu’il y a énormément de choses à dire sur le sujet (et que progresser dans la connaissance de ces liens est passionnant),  mon sang n’a  fait qu’un tour quand j’ai appris qu’il ne faudrait plus dire « mokuso » ! Alors je vous livre ci-dessous quelques notes recueillies sur « mokuso ». Ce n’est qu’une sorte de brouillon très incomplet d’un chapitre de ce qui devrait être une véritable encyclopédie « Kendo et Zen » ! N’étant ni un maître de kendo ni un maître du bouddhisme, les propos qui suivent n’engagent que moi et comportent certainement des approximations ou erreurs : je ne demande qu’à les corriger grâce à vos remarques !

Olivier 

 


 

Mokuso : un instant de méditation

Chaque entraînement de kendo commence et se termine par mokuso.

Tout d’abord, les pratiquants de kendo, les kenshi, se mettent en seiza : à genoux, les jambes sous les cuisses, les pieds sont à plat sur le sol et les fesses reposent sur les talons. Les mains sont posées naturellement sur le haut des cuisses, paumes vers le bas. Le dos est bien droit, les épaules sont relâchées. Pour les hommes, les genoux sont écartés de la largeur de deux poings, pour les femmes les genoux sont collés l’un contre l’autre.

Seiza, signifiant « être assis de manière correcte »,  est la position traditionnelle et révérencieuse de s'assoir des Japonais, depuis l'ère Tokugawa (1600) jusqu'à nos jours.

Pour faire mokuso à partir de la position seiza, les kenshi joignent leurs mains devant eux d'une manière bien précise devant leur ventre : main gauche reposant dans la main droite, posées sur le haut des cuisses, paumes en l'air et les deux pouces s'effleurant ; paumes et pouces forment un ovale. Ils gardent leur dos droit et leurs épaules relâchées, ferment à moitié ou totalement leurs yeux et respirent profondément par le ventre de façon lente et silencieuse. Le corps est totalement décontracté, sans aucune crispation ou tension de quelque muscle que ce soit, ce qui ne veut pas dire avachi. 

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En japonais moku, 黙 (もく), veut dire « silence » et so, 想 (そう), signifie « pensée », ce qui fait qu’une traduction littérale de mokuso pourrait être « penser en silence ». Au nouveau pratiquant occidental de kendo, il est souvent expliqué que cet instant de silence permet de se « vider l'esprit », d'oublier les tracas du quotidien et de chasser les pensées et idées parasites qui assaillent notre esprit, ce qui lui permettra de pleinement intégrer l’enseignement donné par le sensei et réaliser les combats au sabre. En fin de séance d’entraînement, les kenshi font à nouveau mokuso, pour à nouveau vider l’esprit des pensées parasites qui auraient pu naître lors de l’entraînement et retrouver la sérénité.

Penser « Je ne penserai pas »

C’est déjà avoir une pensée en tête.

Ne pensez simplement pas

A ne pas penser du tout

(Poème ancien cité par Takuan Soho, XVIIème siècle)

 

Comme il est très dur de ne penser à rien, il est demandé au kenshi de se focaliser sur une respiration juste tout en gardant une position parfaite du corps : ne pas gonfler ses poumons (ce qui aurait pour effet de contracter les épaules) mais inspirer lentement et profondément par les narines en gonflant le ventre ; bloquer un court instant la respiration, puis expirer très lentement par la bouche (qui reste fermée) en poussant les intestins vers le bas, jusqu’à ce que les poumons soient entièrement vides  (des variantes existent sur la façon de respirer, mais ce n’est pas le propos de ce texte). Penser à sa respiration n’est pas « penser à rien » mais permet de ne penser à rien d’autre, ce qui est déjà pas si mal !

Cette façon d’appréhender le mokuso  n’est pas fausse et peut se suffire à elle-même, mais il faut savoir que ce n'est rien d'autre qu'une forme de méditation  Zen ! Ce n'est pas qu'un simple moment de relaxation ou de concentration, car on y cherche vraiment à se « vider l'esprit », c'est à dire à se mettre en condition pour atteindre mushin, la non-pensée.

Le terme "méditation" n’a pas la même signification dans le sens oriental que dans son sens occidental. Pour les occidentaux, la méditation se définit souvent comme "une réflexion profonde sur un sujet", pour les orientaux il s’agit d’un exercice spirituel qui consiste au contraire à évacuer les pensées, les concepts, les sentiments et les émotions de façon à faire apparaître la nature profonde pure et vide de l’esprit (voir http://www.buddhaline.net/La-meditation-bouddhique-une-voie, Dr Trinh Dinh Hy)

Minoru Kyota (dans « Kendo: Its Philosophy, History and Means to Personal Growth ») compare la position utilisée pour le mokuso à la position du lotus utilisée pour la méditation Zen ou Shingon. Le but des deux positions est le même, les éléments à respecter sont identiques (dos, épaules, yeux, respiration, etc). La différence dans l'assise (seiza vs lotus) vient du fait que le samurai devait être disponible à tout moment pour pouvoir bondir en dégainant son sabre. Il est facile de comprendre qu'il est plus rapide de bondir à partir de la position seiza qu'à partir de celle du lotus !

La position des mains (telle que décrite plus haut) lors du mokuso est également issue du bouddhisme : c’est un mudra, position codifiée des mains ayant une signification symbolique. Les cinq doigts de la main gauche symbolisent les cinq éléments (terre, eau, feu, vent, vide) de l’humanité et les cinq doigts de la main droite représentent ceux du cosmos. Le mudra utilisé en kendo symbolise ainsi l’intégration de l’homme et du cosmos. Au-delà de cette symbolique qu’on n’est pas obligé de connaître (si ce n’est par curiosité intellectuelle), la position des mains permet, si elle est respectée, de s’assurer d’être parfaitement détendu, sans crispation musculaire des mains, des bras, des épaules, du corps…

Il y a toutefois une différence entre la méditation zazen (en lotus face au mur) et le mokuso du kendo: dans le premier cas l'objectif est de « regarder à l'intérieur de soi-même », alors que dans le deuxième cas le but est de « lire l'intention de son adversaire ». Mais dans les deux cas, ceci n'est possible que par la non-intrusion de l'intellect dans l'esprit.

L'importance du mokuso, parfois négligée dans les dojos modernes, est donc fondamentale pour la compréhension de la voie du sabre. En faisant mokuso, le kenshi est censé réaliser la fusion corps-esprit et se mettre dans l'état de non-esprit (mushin) qui lui permettra de combattre.  Minoru Kyota fait là une différence entre les sports occidentaux qui utilisent la relaxation (détente, absence d’attention et d’effort) pour contrôler l’anxiété, et le kendo qui préconise la méditation pour maîtriser l’ego.

Consciemment ou inconsciemment, pour peu qu'il soit sincère dans sa pratique du mokuso en cherchant à se « vider l’esprit », le kenshi réalise alors une forme de méditation Zen. Rien de magique là-dedans, les bienfaits du mokuso ne sont pas forcément directement mesurables, mais puisqu’on pratique un art martial issu de la culture Japonaise et puisqu’on veut en garder l’âme, on se doit de comprendre le lien corps/esprit qui est à la base de cette culture.

Bien souvent, dans nos dojos, la durée de cette méditation est beaucoup trop courte : il faudrait qu’elle dure au moins le temps de cinq respirations, voire dix… La pratique de mokuso ne permet pas à elle seule de devenir un bon pratiquant de kendo (sinon tous les moines bouddhistes seraient d’excellents kenshi !), mais en maîtriser la pratique permet certainement de progresser sur la bonne voie.

Et savoir d’où ça vient ne peut pas faire de mal…

Oriibu

 PS: en tout cas, en voici un qu'on n'empêchera pas de faire mokuso: Miyamoto Musashi:

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 (statue de Miyamoto Musashi à Reigando, Kyushu, photo (c) Oriibu 2013)

 

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27 octobre 2013

Philosophie de "Musubi": pour une révolution conceptuelle de la civilisation

Traduction du texte de Soho Machida: "Philosophy Of “Musubi” (Integration)" (http://e.sohozen.com/)

Au cœur de la religion Japonaise, formée des traditions Shinto et Bouddhiste, il y a la philosophie de « Musubi » (intégration).  Le Shimenawa (corde sacrée constituée de torsades de paille de riz) des sanctuaires Shinto symbolise l'intégration du sacré et du profane, de ce monde et de l'autre, de l’homme et de la femme, de l'esprit et de la matière, etc. 

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Le mythe de la création du Japon commence par l'histoire de deux divinités mâle et femelle qui ont fait l'amour, créant ainsi l’archipel japonais. La sexualité en tant qu’acte symbolique de  « musubi » (intégration) entre les deux sexes est célébrée dans la tradition religieuse Japonaise. C'est pourquoi la plupart des rituels anciens du Japon étaient étroitement liés à la sexualité. C’est totalement différent de la tradition judéo- chrétienne qui condamne la conduite pécheresse d'Adam & Eve.

 La civilisation moderne s’est développée sur la base de la dichotomie entre la science et la religion, la nature et l'homme, les possédants et les non-possédants, etc. Depuis la modernisation du 19e siècle, Les Japonais ont également été fortement influencés par cette pensée dichotomique, mais ils conservent cependant une manière de pensée  non-dichotomique ancrée dans leur nature la plus profonde. Diverses caractéristiques de l’ambigüité de la culture Japonaise ont pour origine cette façon de penser.

 L'humanité se trouve confrontée à de nombreux problèmes critiques  tels que l’augmentation générale de la pollution de l’air et de l’eau, l’énorme déséquilibre économique et les sanglantes guerres civiles. Si nous ne changeons substantiellement le cours des choses, nous pourrions être condamnés dans un avenir proche à connaître l'effondrement de la civilisation, telle une Tour de Babel contemporaine.

La civilisation moderne arrive à un tournant où la philosophie de la vie humaine peut passer de la dichotomie à la réintégration, car nous ne pouvons plus continuer à surexploiter les ressources naturelles et les peuples défavorisés. Les croyants comme les non-croyants doivent coopérer ensemble pour la construction d'une société meilleure. À cet égard, la philosophie japonaise de « musubi » peut grandement contribuer à la révolution conceptuelle de la civilisation.

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Soho Machida ("Philosophy Of “Musubi” (Integration)" http://e.sohozen.com/)

Traduction Oriibu

(photos (c) Oriibu 2013)

Lire aussi sur ce blog: Musubi, naissance et devenir de toute chose

 

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07 octobre 2013

Hopes & Bravery in Miyagi's fields : documentaire sur la Côte du Tohoku, 2 ans après le tsunami

Après "Ce Japon qu'on aime tant et qui nous le rend si bien" (voir chronique) Guillaume Tauveron nous offre un nouveau documentaire (diffusé en version intégralement gratuite sur internet) que ce blog ne pouvait pas passer sous silence, qu'on en juge... 

Ce documentaire donne la parole à des habitants de la côte Est du Japon et plus précisément de la préfecture de Miyagi (capitale Sendai, région du  Tohoku), terriblement touchée par le tsunami qui a suivi le tremblement de terre du 11 mars 2011. Qu’ils soient pêcheurs, agriculteurs ou chef d’entreprise, leurs paroles nous permettent de comprendre la situation des habitants de cette côte meurtrie, deux ans après la catastrophe destructrice et meurtrière.

Clipboard01Aucun sensationnalisme ni sensiblerie déplacés, juste des mots simples prononcés avec une pudeur naturelle et un optimisme désarmant. Le tsunami est passé par là, mais la raison de vivre reste la même. Que ce soit les paroles du pêcheur qui dit « Lorsque je pêche, je ressens une sorte d’accomplissement » ou celles de l’agricultrice qui affirme « pour les tomates, de la graine à la plante puis de la plante au fruit, toutes les étapes sont appréciables », elles auraient pu être prononcées avant le tsunami… Mais deux ans après ce désastre, elles ont une toute autre résonnance, pleine de sagesse et d’espoir.

Chacune des personnes interviewées a vécu le tsunami de près, victime directe ou indirecte de la vague qui a dévasté les ports et villages de la côte. Elles nous parlent de la vague, mais aussi du froid terrible et meurtrier qu’elles ont subi pendant plusieurs jours.

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En quelques instants, leur vie a basculé ce 11 mars 2011. Certains ont perdu leur maison, leur outil de travail, des amis ou des membres de leur famille…  Le directeur du journal « Ishinomaki Hibi Shimbun » nous raconte comment, alors que son atelier fut détruit, il continua à diffuser son journal en le réalisant à la main… [voir article dans ce blog : Ishinomaki Hibi Shimbun: 6 exemplaires "à la main"].

Les pêcheurs, les agriculteurs, tous les travailleurs ont pensé que tout était fini…

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Et pourtant, en repartant de zéro, la reconstruction a commencé.  C’était même plus dur que de repartir à zéro, car il a fallu parfois raser ce qui tenait encore debout mais ne pouvait plus être utilisé, nettoyer les terres stérilisées par le sel de mer et polluées par les produits chimiques issus des usines dévastées, reconstruire les parcs à huitres, etc.

 « Ce ne sont pas seulement les forts et les sages qui survivent, mais ceux qui arrivent à s’adapter »… Les habitants du Tohoku nous montrent dans ce film leur force d’adaptation. Ces habitants de Miyagi n’ont pas attendu l’aide de l’Etat pour réagir, car celle-ci est venue bien tard et reste parcimonieuse… Ils se sont pris en main, avec un grand élan de solidarité simple et naturelle, sans tapage, entre les sinistrés eux-mêmes mais aussi grâce à l’aide individuelle de personnes venant du reste de la préfecture de Miyagi, du Japon et même de l’étranger.

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Le film nous montre un fonctionnaire de la préfecture de Miyagi qui, conscient de la lourdeur et de la lenteur de l’administration japonaise, a créé une ONG (Five Bridge) permettant d’organiser avec efficacité l’aide des bonnes volontés individuelles des habitants de Sendai et de Miyagi. Un ostréiculteur nous rappelle que, si dans les années 70 la culture de l’huitre en France a été sauvée par des naissains venant de Miyagi, c’est aujourd’hui l’ostréiculture de Miyagi qui  a reçu en retour une aide des ostréiculteurs Charentais [voir sur ce sujet le reportage France 3 : okaeshi ].

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Deux  ans après le tsunami, « il reste beaucoup de chemin à faire »… Les huitres réimplantées n’ont pas encore atteintes une taille commercialisable, et les terres agricoles n’ont été réhabilitées que dans une très faible proportion. Mais là encore, une agricultrice de Miyagi nous donne une clé pour comprendre ce qui fait le courage des sinistrés : « Quand les gens commencent à se plaindre ils n’arrêtent plus ».  Et plus loin : « si c’est une épreuve qui m’a été donnée et qu’elle est surmontable, il  n’y a pas de raison que je dépende des autres ». Ceux qui reconstruisent le tissu économique et social ont une forte conscience que ce qu’ils font est fondamental pour faire revenir ceux qui n’ont pas eu d’autre choix que de quitter de la région.

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Il faut attendre les deux tiers du documentaire pour que le problème de la radioactivité soit évoqué, ce qui correspond à une réalité sur place : l’enjeu majeur et urgent est de rétablir les infrastructures permettant à la population de vivre, économiquement et socialement. La radioactivité issue de la catastrophe de Fukushima (située dans la préfecture voisine) est évoquée comme une gêne à la reprise économique : les produits de la pêche ou de l’agriculture de Miyagi sont parfois interdits à la vente, mais même déclarés sains suite aux contrôles effectués, ils sont toujours suspects aux yeux des consommateurs Japonais, et encore plus aux yeux des étrangers. Les habitants de Miyagi ressentent cela comme une injustice contre laquelle leur courage et leur détermination ne peut pas grand-chose.

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Agriculteurs, pêcheurs, industriels, journalistes et restaurateurs espèrent cependant que leur région retrouvera une vie normale, et même que leur génération qui a tout repris à zéro soit « le commencement d’autre chose ». L’industriel du poisson rêve que sa marque soit un jour reconnue comme un gage de qualité, l’agricultrice veut devenir un modèle, le producteur de sake veut que son produit soit renommé, le pêcheur souhaite transmettre son savoir à la prochaine génération, le producteur de fraises espère que sa ville retrouvera une vitalité attrayante.

Chacun d’entre eux, avec modestie mais conscience de l’importance de son rôle dans la société, nous donne une grande leçon de Courage et d’Espoir, loin de toute polémique stérile.

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Alors oui, ce documentaire est parfaitement réalisé et nous permet de toucher de très près la réalité de la Côte du Tohoku, deux ans après le tsunami du 11 mars 2011.

Il ne vous reste plus qu’à cliquer sur  http://www.youtube.com/watch?v=LKRW_yAWYqo&feature=youtu.be et de consacrer 28 minutes de votre temps à regarder ce magnifique et passionnant documentaire réalisé par Guillaume Tauveron, disponible en intégralité et gratuitement sur internet.

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Le 7 octobre 2013,

Oriibu

 

références:

Hopes & Bravery in Miyagi's fields :  Documentaire sur les agriculteurs de la préfecture de Miyagi dans le Tohoku, 2 ans après le tremblement de terre et le tsunami du 11 Mars 2011.

Réalisateur : Guillaume Tauveron

Producteur : Yoshimitsu Homma (Izanami Inc)

Co-producteur : Claude Yoshizawa

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13 septembre 2013

Sur les traces de Miyamoto Musashi, 3ème partie: Reigando

 

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Après avoir visité Kyoto où Miyamoto Musashi âgé de 20 ans, plein de sève et d’ardeur, a anéanti le clan Yoshioka (voir Ichijoji) et Ganryujima où, escrimeur accompli à l’âge de 28 ans, il tua en duel un des meilleurs bretteurs de l’époque, Sasaki Kojirô (voir Ganryujima), nous arrivons à Kumamoto, sur l'île de Kyushu où il débarqua près de trente ans plus tard sur l’invitation du seigneur local, Hosokawa Tadatoshi.

Miyamoto Musashi n’est alors plus le même homme. Il a passé une trentaine d’années à sillonner une bonne partie du Japon, participé à quelques batailles et enseigné son art du sabre et de la stratégie. Il a rencontré plusieurs personnalités importantes sur le plan politique ou religieux, moines bouddhistes ou lettrés confucianistes et il a «approfondi encore plus la Voie » en continuant à « se forger matin et soir » comme il l’écrira dans le Go Rin no Sho. A la cinquantaine, il estime que  « l'unification avec la Voie de la tactique s'est faite d'elle-même » en lui.

A Kumamoto, où il arrive à 56 ans, en 1640, Musashi commence par battre le maître de sabre du clan Hosokawa sans le tuer (cela fait plusieurs années qu’il remporte ses combats sans tuer son adversaire, quand il peut l’éviter) et se lie d’amitié avec le seigneur Hosokawa Tadatoshi  puis son fils Mitsuhisa. Même s’il a déjà créé plusieurs écoles de sabre ailleurs au Japon, c’est à Kumamoto qu’il créa  le Niten Ichi Ryu, accomplissement ultime de son art.

L’art du sabre établi par Miyamoto Musashi est encore très présent à Kumamoto, notamment avec le club de kendo Musashi Kenshin et la branche Noda Ha Niten Ichi Ryu aujourd’hui perpétuée par Araki Akihiro sensei.

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La grotte de Reigando

Le lieu mythique pour tout admirateur de Miyamoto Musashi se trouve sur le mont Iwato,  à quelques kilomètres au Sud-ouest de Kumamoto: la grotte de Reigando. C’est en effet ici que Musashi passa les dernières années de sa vie et écrivit le Go Rin no Sho, le Traité des Cinq Roues, ouvrage sur l’art du sabre et de la tactique dont la philosophie a des répercussions jusqu’à nos jours, en s’appliquant à tous les domaines (art, économie, société, etc).

L’endroit n’est pas évident à trouver, mais un petit parking sur le bord de la route ne laisse aucun doute sur l’atteinte du but grâce à une statue du célèbre samurai en train de méditer ! 

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Mais la grotte n’est pas à cet endroit, et il faut descendre une petite route bordée de grands bambous pour arriver à l’entrée du temple bouddhiste Unganji.

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Ce temple à flanc de colline a été créé par le moine bouddhiste Chinois Toryo Eiyo au 14ème siècle, et en visitant les lieux  on comprend aisément pourquoi Musashi a choisi cet endroit pour méditer en pratiquant le Zen…

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Dés l’entrée, après avoir bu de l’eau pure et aux qualités miraculeuses qui coule de la fontaine, on peut admirer des reproductions d’objets ayant appartenu à Musashi, dont une paire de bokuto du style niten ichi ryu ainsi que le bokken qui lui permit de remporter son combat à Ganryujima.  

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Dans cette salle virevoltait une hirondelle, et je compris que c'était l'âme de Sasaki Kojirô qui gardait le célèbre sabre de bois qui lui fendit le crâne... En effet, le samurai était connu pour sa technique de coupe du "vol de l'hirondelle", ainsi appelée car il s'y entraînait en coupant en deux ces oiseaux en plein vol... N'ayant pu placer le "vol de l'hirondelle" face à Miyamoto Musashi, il est probable qu'il soit réincarné pour l'éternité en hirondelle, condamné à essayer de comprendre comment un sabre en bois l'avait battu. Bon, ok, j'arrête...

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Chemin faisant, on passe devant les divers bâtiments et autels du site bouddhiste, même s’ils étaient probablement différents au 17ème siècle, on ne peut qu’être saisi par la tranquillité et la sérénité de cet endroit.

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Et soudain, au détour d’une courbe du petit chemin, le voyageur (ou pèlerin !) découvre un paysage totalement féérique,  avec plus de 500 statues de bouddhas à flanc de colline ! Cet endroit s’appelle le Gohyaku Rakan (les 500 Rakan) et si Miyamoto Musashi est forcément passé par cet endroit, il n’a pas pu voir ces statues puisqu’elles datent des années 1779 à 1802…

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 Ce sont en fait des représentations de Rakan, disciple de Bouddha n’ayant pas pu atteindre la perfection et pleurant la mort de son maître. L’artiste (ou les artistes) qui l’a réalisé s’en est donné à cœur joie pour multiplier les expressions des personnages !

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Certaines statues n’ont plus de tête, témoignage de tremblements de terre violents ou de la période du début de l’ère Meiji (fin du 19ème siècle) pendant laquelle une vague antibouddhiste provoqua une persécution et la destruction de plusieurs symboles de cette religion. Je n’étais pas venu pour voir ce Gohyaku Rakan, mais l’endroit est superbe et vaudrait à lui seul le déplacement !

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Au bout du chemin, on arrive à la grotte Reigando, entourée de monuments bouddhistes… Quel endroit !

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Quelle émotion d’imaginer que c’est là que Miyamoto Musashi a passé les dernières années de sa vie à méditer, face à la nature, seul ou entouré de ses disciples. La grotte est située en hauteur et on y accède par un escalier pour y découvrir un gros rocher sur lequel se tenait Musashi pour faire zazen.

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Ainsi, c’est ici même que Miyamoto Musashi est venu en 1643 et a commencé à écrire le Go Rin no Sho qui commence par ces mots :

« Ecole des deux ciels réunis, Niten ichi ryu, est le nom que je donne à la voie de la stratégie ; dans cet écrit je vais élucider pour la première fois ce que j’approndis depuis de  nombreuses années. Au début du dixième mois de l’an vingt de Kanei  je suis venu écrire sur le mont Iwato de la province Higo en Kyushu. Je salue le Ciel et me prosterne devant la déesse Kannon, et me tourne vers  Bouddha » (traduction du Go Rin no Sho par Kenji Tokitsu).

La représentation de Kannon, déesse de la miséricorde, devant laquelle se prosterne Musashi est toujours présente dans la grotte, protégée des regards par un autel fermé. Il paraît qu’elle est sortie de sa cachette une fois par an, mais en attendant il est impossible de la voir…

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D'autres statues, dont une Kannon, sont cependant visibles dans la grotte:

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C’est donc ici, en ce lieu de plénitude, que Miyamoto Musashi venait régulièrement faire zazen face à puissance de la nature. Il alterne tout d’abord ses séjours avec sa maison de Kumamoto, mais finira par rester à Reigando définitivement en 1645 pour terminer le Go Rin no Sho, refusant de retourner en ville se faire soigner.

« je préfère passer mes derniers jours dans la montagne en dissimulant mon corps au regard des autres » (lettre aux trois vassaux du clan Hosokawa, traduction par Kenji Tokitsu) .

Miyamoto Musashi est mort le 19 du cinquième mois de l’ère Kanei (1645), en position de méditation :

« Il s’est assis avec un genou relevé verticalement, tenant le sabre de la main gauche et une canne de la main droite. Il est mort dans cette posture, à l’âge de 60 ans. »  (Hyoho senshi denki, traduction par Kenji Tokitsu)

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Après avoir visité cette grotte chargée d’histoire dont il est difficile de s'arracher, on doit faire le chemin inverse et repasser devant les 500 Rakan qui semblent avoir changé d’expression et pleurer un peu plus…

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Mais la visite n'est pas finie, car en prenant un petit chemin situé plus haut sur la colline, on arrive sur un monument à la mémoire de Miyamoto Musashi! Et en continuant encore un peu plus loin, on se retrouve au dessus de la grotte de Reigando, avec un point de vue magnifique sur la vallée. Alors que depuis la grotte de Reigando l'horizon est bouché par de grands arbres qui ont poussé, on a là une vue qui doit être à peu près celle qu'avait Miyamoto Musashi assis sur son rocher, il y a plus de 350 ans...

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Voici donc le dernier paysage qu’a pu observer Miyamoto Musashi, au seuil d'une vie qui l’aura vu passer du stade de samurai violent et sans pitié à celui de sage ayant transformé un moyen de mort, le sabre, en art de vivre.

 

le 14 septembre 2013,

Oriibu

(photos (c) Oriibu, avril 2013)

 

Lire aussi:

 Sur les traces de Miyamoto Musashi, 1ère partie: Ichijoji

 Sur les traces de Miyamoto Musashi, 2ème partie: Ganryujima

 Bientôt : les tombes de Miyamoto Musashi.

 

 

 

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19 août 2013

Le cèdre Jomon de Yakushima: un papy de 7000 ans

Sur l'île de Yakushima vit un vieil arbre, un très viel arbre... C'est le Jomon Sugi:  

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 Cet arbre aurait 7000 ans.

Imaginez un peu ce qu'il s'est passé depuis que la petite graine de cet arbre a germé!

Le Jomon Sugi se trouve sur l'île de Yakushima où, selon un dicton local, il pleut 35 jours par mois ... Ce n'est bien sûr pas vrai, où alors sur les 3 jours que nous y avons passé, il y avait les 36ème et 37ème jours du mois! 

Yakushima est une île exceptionnelle pour plusieurs raisons. Tout d'abord, cette île appartenant à l'archipel Osumi, au sud de Kyushu est l'île la plus septentrionale du Japon (si on excepte l'archipel d'Okinawa). En y accédant au moyen d'un hydroptère au départ de Kagoshima, on aperçoit d'ailleurs le phare le plus Sud du Japon situé sur Kyushu.

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Mais surtout, Yakushima a été classée au partimoine mondial de l'UNESCO grâce à l'incroyable végétation qui borde ses montagnes et vallées, résultat d'un climat quasi tropical et une forte humidité! Ces forêts et montagnes ont d'ailleurs très fortement inspiré le cinéaste Hayao Miyazaki pour son dessin animé "Princesse Mononoke".

En fait, le climat n'est pas tropical, mais c'est là justement une des spécificités de l'île: entre la côte et les sommets montagneux, on retrouve une distribution de la végétation selon des caractéristiques qui vont de subtropical à subalpine, en passant par tempéré chaud, tempéré et tempéré frais!

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Dans cette végétation, il y a le Yakusugi, une variété de cèdre du Japon qu'on ne trouve, comme son nom l'indique (sugi veut dire cèdre, Yaku est le nom de l'île) que sur cette île et qui a la particularité de vivre en moyenne plus de 2000 ans contre 500 ans pour les autres cèdres. Et parmi ces Yakusugi, il y a le roi des Yakusugi: le cèdre Jomon. La légende dit qu'il a plus de 7000 ans, ce qui serait confirmé par sa taille, mais les scientifiques, un peu rabat-joie, estiment son âge à 2200 ans, ce qui fait déjà un âge fort respectable. Le nom même du cèdre, "Jomon", fait référence à l'ère Jomon, période préhistorique du Japon allant de -10.000 à -300 ans avant JC. 

Le Jomon Sugi (25,3 mètres de haut, 16,4 mètres de circonférence) se trouve à une altitude de 1300 mètres et, depuis sa découverte en 1966 par Iwakawa Teiji, est devenu l'objet d'une véritable vénération par les Japonais qui se rendent en masse pour admirer cet ancêtre des Yakusugi. Et pourtant, aller le voir se mérite car il faut monter dans la montagne pendant 5 à 10 heures suivant le rythme avant d'y arriver! Certains n'hésitent pas à faire l'aller-retour dans la journée, ce qui tient presque de l'exploit sportif, même si la descente se fait plus rapidement que la montée!

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Ce 16 avril 2013, nous avons donc opté pour l'aller-retour en 2 jours, accompagnés par un guide, Kato, nous expliquant tout au long du chemin l'histoire de ce site merveilleux. Ce n'est pas un treck dans une région désertique car, comme déjà dit, ce site est très apprécié des Japonais alors, en montant, nous croisons de nombreux groupes en train de redescendre, n'omettant jamais de nous dire "ganbate" (courage)! J'eus d'ailleurs beaucoup de succès avec mon T-shirt "buta", dont les kanji semblent se lire aussi "boui-ton", ce qui sonne comme "Vuiton" et fait s'esclaffer les Japonais! (je n'ai toujours pas vraiment compris pourquoi, mais c'est tellement bon de faire rire: quel bon moyen de communication!).

Le treck commence par une montée en douceur sur la face nord de Miyanoura-dake en suivant le chemin de fer qui servait autrefois à l'exploitation forestière de la montagne. Cette exploitation a commencé au 17ème siècle, au début de la période Edo, et a duré jusqu'aux années 1960. Aujourd'hui, il est strictement interdit d'abattre des cèdres, et la petite voie de chemin de fer n'est conservée que pour faciliter l'acheminement du matériel nécessaire à l'entretien du site.

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Cette première partie fait environ 8 km et permet déjà d'admirer un paysage merveilleux et une flore très riche, et même une faune puisque nous avons pu voir des Yakusaru, les singes de Yakushima, et des cerfs Sika.

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Sur le chemin, nous trouvons les vestiges de ce qui fut le village des travailleurs qui exploitaient la forêt. Perdu au milieu de nulle part, ce village de montagne créé avant même que le train puisse l'alimenter, possédait toutes les structures nécessaires à la vie, y compris une école et un sanctuaire Shinto.

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Le chemin continue, en montant un peu plus. Le paysage est magnifique...

 

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Il est temps de déjeuner, et de boire de cette eau pure qui vient des sources de la montagne:

 

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Finalement, nous arrivons à la fin du chemin de fer, pour finir les derniers 2,7 km sur des chemins parfois aménagés mais beaucoup lus raides! Le paysage aussi évolue, et c'est de plus en plus superbe. De nombreux Yakusugi se dressent, majestueux.

 

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Sur cette montagne de roches, les arbres ont développés des racines gigantesques qui forment des méandres allant chercher les nutriments dans le peu de terre disponible. Certaines essencesd' arbres ont trouvé une autre solution: ils se sont implantés sur un cèdre et y poussent, leurs racines descendant le long de l'arbre hôte qui ne semble pas plus dérangé que cela!

 

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En chemin, on trouve un vieux tronc creux d'un cèdre coupé il y a des dixaines ou centaines d'années et à l'intérieur, dans lequel il y un petit autel Shinto, en regardant vers le haut, on découvre (après avoir trouvé le bon endroit pour s'asseoir!), un magnifique coeur au travers duquel on aperçoit les arbres qui montent vers le ciel. 

 

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La forêt réserve bien d'autres surprises, telles un dragon de bois, ou un lapin en train de faire son treck avec son petit sac à dos!

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D'autres arbres ont des formes étranges, voire rappellant le corps humain ou un crapaud...

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Enfin,nous approchons du sommet et du but ultime... 

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Et enfin, voici l'objectif qui se dévoile, majestueux, serein et plein de sagesse du haut de ses sept millénaires: le Jomon Sugi.

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 Jomon Sugi est devant nous, et on ne peut que le contempler et lui témoigner le plus profond respect. Sur son tronc, on peut deviner les kami (dieux Shinto) qui l'habitent.

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7000 ans séparent Jomon Sugi de ce jeune cèdre, âgé de quelques années:

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Mais la nuit va bientôt tomber, et nous décidons de planter notre tente pas loin du gîte (un peu rustique et bien rempli) et d'un campement où vivent des employés chargés de l'entretien du chemin de randonnée!

 

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Le lendemain, nous sommes reescendus, non sans avoir admiré une nouvelle fois Jomon Sugi, et ce coup-ci Yakushima a été fidèle à sa réputation: il a plu! Ceci dit, c'est une pluie par intermittence, atténuée par le couvert des arbres, qui magnifie encore plus la nature en faisant gonfler les mousses gorgées d'eau, créant de magnifiques couleurs dès que le soleil revient. 

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Voilà la fin de notre randonnée, nous en avons plein les yeux! Quel bonheur d'avoir pu traverser cette forêt magique et d'avoir pu admirer celui qui est sans doute un des doyens du monde: Jomon Sugi, 7000 ans, 

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(photos (c) Oriibu)

 

Voir le site de l'UNESCO sur Yakushima: http://whc.unesco.org/fr/list/662/

Un article de Télérama sur "La forêt de Yakushima, paradis flottant de “Princesse Mononoké”: http://www.telerama.fr/cinema/la-foret-de-yakushima-paradis-flottant-de-princesse-mononoke,71728.php

 

 

 

 

 

 

 

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16 août 2013

Jardins Japonais à Chaumont-Sur-Loire: voyage dans un nuage

Chaumont-sur-Loire est célèbre pour son magnifique château, pour son superbe parc, ses expositions d'art contemporain et ses jardins à thèmes, renouvelés tous les ans.

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Le Festival International des Jardins accueille une trentaine de paysagistes venus du monde entier qui ont confectionné des jardins où se mêlent art, imagination et nature.

Evidemment, ce sont les artistes Japonais qui ont retenu toute mon attention!

Et tout d'abord, bien que ce jardin vienne dans les derniers de la visite, admirons le superbe "Standing Cloud" de Fujiko Nakaya. "Sculpture de brume poétiquement posée près d’un bosquet de bouleaux", ce jardin remporte de loin le prix de l'originalité et de la réussite! 

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Fujiko Nakaya est une artiste Japonaise qui dit avoir créé "une scène pour y laisser la nature s’exprimer"... Et là, elle a décidé de re-créer l'intérieur d'un nuage!

"Je suis une sculpteuse de brume, mais je n’essaie pas de la modeler. L’atmosphère est le moule, le vent est le burin" dit-elle. Et le résultat est saisissant, grâce à son imagination et un travail technologique exceptionnel qui permet d'avoir l'impression de se promener dans un nuage... Les brumisateurs ne vous mouillent pas, ils ne font qu'humidifier l'air et vous donner l'impression de marcher au coeur d'un nuage, là-haut dans le ciel... Et pourtant, on est bien sur terre, sur un plancher de bois posé entre des bouleaux.

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Totale réussite.

 

Les bonnes surprises nippones ne s'arrêtent pourtant pas là, car il y a aussi parmi les 30 jardins présentés un Jardin des Rizières, oeuvre de Hideuki Mori, Kazuki Hirai, Hiroaki Mori, Hiroshi Fukawa et Yuji Shimizu.

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On circule au dessus de la rizière sur une passerelle de bois qui mène à une petite maison de thé. On n'y sert malheureusement pas de thé, mais l'ensemble forme un paysage serein, où les promeneurs peuvent observer cette parcelle inondée où pousse le riz et où vivent quelques grenouilles peu farouches.

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Enfin, finissons ce tour des jardins Japonais de Chaumont-sur-Loire par un jardin Chinois...! "Carré et rond" de Yu Kongjian, promenade entre Terre et Ciel, calme et sérénité... Un petit coin de paradis!

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En résumé, Chaumont-sur-Loire nous propose un beau voyage dans la nature. Le Japon et la Chine y ont été invités et ont répondu présents avec de belles oeuvres respectant cette nature et les visiteurs émerveillés.

La visite des autres jardins réservent d'autres belles surprises, même si certains d'entre eux sont plus... comment dire... conceptuels!

En tout cas, ne serait-ce que pour les 3 jardins décrits ici, cela vaut le coup de passer par Chaumont-sur-Loire!

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Oriibu

photos (c) Oriibu 

Infos sur Chaumont-sur-Loire:  http://www.chaumontsurloire.fr/index.html

 

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05 juillet 2013

Ramen à Bordeaux: c'est Fufu!

Vous voulez manger des vrais ramen à Bordeaux? Pas de problème, il y a le Fufu Japanese Noodle Bar!

 

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Dans un cadre typique des restaurants à ramen japonais, vous y mangerez assis au comptoir en pouvant observer la conception des plats directement devant vous, ou sur des petites tables contre le mur. On se croirait vraiment soudain projeté à Tokyo ou Osaka, dans ce petit restaurant très étroit où les cuisiniers et les serveuses s'activent sans relâche. S'il n'y a apparemment qu'un ou deux Japonais dans l'équipe, les ramen servis sont de bonne qualité, tout comme les gyoza (raviolis chinois) qu'il est bon de prendre en accompagnement.

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Petite entorse à la tradition du restaurant ramen du Japon, il y a aussi des donburi (bol de riz avec viande) et des yakisoba (nouilles sautées au wok), mais c'est juste pour nous rappeler qu'on n'est pas à Tokyo mais à Bordeaux, et qu'il est sans doute nécessaire d'étoffer la carte pour appâter la clientèle! Nous n'avons pas testé ces plats, mais ils avaient l'air bien bons aussi.

On a particulièrement aimé les support de baguette, taillés dans des bouchons... de Bordeaux bien sûr!

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Le prix est plus que raisonnable (moins de 10€ le plat), l'ambiance est chaleureuse et très nippone, les plats sont délicieux, bref: une adresse à conseiller! 

Et le détail qui tue: les toilettes sont japonaises, avec tableau de bord incorporé!

 

adresse: FUFU, 37 rue Saint-Rémi, 33000 Bordeaux

site: http://www.iquartiers.com/site/fufu/ 

 

 

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23 juin 2013

La façon de se mettre en garde, selon Miyamoto Musashi

 

 

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Dans le chapitre « Eau » du Gorin No Sho (1), Miyamoto Musashi nous indique les 5 gardes (2) de son école (3). Bien qu’il ne parle que des gardes avec un seul sabre, on retrouve bien les 5 gardes du gohou no kata enseigné dans le Noda Ha Niten Ichi Ryu qui se pratique avec les 2 sabres, mais dont la différentiation se fait par la position du grand sabre (tachi) :

  • Chudan : sabre dirigés en face de soi
  • Jodan : sabre au-dessus de la tête
  • Gedan : pointe du sabre dirigée vers le bas
  • Hidari waki : sabre dirigé vers la gauche
  • Migi waki : sabre dirigé vers la droite

 

5positions

 

 A part gedan où le petit sabre (kodachi) prend la même position que le tachi en pointant vers le bas,  les 4 autres gardes se font avec le kodachi en position chudan (pointe orientée vers le visage de l’adversaire).

Pour Miyamoto Musashi,  il n’y a « aucune autre façon de se mettre en garde » que ces 5 gardes, tout le reste n’est donc que fantaisie. Et en fait, peu importe la garde que l’on prend, car la seule chose qui compte est de pourfendre l’adversaire. Ce rappel est essentiel dans la philosophie de Musashi !

Par ailleurs, il classe les gardes en 2 catégories : grande ou petite. Dans cette dernière, il met les 2 gardes waki (côté gauche ou côté droit) qu’il considère comme des jeux qui ne sont à utiliser que lorsque la configuration des lieux ne permet pas de prendre une des gardes de la première catégorie.  Les 3 autres gardes (jodan, chudan, gedan) sont donc les « grandes gardes », considérées comme « substantielles », c'est-à-dire génératrices d’efficacité. Et parmi ces 3 gardes, la plus essentielle est chudan, sabre dirigé en face de soi, pointe vers le visage de l’adversaire.

gardes

 

Chudan, garde essentielle

Chudan est le « fond de toute mise en garde », celle qu’il convient de maîtriser parfaitement avant de s’aventurer dans les autres façons de se mettre en garde. Dans le gohou no kata, le petit sabre est d’abord placé en chudan avant que le grand sabre ne se positionne différemment pour se mettre en jodan ou waki. Musashi compare chudan à la position du général en chef d’une armée en position de bataille.

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Miyamoto Musachi, garde chudan

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Araki Akihiro sensei, garde chudan

 

Quoiqu’il en soit, Musashi termine cette partie du chapitre « Eau » par son traditionnel « réfléchissez-y bien », laissant à chacun le soin de comprendre pourquoi chudan est la garde essentielle.

 

Ne pas se préoccuper de la garde

Dans le chapitre « Vent » (4) , Miyamoto Musashi revient sur les gardes en faisant une vive critique des gardes employées dans les autres écoles ! Et il insiste sur ce qui est fondamental dans sa philosophie : se préoccuper TROP de la garde en elle-même est une grave erreur, le seul objectif d’une mise en garde étant d’obtenir la victoire.  Cela ne veut évidemment pas dire que la garde n’a pas d’importance, mais que les gardes dont les seules raisons d’être  sont  des coutumes ancestrales ou un effet de mode n’ont aucun sens.

 

 

 

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Duel entre Sasaki Kojiro et Miyamoto Musashi (à Ganryujima)

 

Etre sur ses gardes mais sans garde

Musashi explique que, s’il est vrai qu’on garde un château en restant immobile,  se mettre en garde avec son sabre signifie essayer de prendre l’initiative, à chaque instant et à chaque pas, donc en étant mobile. Et, de façon apparemment contradictoire, il ajoute que l’esprit de garde est un esprit d’attente de l’initiative de l’adversaire. La contradiction n’est qu’apparente car Musashi veut dire qu’il faut avoir l’esprit libre pour être capable de prendre l’initiative au moment opportun, ou être capable de réagir instantanément face à toute initiative de l’adversaire.  Cette initiative d’attaque que prend l’adversaire est une « fausse » initiative, car en fait elle provient d’une émotion provoquée par la garde qu’il a en face de lui, le faisant agir précipitamment et dans la peur. C’est à ce moment précis que l’on peut prendre la victoire. Miyamoto Musashi précise sa pensée en nous disant que son école, le Niten Ichi Ryu, recommande d’être « sur ses gardes mais sans garde ». Voilà pourquoi ce n’est pas dans sa forme que la garde est importante, mais dans son esprit.

Cette notion d’être « sur ses gardes » se retrouve dans la notion de zanshin que connaissent bien les pratiquants de kendo : avoir l’esprit libre pour réagir instantanément à toute attaque, ou être prêt à attaquer à l’instant même où l’adversaire relâche sa garde.

Musashi extrapole la mise en garde à la tactique de masse : savoir combien de combattants on a en face de nous, connaître le terrain sur lequel va avoir lieu la bataille, connaître les propres forces de ses soldats, les placer en fonction des qualités de chacun….

 

Prendre l’initiative ou répondre à l’initiative

En combat individuel, répondre à l’initiative de l’adversaire en parant ou déviant son sabre équivaut à une armée ripostant à une attaque en fabriquant une haie avec ses armes (lances et hallebardes) pour se protéger, tandis que prendre l’initiative de l’attaque peut se comparer à une armée qui attaque avec ses armes ou une simple haie, avec la même efficacité…

 

Prendre garde sans garde

C’est dans une autre partie du chapitre « Eau » (5) que Musashi explique que, même si il préconise les 5 positions de mise en garde, l’essentiel n’est pas dans le respect strict de la garde elle-même mais dans la position exacte du sabre, pouvant créer une multitude de positions intermédiaires. Si on est en chudan mais qu’on décide de remonter un peu la pointe du sabre, on est déjà en jodan dans notre esprit. En migi waki kamae, si la pointe se recentre un peu et se relève, c’est déjà chudan.  La seule chose qui compte, c’est que le sabre soit dans la bonne position pour pourfendre dans n’importe quelle direction et quelle que soit la réaction de l’adversaire.

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Miyamoto Musashi (Kumamoto)

  

Le principe que Musashi résume dans la maxime « prendre garde sans garde » veut donc dire cela : peu importe la garde, à partir des 5 positions il y a un grand degré de liberté pour la position exacte du sabre, et le seul objectif est de « pourfendre l’adversaire de quelque façon que ce soit ». Il ne faut pas penser à avoir une garde qui  protège. Si dans notre esprit la garde n’est là que pour éviter le sabre de l’adversaire qui attaque, ou de le dévier, le parer, le bloquer, alors on ne pourra pas le pourfendre.

Par contre, si on a une garde sans garde, dont le seul objectif est de pourfendre, alors on pourra  pourfendre l’adversaire après l’avoir évité, dévié, paré ou bloqué…

 

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Miyamoto Musashi (Ichijoji, Kyoto)

 

Et Musashi de conclure par son célèbre « réfléchissez-y bien ». Dans son esprit, cela veut dire « pratiquez bien » !

La notion de garde sans garde est évidemment intéressante à mettre en application en kendo, mais le principe va bien au-delà de l’art martial et chacun pourra y puiser un enseignement philosophique ou spirituel. Réfléchissez-y bien !

 

Oriibu, le 23 juin 2013

photos (c) oriibu



(1) Gorin no sho, Miyamoto Musashi, 1643 (traduction de M et M Shibata, « Traité des Cinq Roues », Albin Michel, Spiritualités Vivantes, 1983)

 (2) partie « A propos des cinq façons de se mettre en garde »

 (3) Niten Ichi Ryu

 (4) partie « Préoccupation de la garde du sabre dans les autres écoles »

 (5) partie « Sur la recommandation "prendre garde sans prendre garde" »

 

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09 juin 2013

Les recettes de Tata Yoko: aujourd'hui, le "natto"

Le natto, comment ça marche?

Et puis d'abord, qu'est-ce que c'est?

Hop, wikipédia: "Le nattō (納豆) est un aliment japonais traditionnel à base de haricots de soja fermentés, consommé le plus souvent comme accompagnement du riz nature dans la cuisine japonaise, notamment au petit déjeuner."

Mmmmh ça doit être bon!

Mais continuons à lire Wikipédia: "Son aspect gluant ainsi que son odeur fermentée-ammoniaquée peuvent le rendre assez repoussant pour les gens non habitués."

Eh oui, le natto, comment dire, ça fait à peu près le même effet à un Français que, par exemple, le fromage de chèvre à un Japonais... C'est à dire que ça provoque d'abord une réaction d'incrédulité ("??? qu'est-ce???"), puis de doute ("ça se mange???"), parfois de résistance ("Moi, manger ça? Jamais!"), et plus rarement d'héroïsme matiné d'inconscience ("J'ai déjà sauté à l'élastique du haut du Viaduc de Millaut, ce ne sont pas quelques haricots fermentés et gluants qui vont m'empêcher de prendre mon petit déjeuner!").

Au Japon, le natto s'achète tout fait, dans des petites boîtes en plastique, mais en France c'est quasiment introuvable. 

Alors, pour votre plus grand plaisir, Tata Yoko vous révèle ici la recette du natto!


1ère phase: rassembler les ingrédients nécessaires:

1) du "soja jaune dépelliculé":

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2) une poudre de perlimpinpin que vous aurez acheté au Japon:

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Mais quelle est donc cette étrange poudre de perlimpinpin, me direz-vous? Il s'agit tout simplement de spores, appelées natto moto,  qui vont permettre le démarrage de la fermentation des grains de soja.

Evidemment, cette poudre spéciale ne se trouve pas dans votre mini-super-hyper marché habituel en France, alors si vous n'habitez pas au Japon, ou si les douaniers ont saisi la poudre à la frontière, vous pouvez la commandez par internet, par exemple ici (ce n'est qu'un exemple, car nous n'avons pas testé ce site).

3) un grand bol ou saladier, une cocotte-minute, un récipient fermable et hermétique.

 

2ème phase: préparer le nato:

1) Mettre 200g de soja dans le saladier.

2) Recouvrir d'eau

3) Attendre 24 heures

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 Avouez-le, jusque là c'est super facile!

3) Egouttez les grains de soja, rincez les, et faites-les cuire 20 minutes à la vapeur.

(suivre les instructions de votre cocotte-minute: mettre le feu au maximum, et dès que ça siffle baissez le gaz pour ne laisser qu'un léger sifflement pendant le temps voulu, ici 20 minutes)

 

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4) Mettre les graines de soja cuites dans un récipient et les mélanger avec 2 petites dosettes de poudre de perlimpinpin.

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Ah mais non, que vois-je? Tata Yoko rajoute une demi dosette de spores... Sacrée Tata Yoko! Ca c'est la touche "Tata Yoko"!

 

5) Mettre les graines de soja ainsi cuites et ensemencées dans un récipient fermé, et maintenir au four à une température de 40°C pendant 24 heures.

[NDLR: Là, n'ayant pas le matériel (four) adéquat, Tata Yoko a bricolé un truc à base petits coussinets chauffants placés dans une glacière (qu'ici nous pourrions appelé "chauffière"), et ça a marché! Comme quoi, il y a un certain degré de liberté pour la phase de fermentation]

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6) Voilà, la fermentation a eu lieu, et c'est prêt, vous avez de "délicieux" natos prêts à être consommé!

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Le natto est maintenant fermenté, et les grains sont liés entre eux par cette fameuse substance gluante et élastique qui fait râler de plaisir nos amis Japonais mais dont la consistance reste pour nous, Français, assez peu appétissante... 

 

3ème phase: Mangez!

Tentez l'aventure: goûtez!!

Si toutefois vous n'êtes pas aventurier (vous n'avez jamais sauté à l'élastique du haut du viaduc de Millaut) et que vous avez besoin de trouver une motivation, dîtes-vous bien que les nato ont des qualités nutritives exceptionnelles selon des études japonaises:prévention sur les crises cardiaques, l'osteoporose, voire le cancer, action antibiotique et anti-âge, activation de la digestion et prévention des désordres intestinaux, lutte contre l' obésité, etc.

Bien sûr, je ne suis pas à même de garantir tous ces effets, mais je suis sûr que l'effet sur la santé ne peut être que bénéfique!

Le nato se consomme le plus souvent avec du riz nature au petit déjeuner... Je vous le rappelle: c'est bon pour la santé!

Et comme c'est très bon pour la santé, vous pouvez en manger à toute heure en en-cas.

Et en prenant une cuillère de natto, n'oubliez pas: c'est très très bon pour la santé!

En tous les cas: bon courage, ganbatte, がんばって, et "enjoy"!

 

Et qu'est-ce qu'on dit?

On dit:     Merci Tata Yoko!

 

à+ pour de nouvelles aventures,

Oriibu

PS: il existe différentes façon de préparer le nato, parfois plus sophistiquées (par exemple sur ce site), mais la recette présentée ici par Tata Yoko est simple et efficace!

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