oriibu (chroniques anachroniques sur le Japon)

21 mai 2018

Tsukiji: le paradis de l'amateur de poisson!

Tsukiji… lieu mythique des amateurs de poisson.. le plus grand marché au monde de poisson !

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Au cœur de Tokyo, ce marché qui brasse plus de 2000 tonnes de poissons par jour est aussi un quartier qui semble dédié au dieu poisson !

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Quand on pénètre sur ce marché et quand on visite ce quartier, on ne sait pas où donner de la tête. Tout est Poisson, du Thon au Fugu en passant par toutes les formes de vie aquatique, préparée sous toutes les formes possibles, frais ou séché. Une sorte de paradis de l’amateur de poisson !

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Le sanctuaire Shinto associé à ce quartier est Namiyoke Inari-jinja (« protection contre les vagues »), depuis 1659. Est devenu un sanctuaire officieux pour le marché et ses commerçants.

 

 

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Voir tiutes les photos; album 

 phros (c) oriibu, févier 2018

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07 mai 2018

Sanja-sama, sanctuaire Shinto d'Asakusa: havre de calme

Asakusa est un quartier de Tokyo incontournable pour les touristes qui pourront y visiter le magnifique temple bouddhiste Senso-ji, qui est effectivement à voir absolument.

Mais assez peu de visiteurs ont la curiosité de visiter le sanctuaire Shinto, l’Asakusa-jinja,  qui se trouve sur le même site, à quelques dizaines de mètres à l’Est du temple. En fait, je l’avoue avec honte, il m’a fallu au moins 3 passages au temple d’Asakusa pour aller visiter ce sanctuaire qui semble bien modeste à côté de l’illustre temple bouddhiste, mais sa découverte fut un intense moment de bonheur spirituel, comparable à ceux que j’ai pu connaître dans des sanctuaires bien plus grands et importants.

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Passer le torii en pierre qui marque l’entrée du sanctuaire Shinto, c’est soudain s’extraire de la foule qui grouille autour du temple Bouddhiste et de l’immense allée commerçante qui y mène.

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L’Asakusa-jinja est également appelé Sanja-sama, le «Sanctuaire des Trois divinités ». Ces trois divinités sont deux frères qui, en 628, trouvèrent  en pêchant dans la rivière une statue de la déesse Kannon., et le seigneur du village d’Asakusa qui leur expliqua que Kannon était une déesse bouddhiste, les amenant à se convertir au bouddhisme et à bâtir le temple Senso-ji consacré à Kannon. Le sanctuaire Asakusa-jinja, construit en 1649 par le Shogun Tokugawa Iemitsu pour honorer ces trois personnes considérées comme des kamis (dieux Shinto), est donc le parfait exemple du lien entre le Shinto et le Bouddhisme au Japon!

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Alors que tout le quartier fut rasé par les bombardements américains de 1945, y compris le temple Senso-ji, le sanctuaire Asakusa-jinja fut miraculeusement épargné.

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Dans un recoin du sanctuaire, il y a une allée qui mène dans un de ces endroits qui font tout le charme des sanctuaires Shinto. Au bout de l’allée, on trouve deux koma inu, ces êtres mi-chiens mi-lions qui habituellement sont placés de part et d’autre de l’entrée d’un sanctuaire, comme pour en assurer la garde. Mais là, ils sont côte à côte, comme un petit couple ! Ce sont des Meoto Komainu, apportant le bonheur et l’épanouissement dans l’amour et l’harmonie dans le couple.

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  Non loin de ces deux koma inu, il y a un modeste abri qui attire l’attention : il protège un trou dans lequel se trouve une pierre qui sert à casser les assiettes qu’on y jette ! Cet acte symbolise l’acte d’exorcisme des esprits malfaisants. La pierre, appelée yakuwari-ishi détruit ainsi les mauvais esprits. J’aime ce genre de symbolisme, et j’aurais aimé avoir un plat (harai-sara) à projeter sur cette pierre en le tenant des deux mains après m’être incliné devant ce petit sanctuaire, afin de demander aux kamis de me libérer du mal !

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Un peu plus loin, sur le côté droit du bâtiment principal du sanctuaire, un torii de pierre invite le visiteur curieux à prendre le chemin qui mène vers un sanctuaire plus modeste, l’Hikan Inari jinja.

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Il fut construit en 1854 par Shinmon Tatsugoro, chef des pompiers, en remerciement pour la guérison miraculeuse de sa femme après qu’il ait prié pour elle au Fushimi Inari-taisha de Kyoto, le sanctuaire principal d’Inari, le kami (esprit divin) représenté sous la forme d’un renard.

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Bien que la traduction de Hikan ne soit pas certaine, il semble que cela veuille dire « succès dans la vie ». Inari est en effet le kami des céréales, puis des fonderies et du commerce, ainsi que le gardien des maisons.

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Outre la particularité architecturale d’être recouvert d’une toiture, ce relativement modeste sanctuaire shinto appelle au calme, à la méditation et à la prière, après avoir visité le somptueux et grouillant de monde temple bouddhiste Senso-ji, d’autant plus quand on sait qu’il est le fruit de l’amour d’un homme envers sa femme, il y a près de 200 ans.

Oriibu

photos (c) Oriibu 2018

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08 avril 2018

Méditation et bon resto

La méditation ouvre bien des portes insoupçonnées… Notamment celle de vivre un bon moment de bonne nourriture dans un petit port de pêche.

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Après avoir visité le marché aux poissons de ce port avec Soho Machida sensei, nous sommes allés dans un restaurant. Là, nous choisissons les huitres et coquilles Saint-Jacques que nous voulons manger, et nous montons à l’étage pour nous attabler.

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Les coquillages sont mis dans une « boîte à biscuit » (c’est le terme qui me vient à l’esprit pour décrire la boîte d’aluminium concernée!) et positionnés sur un réchaud à même la table. Et quand le timer fait « bip », c’est le moment de se régaler !

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Et là, il n'y a plus qu'à se régaler!!

 

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Oui vraiment, la méditation Arigato Zen procure bien du plaisir!!

 

Olivier

 

le site Arigato Zen en France: http://arigatozen.canalblog.com/

 

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11 mars 2018

Magie du Goma, le rituel du Feu au temple Arigato Zen

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C’est au temple Arigato Zen que j’ai eu la chance et l’honneur, de participer à une cérémonie de feu menée par Soho Machida sensei.

Ce temple a été créé très récemment (2017) à Gotemba, sur une colline qui fait face au Mont Fuji, par Soho Machida, moine bouddhiste zen de l’école Tendai et Docteur en Philosophie, qui a par ailleurs initié la méditation par la Voix Arigato Zen depuis une quinzaine d’année. Cette forme de méditation, basée sur le mantra de gratitude « Arigato » (merci en japonais) n’est pas religieuse (tout le monde peut pratiquer Arigato Zen, quelles que soient ses croyances), mais ses racines sont clairement bouddhistes.

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Au sommet de la colline, il y a un grand bâtiment permettant l’étude et la méditation face au Mont Fuji, et surtout le Temple Arigato Zen. Construction moderne, les quatre murs de ce temple sont faits de verre, permettant de l’extérieur d’en voir chaque détail, et de l’intérieur de voir tout l’environnement. C’est très étonnant, surprenant et magique, et en ce jour de février 2018, c’était bien la première fois que je voyais un tel Temple !

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Et c’est là que Soho Machida et son assistante Chisato Sakai ont réalisé une cérémonie du feu pour Yoko et moi, indicible honneur sans doute dû à nos modestes efforts pour diffuser Arigato Zen en France... Inutile de vous dire que ce fut un instant hors du temps dont il est quasiment impossible de raconter par de simples mots la magie et la puissance. Je vais donc me contenter de donner quelques explications sur ce rituel du Feu…

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Le rituel du Feu, appelé Goma, est spécifique au bouddhisme ésotérique dont la plus ancienne école du Japon est le bouddhisme Tendai, considéré comme le berceau du bouddhisme japonais.  Particulièrement mystique et puissant, ce rituel se fait en priant Fudo Miyoo (Acala). Seul un prêtre ayant reçu la transmission peut appeler ainsi Fudo Miyoo, le bouddha courroucé, symbole de la sagesse immuable, à se manifester dans les flammes issues du rituel, dans le but de sublimer les passions.

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Le prêtre, ici Soho Machida, invite Fudo Miyoo à s’incarner dans les flammes en récitant le sûtra du Lotus de manière envoûtante, parfois aux sons du tambour que joue l’assistante, au son du bol tibétain ou du poisson de bois, parfois au son de la conche dans laquelle il souffle. Il pratique de nombreux mudras (positions symboliques des mains), brûle de l’encens, alimente le feu.

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Le feu de Fudo Miyoo purifie l’Esprit, détruit les énergies négatives, les mauvaises pensées et les désirs néfastes. Dans le feu seront brulées les plaquettes sur lesquelles nous avions préalablement écrits nos vœux les plus chers, les transmettant ainsi à Fudo Miyoo.

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Dans l’émission télévisuelle Sagesses bouddhistes  (L'école Tendaï des moines du mont Hiei, 15/03/2015), Uhehara Gyosho, maître du temple Tendai Isaki-Ji, précise : « L’être humain a des mauvais penchants comme la colère, l’envie, la jalousie. En les brûlant dans les flammes de la Sagesse, on les élimine. Voici le sens de la cérémonie du Feu. »

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J’ai donc eu la chance de vivre une expérience extraordinaire grâce à la rencontre, il y a maintenant plusieurs années, avec Soho Machida sensei et la méditation par la Voix Arigato Zen. La magie et la puissance de ce rituel du Feu s’est d’ailleurs manifesté 10 jours plus tard quand, de retour en France, j’organisais une séance de méditation Arigato Zen. Les participants me dirent ensuite qu’ils avaient ressenti une énergie très puissante, et certains me dirent avoir vu du feu, des flammes… Je pense que Fudo Miyoo,  rencontré quelques jours auparavant au Japon,  était présent ce soir là à Bordeaux…

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Olivier

photos (c) Oriibu, février 2017

Pour en savoir plus sur Arigato Zen:

 

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25 février 2018

Ramen à Bordeaux (la suite): Ebisu!

Je vous parlais en 2013 du seul "vrai" restaurant de ramen à Bordeaux: Fufu. Cela reste une adresse incontournable (ils ont même ouvert un second restaurant à Bordeaux et un autre à Toulouse!), mais voici un sérieux concurrent qui a ouvert il y a quelques mois dans la ville girondine: Ebisu.

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Ebisu, c'est le nom du kami (divinité japonaise) des pêcheurs, des marchands et de la prospérité, ainsi que celui d'un quartier de Tokyo. C'est désormais le nom d'un des meilleurs restaurants japonais de Bordeaux.

Dès que l'on entre dans ce restaurant de la rue Sainte Catherine, on se sent un peu au Japon... L'accueil est chaleureux, à la japonaise, et le lieu est sobre et propre, musique d'ambiance jazzy... Comme là-bas je vous dis!

Mais foin d'ambiance et de look, et goutons les plats!

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Et là, c'est l'extase... Le plus important, pour les ramens, c'est le bouillon. Et là, c'est absolument parfait,, que ce soit avec le bouillon de sauce soja ou de miso,ce sont de vrais ramens qui raviront les plus exigents. Sincèrement, c'est le top et on ne trouve pas toujours d'aussi bons ramens, même au Japon!

Mon coup de coeur: le "tantan men" est une véritable tuerie! Rien que d'y penser, je salive et veux me précipiter à Ebisu!

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Ebisu Ramen Bar devient donc une adresse incontournable à Bordeaux. 

Perso, le samedi, après l'entraînement matinal de kendo, j'alterne Fufu et Ebisu pour reprendre de l'énergie grâce à de vrais et délicieux ramens!

 

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Ebisu Bordeaux sur facebook: https://www.facebook.com/Ebisu-ramen-bar-300637217071046/ 

adresse: 265 Rue Saint Catherine, 33000 Bordeaux

 

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18 février 2018

Les 3 singes de la sagesse

 

C’est à Nikko (Japon) que l’on peut trouver l’une des plus anciennes représentations des Trois Singes de la Sagesse.

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De leurs petits noms, Mizaru (l'aveugle), Kikazaru (le sourd), et Iwazaru (le muet), on pourrait déduire qu’ils ne voient pas, qu’ils n’entendent pas et ne parlent pas. Pourtant, le sens réel de cette maxime  est bien loin du « j’ai rien vu, rien entendu et je ne dirai rien » de ceux qui ne veulent pas se mouiller, quitte à risquer de couvrir les pires horreurs…

La signification réelle est « Ne pas voir le Mal, ne pas entendre le Mal, ne pas dire le Mal », ce qui est, vous en conviendrez, bien différent !

Mizaru, cachant ses yeux, ne voit pas le mal. Kikazaru, couvrant ses oreilles, n’entend pas le mal. Iwararu, recouvrant sa bouche, ne dit pas le mal. C’est cela la vrai sagesse, car voir et entendre le mal nous imprègne de ce mal, et dire le mal équivaut à diffuser ce mal. Et au final, voir, entendre et dire le mal amène à faire le Mal.

Cette maxime que l’on retrouve donc matérialisée par une sculpture du 17ème siècle au temple de Toshogu (Nikko, Japon)  a donc un sens bien profond dont on trouve les premières références dans les écrits de Confucius : « « De ce qui est contraire à la bienséance, ne pas regarder, ne pas écouter, ne pas le dire, ne pas le faire » (500 avant JC)

C’est par l’école Bouddhiste Tendai que cette philosophie a été introduite au Japon et que la maxime y a été personnalisée par l’image des 3 singes.

Dans notre monde moderne, ces 3 singes nous disent peut-être de ne pas trop nous laisser submerger par les informations négatives que nous recevons (voir et entendre), de ne pas les diffuser (dire), pour au final ne pas faire le Mal…

Gandhi, pourtant détaché de toute possession matérielle,  gardait avec lui une représentation de ces 3 singes.

 

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Oriibu, 18 février 2018

(photos (c) Oriibu 2018)

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10 octobre 2017

Ichi rei shi kon (un esprit et quatre âmes): approche Shinto de l’être humain

 

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L’Esprit Unique

Pour le Shinto, la religion plurimillénaire du Japon souvent traduite par la Voie des Dieux, chaque être vivant possède un Esprit unique : ichi rei. Du simple caillou à l’être humain le plus accompli, cet esprit résulte du degré de développement de quatre âmes que tout être vivant possède : l’âme sauvage, l’âme d’harmonie, l’âme joyeuse et l’âme mystérieuse.

Le tama, l’âme, réside en toute chose, du minéral à l’être humain, en passant par le végétal ou l’animal. La différence se situe dans le degré de développement de chacune des quatre âmes : un caillou aura une âme sauvage prédominante, alors qu’un être humain aura les quatre âmes développées et équilibrées.

 

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Les quatre âmes

Les deux premières âmes (sauvage et harmonieuse) agissent à un niveau inconscient et génèrent la matière sur laquelle les énergies conscientes (intellectuel et spirituel) vont faire apparaître la vie. Selon le Shinto Yamakage, ce sont ces énergies qui vont provoquer des étincelles tourbillonnantes qui, en fonction de leur nombre, vont constituer un minéral, un végétal, un animal de rang inférieur ou un animal de rang supérieur.

 Ces quatre âmes ont chacune une fonction bien particulière, elles coexistent et agissent indépendamment et composent les quatre aspects de l’être humain (physique, émotionnel, intellectuel et spirituel). Les deux premières âmes se situent au niveau de l’inconscient, alors que les deux autres sont du domaine du conscient.

  • L’ara mitama, traduit par l’âme sauvage, brute, fruste, indisciplinée, grossière, gouverne le corps physique (os, muscle, intestins). Elle est source de vitalité, de volonté et d’énergie.
  • Le nigi mitama, l’âme d’harmonie (qui dirige les fluides du corps que sont le sang et la lymphe) est la contrepartie de la précédente, permettant la bienfaisance, le calme, la tolérance et la largesse d’esprit.

A ces deux âmes inconscientes succèdent les deux âmes conscientes :

  • Sachi mitama , l’âme joyeuse, équilibre les fluides corporels et les hormones, permettant de s’harmoniser avec l’univers, d’avoir une forte richesse émotionnelle et sensibilité humaine et artistique.
  • Kushi mitama, l’âme mystérieuse est celle qui gouverne la vie des êtres humains : son développement permet l’intuition, , le sens spirituel, la sagesse pratique, le raisonnement intelligent, la richesse d’esprit et l’équilibre physique. Elle est la source de la transformation des êtres humains, permettant d’aller jusqu’à l’aperception, perception accompagnée de réflexion et de conscience.

La somme de ces quatre âmes, représentant chronologiquement les aspects physique, émotionnel, intellectuel et spirituel, va donc constituer l’Esprit unique (Ichi rei) de chaque être humain.

 

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Equilibre des âmes

L’abondance de chacune des quatre âmes  permet la constitution d’un Esprit Unique fort et équilibré, mais l’excès ou la faiblesse de l’une ou l’autre d’entre elles va provoquer des perturbations de l’être humain, une maladie physique ou psychologique. Les tableaux ci-dessous donnent quelques clés sur l’impact de l’équilibre, l’excès ou la faiblesse  de chacune des quatre âmes :

 

Niveau

Âme

Equilibre

Inconscient

  • Ama mitama 
  • âme sauvage, brute
  • courage
  • physique

 

  • métabolisme osseux et musculaire sain

Inconscient

  • Nigi mitama
  • âme d’harmonie
  • intimité
  • émotionnel

 

 

  • bonne santé physique
  • bon fonctionnement endocrinien
  • tempérament calme et magnanime
  • largesse d’esprit
  • forte tolérance
  • empathie

Conscient

  • Sachi mitama 
  • âme de joie
  • bienfaisance
  • intellectuel

 

  • Richesse émotionnelle
  • Sensibilité aigue
  • Tempérament artistique

 

Conscient

  • Kushi mitama 
  • Ame de mystère
  • Spirituel
  • Sagesse

 

  • Intuition
  • Sens spirituel
  • Sagesse
  • Autodiscipline
  • Richesse d’esprit
  • Equilibre physique

 

 

Niveau

Âme

Excès

Inconscient

Ama mitama 

 

âme sauvage, brute

 

 

  • perte de la raison et de la sensibilité
  • augmentation anormale du désir sexuel
  • grossièreté
  • culte du soi
  • esprit de compétition

Inconscient

Nigi mitama

 

âme d’harmonie

 

  • hyperactivité
  • sensibilité à des mauvaises influences ou pensées
  • égocentricité

Conscient

Sachi mitama 

 

âme de joie

  • Sautes d’humeur, hystérie
  • Caprices et passions éphémères
  • Auto-complaisance
  • Avidité
  • Conflit

Conscient

Kushi mitama 

 

Ame de mystère

 

  • Hypersensibilité
  • Psychose, folie
  • Foie et rate ultrasensibles, d’où diabète et pression sanguine élevée

 

Niveau

Âme

Faiblesse

Inconscient

Ama mitama 

âme sauvage, brute

 

  • problèmes de santé
  • perte de désir d’agir
  • développement des émotions négatives
  • goût de se plaindre et de voir des problèmes partout.

Inconscient

Nigi mitama 

âme d’harmonie

 

  • vieillissement prématuré de l’esprit et du corps
  • haine

Conscient

Sachi mitama 

âme de joie

  • Perte de sensibilité
  • Incapacité à l’émotion
  • Apathie
  • Indolence, léthargie
  • Sentiment d’insécurité
  • Dépression

Conscient

Kushi mitama 

Ame de mystère

 

  • Faible volonté
  • Baisse de la capacité à avoir une pensée ou action cohérente
  • Perception de soi réduite
  • neurasthénie, amnésie

 

 

La personnalité de chacun d’entre nous peut donc se définir par l’équilibre interne (âme ni trop, ni trop peu développée) et externe (équilibre par rapport aux autres âmes) des quatre âmes. A la limite, si notre âme sauvage est en excès on reste à l’état de caillou, incapable de développer les autres âmes, et donc d’avoir un esprit équilibré. A l’opposé, si l’âme de mystère est excessive, cela peut nous amener à un état de psychose.

 

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Il est intéressant de pouvoir mesurer notre propre esprit en fonction de nos quatre âmes : le courage peut devenir esprit de compétition ou culte de soi, la volonté d’harmonie peut basculer dans la haine, l’amour peut devenir conflit, et la sagesse peut se transformer en folie. Nos quatre âmes doivent être équilibrées entre elles, mais également à l’intérieur de chacune d’elles.

 

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Esprit Unique : Esprit du Soleil Droit

Cet Esprit unique issu de nos quatre âmes, qui est notre « vrai moi », est appelé nahohi mitama (l’esprit du soleil droit).   C’est le kami intérieur présent en chacun de nous, esprit-enfant du kami créateur de l’univers.

Bien que souvent traduit par dieu ou divinité, le terme kami a plutôt le sens d’esprit. Dans la religion shinto, Les kamis sont les différents esprits qui ont créé le monde, mais ils sont aussi présents dans la nature, les animaux, les forces créatrices de l'univers, dans les esprits de personnes décédées. Motoori Norinaga a donné une définition du terme kami : « Tout être qui possède certaines qualités  éminentes sortant de l'ordinaire, ou qui est impressionnant de nature, est appelé Kami. » Un arbre majestueux peut donc être un kami, tout comme un superbe rocher ou une montagne, un couché de soleil, une rivière… Dans le Shinto Yamakage, il est dit que « le corps humain lui-même, dans son état naturel et pur est un kami. »

Cet état naturel et pur de notre corps est souvent oublié en raison de notre vie quotidienne, des sollicitations et préoccupations de la vie moderne. Pourtant, en chacun de nous existe toujours le kami intérieur, esprit-enfant du kami créateur de l’univers, pur et sage. Comme l’enfant intérieur (psychanalyse), la bouddhéité (bouddhisme), l’Esprit Saint (chrétienté) ou la lumière de l’inconscience (Arigato Zen), notre kami intérieur (shinto) reste souvent caché ou occulté, empêchant l’expression du Vrai-Moi, étouffé par le Moi-Ego.

 

La méditation Chinkon

Pour reprendre contact avec notre kami intérieur, le vrai-moi, le koshinto (shinto ancien) propose une forme de méditation appelée Chinkon (méditation à ne pas confondre avec les rites dont l’objet est d’apaiser l’âme d’un défunt) permettant la réunification du kami et de l’être humain.  Chinkon signifie « calmer l’âme », les kanji du mot Chinkon pouvant aussi se lire mitama shizume (apaisement de l’âme).  Cette forme de méditation est par définition très liée à la religion Shinto, mais elle possède de nombreux points communs avec beaucoup d’autres formes de méditation quelles que soient leur origine ou philosophie.

La méditation Chinkon permet de renouer le lien entre le Vrai-moi (pur) et le Moi-ego (monde relatif et conflictuel), permettant de ramener nos quatre âmes (shikon) désorganisées ou déséquilibrées vers un état de Un-Esprit (Ichi rei), serein et accompli. Pour cela, Chinkon permet de fixer notre âme errante et dispersée au niveau du hara (ou chufu, tanden, point situé sous notre nombril), centre du corps physique et centre de la conscience. La méditation permet de reprendre contact avec notre kami intérieur, de retrouver un « cœur-esprit pur et brillant », réunifiant le kami et l’être humain, l’esprit et le corps.

Oriibu, le 9 octobre 2017

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photos (c) oriibu 2013 (n'ayant pas de trouvé de photos illustrant le ichirei shikon, j'ai mis des photos du santuaire shinto Heitate, île de Kyushu, préfecture de Kumamoto)

 

Source principale :

  • Shinto, sagesse et pratique, Motohisa Yamakage, éditions Sully, 2012 (publié en anglais sous le titre « The Essence of Shinto, Japan’s Spiritual Heart, édition Kodansha  International, 2006).

Autres sources :

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16 juillet 2017

Eviter touts pensées perverses pour atteindre le Vide (Go Rin No Sho)

 

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Dans le premier chapitre du Traité des Cinq Roues (Go Rin No Sho), Miyamoto Musashi donne neuf règles (1) à appliquer pour ceux qui veulent apprendre sa stratégie. La première règle est :

Eviter toutes pensées perverses

Ce précepte est assez déroutant car, même si tout le monde se doute que la perversion n’a pas sa place dans le cheminement sur une Voie, quelle qu’elle soit, nous pouvons nous interroger sur le sens que donne Miyamoto Musashi à ce mot.

En fait, cette phrase est extraite de la traduction du Go Rin No Sho faite par Maryse et Masumi Shibata en 1977, avec toutes les difficultés liées à l’interprétation d’un texte écrit en japonais ancien. Dans la traduction de ce texte faite par Kenji Tokitsu en 1988, le précepte devient :

Penser à ce qui n’est pas le mal

Dans les notes qui accompagnent son étude, Kenji Tokitsu précise qu’une autre traduction du texte originel (yokoshima ni naki koto o omou) est possible :

Penser à ce qui ne dévie pas de la voie

Les trois traductions données ne sont pas incompatibles, et je dirais même qu’elles sont complémentaires pour une bonne compréhension de ce qu’a voulu dire Miyamoto Musashi.

Alors quelles sont les pensées perverses qu’il faut éviter ? Quelles sont les mauvaises pensées ? Qu’est-ce qui risque de nous dévier de la Voie ?

Si tout le Traité des Cinq Roues nous donne les clés pour progresser sur la voie, la réponse à ces questions se trouvent de façon plus évidente dans le dernier chapitre, le Rouleau du Ciel, le plus court et le plus mystérieux. Sur le titre de ce chapitre lui-même, la traduction est double : Rouleau du Vide pour les Shibata, Rouleau du Ciel pour Kenji Tokitsu. Ce dernier explique que, dans le titre original (kû no maki), le terme kû a une signification très complexe : on peut le traduire par ciel, vide, espace, vacuité.

Au début du Go Rin No Sho, quand Musashi présente le chapitre Ciel, il explique qu’après avoir acquis le principe de la Voie, il devient possible de s’en éloigner, de se trouver libre de toute théorie ou technique : c’est la voie du Vide, la voie véritable.

Dans le Rouleau du Ciel, Musashi commence par expliquer ce qu’est le vide :

Connaître ce qui n’existe pas en connaissant ce qui existe

 Le vide est l’espace où il n’y a rien, le vide est ce qui ne peut être connu. Ca ne veut pas dire que ceux qui ne distinguent rien ou sont emplis de doutes face à une situation savent ce qu’est le vide !

Bien au contraire, il faut pratiquer sans relâche dans la Voie, mettre en pratique l’enseignement du matin au soir, sans égarer son esprit ou se relâcher. C’est cela ne pas avoir de pensées perverses, ne pas dévier de la voie.

Il faut polir son esprit et sa volonté, aiguiser les deux visions : savoir regarder et voir (2).

Il faut savoir que le véritable espace vide est là où les nuages d’incertitude

sont complètement dissipés

Le vide est la véritable Voie, il faut le comprendre en voyant les choses à partir de la voie directe de l’esprit, en se référant à la grande règle de ce monde. L’égoïsme et la mauvaise vue, les idées perverses, amènent à la trahison de la Voie véritable.

 Les idées perverses sont les pensées qui déforment notre vision et nous empêchent de penser le grand avec justesse et clarté. La perversité vient du mental qui génère les pensées, les émotions, les interprétations, les représentations qui déforment la réalité.

Parvenir au vide revient à apaiser et dominer le mental et faire taire le bavardage intérieur alimenté par les pensées et les émotions.  Réduire le fonctionnement du mental, voire le supprimer, est possible dans l’action ou dans la méditation.

Suspendre le mental par la pratique d’un art martial (la voie du sabre, pour Miyamoto Musashi) ou par la concentration de son attention sur la respiration (zazen) ou la répétition d’un mantra (Arigato zen) permet de chasser les nuages d’incertitude, de penser à ce qui n’est pas le mal et de ne pas dévier de la voie et ainsi de rencontrer le vide, la vacuité.

Dans le vide existe le bien et le mal n’existe pas.

Le savoir existe, le principe existe, la voie existe,

Et l’esprit, lui, est vacuité.

Le 16/07/2017

Oriibu

 

 

 

(1)    « Ceux qui veulent connaître ma tactique doivent obéir aux principes suivants selon lesquels ils peuvent pratiquer la Voie:

éviter toutes pensées perverses, se forger dans la Voie en pratiquant soi-même, et non par le jeu des idées, embrasser tous les arts, et non se borner à un seul, connaître la Voie de chaque métier, et non se borner à celui que l'on exerce soi-même, savoir distinguer les avantages et les inconvénients de chaque chose, en toutes choses s'habituer au jugement intuitif, connaître d'instinct ce que l'on ne voit pas, prêter attention aux moindres détails, ne rien faire d'inutile » (Go Rin No Sho, Rouleau de la Terre, Miyamoto Musashi)

 

(2)    « Le regard doit être large et ample. Regarder et voir sont deux choses. Regardez puissamment, voyez doucement. Il faut regarder ce qui est lointain comme ce qui est proche, ce qui est proche comme ce qui est lointain » ( Go Rin No Sho, Rouleau de l’Eau, Miyamoto Musashi). Lire http://arigatozen.canalblog.com/archives/2017/04/12/35164724.html

 

 

Sources et références :

  • Traité des Cinq Roues, Miyamoto Musashi, 1645, traduction M. et M. Shibata, Albin Michel, Spiritualités vivantes, 1983
  • Miyamoto Musashi, maître de sabre japonais du XVIIe siècle, éditions DésIris, 1998
  • Enseignement de Musashi : de l’action efficace et de la sagesse,  Jacques Languirand et l'équipe de Par 4 chemins (Canada)

 

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06 novembre 2016

Le Yin Yang & les Cinq Eléments Une approche du Nihon Kendo Kata (1ère partie)

Préambule

 Le texte qui suit est le fruit d’une recherche personnelle sur le sens du Nihon Kendo Kata. Il ne prétend donc pas contenir une vérité absolue et indiscutable.

Le point de départ de cette recherche est la profession de foi du kendo : « la voie de la formation de l’Homme passe par la pratique de la loi du sabre ». Cette simple phrase ouvre de vastes horizons ! En pratiquant le sabre, en progressant dans notre technique, on se formerait donc  en tant qu’  Homme (avec un grand H, c'est-à-dire être humain, homme ou femme)?

Entre autres aspects de cette formation, j’ai découvert la notion de Yin Yang : opposition, complémentarité et engendrement de toute chose. Je vais donc essayer dans cette étude de relever les aspects Yin Yang du Nihon Kendo Kata, ainsi que ceux relevant de l’extension du Yin Yang que sont les Cinq Eléments (bois, feu, métal, eau, terre). Par conséquent, ce texte ne prétend aucunement aborder le Nihon Kendo Kata dans sa globalité, mais juste faire un focus sur un des nombreux enseignements que l’on peut recevoir de la pratique assidue des kata.

Je ne suis pas un grand maître en kendo ou en bouddhisme, alors je ne fais que m’inspirer d’enseignements directs ou bibliographiques. Toute approximation ou erreur d’interprétation serait bien sûr de ma seule responsabilité. J’espère juste faire découvrir à certains un aspect souvent méconnu du kendo, ouvrir à la réflexion et à la discussion.

Je serais heureux de recevoir toute remarque ou commentaire qui me permettrait d’en apprendre plus, d’amender ou corriger le texte.

 

Avertissement d’ordre orthographique : Les mots japonais utilisés dans le texte sont volontairement non conjugués : en effet un mot japonais n’a ni genre (masculin-féminin) ni nombre (pas de singulier ni de pluriel). Toute autre faute d’orthographe serait involontaire et ne demande qu’à être corrigée !

 

 

Contexte historique et philosophique

 Le Nihon Kendo Kata a été élaboré au début du 20ème siècle dans le but de synthétiser les kata des différentes écoles de kenjutsu, ceci afin de remédier à la dérive que connaissait déjà la pratique du kendo avec le shinai, à savoir la perte de relation entre le kendo et le sabre : posture incorrecte, mauvais tenouchi (contact des mains avec le sabre), mauvaise ligne de coupe (hasuji), perte de la notion de distance correcte (maai), etc.

Beaucoup de maîtres de kendo regrettent que le Nihon Kendo Kata ne soit trop souvent pratiqué que de façon anecdotique par les kendoka, sans vraiment y attacher d’importance, si ce n’est dans le seul but de passer des grades.

Or, dans les kata, il y a tout l’art du sabre transmis par des générations de kenshi (pratiquants du sabre) des différentes écoles de kenjutsu  qui se sont développées depuis le début de l’ère Tokugawa (1603-1867). A l’origine, les kata de kenjutsu, issus de l’expérience de combats réels, permettaient d’apprendre et de maîtriser par la répétition des gestes (esprit, technique, corps) les techniques permettant, le moment venu, de remporter la victoire en tuant son adversaire.

Mais progressivement, sous l’influence du bouddhisme, le sabre est passé de l’état d’outil pour tuer à celui d’outil pour conforter la vie. Pour illustrer cette transition, citons Hayashizaki Kansuke  : « Même si votre ennemi est un être très mauvais, ne dégainez pas votre sabre, ou laissez votre ennemi le dégainer. Ne pourfendez pas et ne soyez pas pourfendu. Aidez-le à se transformer en quelqu’un de bien ».

Dans cette citation, l’auteur ne perd toutefois pas le sens des réalités, puisqu’il la termine par : « S’il n’obtempère cependant pas, alors envoyez-le dans l’autre monde ». Mais tuer son adversaire est la pire des solutions, celle qui demandera une forte pénitence pour avoir enlever la vie à un être vivant, car pour les Bouddhistes toutes les créatures sont égales. Pour notre survie, nous devons prendre la force vitale d’autres êtres vivants (en combat au sabre, ou en mangeant un bon magret de canard), mais nous devons en avoir conscience et en être repentant. « Envoyer dans l’autre monde » est donc à éviter, et c’est la situation du premier kata de kendo, les deux suivants nous proposant, on le verra, une autre solution.  D’un point de vue bouddhiste, transformer quelqu’un de mauvais en quelqu’un de bien est la seule vraie victoire.

Comment peut-on transformer quelqu’un de mauvais en quelqu’un de bien ? Dans l’esprit occidental, judéo-chrétien, le bien et le mal sont deux notions opposées et figées : on est bon ou mauvais, ange ou démon, chacun dans son camp ! D’un point de vue japonais, il n’y a pas cette dichotomie : tout est Yin Yang (In Yo en japonais).


 

Le Yin Yang (In Yo)

 

Principe du Yin Yang

 Le principe de Yin Yang, issu du taoïsme il y a plus de 3000 ans, a été introduit au Japon par le Bouddhisme venu de la Chine à partir du 5ème siècle, et y a facilement trouvé écho dans une société où la notion de musubi (lien entre tous les éléments)  était déjà le concept majeur de la religion séculaire, le Shinto.

Dans la philosophie chinoise et japonaise, le yin et le yang sont les deux formes de l’énergie universelle (Qi  en chinois, Ki en japonais). Elles sont complémentaires, on les retrouve dans tous les aspects de la vie et de l'univers : complémentarité plutôt que dualité.

 

YIN

 

YANG

 

 

Clipboard02

 

Noir

 

blanc

Nuit

 

Jour

Nord

 

Sud

Gauche

 

Droite

Féminin

 

Masculin

Lune

 

Soleil

Terre

 

Ciel

Sombre

 

Clair

Froid

 

Chaleur

Hiver

 

Été

Petit

 

Grand

Pair

 

impair

Passif

 

Actif

Négatif

 

Positif

Vide

 

Plein

Introversion

 

Extraversion

Inspiration

 

Expiration

Souplesse

 

Dureté

Le bas du corps

 

Le haut du corps

Le ventre

 

Le dos

Etc

 

etc.

 Le tableau ci-dessus présente ce qui est Yin et ce qui est Yang, mais il ne les oppose pas, car dans toute chose il y a du Yin et du Yang.  C’est ce que signifie le symbole du Yin Yang : dans la zone noire (Yin) il y a un point blanc (Yang), dans la zone blanche (Yang), il y a un point noir (Yin). Tout élément masculin comporte une part de féminin, et vice-versa.

 

yinyang-evolution

Ces graines de Yin dans le Yang et de Yang dans le Yin germent et grossissent jusqu’à remplacer le Yin par le Yang et le Yang par le Yin. Et le Yin devenu Yang possède à son tour une graine de Yin, et réciproquement… Ce mouvement perpétuel, cette interaction entre ces deux forces  crée le mouvement, le Ki, l'énergie.

Les forces Yin et Yang sont totalement interdépendantes : l’une ne peut pas exister sans l’autre, elles sont totalement complémentaires. On parle d’harmonie du Yin et du Yang.

L’interaction entre le Yin et le Yang peut se définir ainsi :

  • Une relation d'opposition : le noir s’oppose au blanc, la chaleur s'oppose au froid, le sec s'oppose à l'humide, l'externe s'oppose à l'interne, le travail s'oppose au repos, l'activité s'oppose à l'inertie.
  • Une relation d'interdépendance : l'un ne se conçoit pas sans l'autre ; l'excès ou la déficience d'un des deux entraîne des conséquences sur l'autre et un déséquilibre de l'ensemble. L’ombre n’existe que grâce à la lumière.
  • Une relation d'engendrement et de mutation de l'un en l'autre : quand le Yin croît, le Yang décroît, quand le Yang croît, le Yin décroît. Le Yin et le Yang s'équilibrent mutuellement. Le jour fait place à la nuit, l’inspiration vient après l’expiration.
  • Une subdivision possible en sous-éléments Yin et Yang : une énergie peut être Yang dans une circonstance donnée, mais Yin dans une autre situation. La lumière d’une bougie est Yang la nuit, Yin le jour.

Penser en « bien » ou « mal » de façon dichotomique, comme le fait la pensée occidentale,  n’a pas de sens si on raisonne en termes de Yin et Yang :  « vouloir le bien sans le mal, la raison sans le tort, l’ordre sans le désordre, c’est montrer qu’on ne comprend rien aux lois de l’univers ; c’est rêver un ciel sans terre, un yang sans yin, le positif sans le négatif... »

Selon le principe du Yin et du Yang, il n’y a pas cette dualité entre le bien et le mal : ce qui est bien pour l’un peut être mal pour l’autre, mais surtout un bien peut devenir un mal et un mal devenir un bien. Il n’y a pas d’immuabilité des situations, il n’y a rien qui soit absolu, tout est réversible. Partant de là, le principe du Yin Yang permet à tout le monde de s’améliorer, sans abdiquer et rejeter la responsabilité de son inaction sur les autres, sur la nature ou sur le monde.

 

Yin Yang et Kendo

 

Attitude

En kendo, la position de notre corps, Tatsu (debout) Shizentai (position naturelle), est Yin Yang : le haut du corps (Yang) doit être relâché (Yin), et le bas du corps (Yin) doit être fort (Yang). N’est-ce pas ce qu’on nous enseigne sans relâche : mettre la force dans nos hanches et la souplesse dans nos épaules ?

La position Migi Shizentai (position naturelle, pied droit en avant) ajoute une autre composante Yin Yang : la jambe droite est Yin (jambe non tendue, sans force, plat du pied posé avec légèreté sur le sol), la jambe gauche est Yang (jambe tendue sans excès, orteils ancrés sur le sol, talon légèrement décollé prêt à se détendre comme un ressort au moment où les hanches lancent le corps en avant).

 

Déplacements

Nos déplacements sont également Yin Yang, comme l’a écrit Miyamoto Musashi dans le Gorin no Sho : « Que ce soit au moment de pourfendre, au moment de se reculer, même au moment d'intercepter, les deux jambes doivent être actives: droite-gauche, droite-gauche, c'est-à-dire "Yin" et "Yang". J'insiste encore une fois sur le fait qu'il ne faut jamais actionner qu'une seule jambe. »

Là aussi, rien de nouveau sous le soleil du kendoka : les déplacements sont fondamentaux, les « deux jambes doivent être actives » quel que soit le type de déplacement. C’est la première chose qu’apprend un débutant en kendo : se déplacer correctement. Et c’est ce qu’apprend toute sa vie un kendoka : se déplacer correctement !

En okuri ashi (pas glissé sans croiser les pieds), le pied avant glisse d’abord sur le sol souplement (Yin) puis le pied arrière reprend sa position rapidement, fortement (Yang).  En ayumi ashi (pas glissé en croisant les pieds), il me semble voir du Yin dans le départ du pied avant, du Yang dans le croisement des pieds et un retour au Yin à la fin du pas qui n’est rien d’autre que l’équivalent du Yin de départ, seul le pied ayant changé.

Mais attention, que ce soit en okuri ashi, ayumiashi ou tout autre type de déplacement, le Yin Yang est dans le déplacement, pas dans les pieds. Le Yin et le Yang des déplacements n’est possible qu’avec une attitude correcte.

Le Nihon Kendo Kata permet de progresser dans les déplacements, d’en comprendre l’importance dans le combat que ce soit pour le maai (distance avec l’adversaire) ou le ki ken tai no ichi (union de l’énergie, du sabre et du corps) au moment de la coupe.

En kendo avec shinai, le fumikomi ashi (déplacement avec frappe du pied avant) est utilisé au moment de la coupe et est souvent considéré comme indispensable pour exprimer le ki ken tai no ichi. C’est faux ! Certes, le fumikomi permet d’exprimer avec force (Yang) la composante « ki » du ki ken tai, mais ce n’en est pas la seule possibilité. En fait, on peut considérer le fumikomi comme une extension d’okuri ashi, et si l’on considère l’aspect Yin Yang de ces déplacements, le principe est le même, la frappe du pied du fumikomi représentant l’instant où le côté Yin bascule en Yang.

 

Respiration

Du côté de la respiration,  on est fort dans l’expiration (Yang) et faible dans l’inspiration (Yin). C’est pourquoi  chaque kata doit se faire en 2 respirations :

Inspiration

Yin

Faible

Inspiration quand on est en migi shizentai à 9 pas tout en prenant la garde du kata.

 

Expiration

Yang

Fort

Expiration lente dans les 3 pas d’avancée jusqu’au « clash » des ki.

Uchitachi attaque en expiration avec fort kiai « Yaaah »

Shitachi  engage la technique appropriée et riposte en expiration avec fort kiai « Toooh »

Expiration lente jusqu’au retour en ai-chudan

 

Inspiration

Yin

Faible

Inspiration des 2 combattants au moment où les pointes des sabres s’abaissent.

 

Expiration

Yang

Fort

Lente expiration lors du retour de chacun à son point de départ

Evidemment, ce principe Yin (faible) dans l’inspiration et Yang (fort) dans l’expiration est ce qu’on nous enseigne sans le nommer en kendo au shinai : toute attaque se fait dans l’expiration, quand on est au plus fort, et si possible dans l’inspiration de l’adversaire, au moment où il est faible. Pour avoir une garde forte, en dehors de tout autre paramètre, on doit être en expiration dès qu’on est en  issoku itto no maai (distance d’une attaque en un pas), et ne surtout pas reprendre sa respiration dans ce moment là (ou du moins ne pas le montrer !) pour éviter d’offrir à l’adversaire une magnifique opportunité d’attaque dans un instant de faiblesse (Yin) au moment où lui est fort (Yang).

 

Attaque et défense : Ken Tai Ichi

 Dans The Kendo Reader, Noma Hisashi évoque la notion de Ken Tai Ichi, expression dans laquelle Ken signifie Attaque et Tai veut dire Défense. Ken Tai Ichi peut se traduire par « union de l’attaque et de la defense » ou « Attaque et Défense en Un », ce qui peut s’expliquer par « défense dans l’attaque et attaque dans la défense ». Noma Hisashi écrit qu’il faut que notre corps soit Ken (attaquant) pour provoquer une réaction de l’adversaire, et notre sabre doit être Tai (défensif, dans l’attente) pour le persuader d’attaquer et  pouvoir contre-attaquer correctement.

Le Ken Tai s’entend aussi d’un point de vue corps-esprit : l’esprit conserve une attitude Tai (défense) et le corps une attitude Ken (attaque), ce qui incite l’adversaire à faire le premier mouvement qui permettra de trouver l’ouverture qui permet d’attaquer et de gagner. Mais on peut aussi inverser le Ken Tai : un esprit offensif (Ken) et une attitude défensive (Tai) incitera l’adversaire à attaquer le premier et permettra de contre-attaquer efficacement.

Cela rejoint les propos de Miyamoto Musashi  dans le Go Rin No Sho: « Même si le corps est en position tranquille l'esprit, lui, ne doit pas demeurer tranquille. Même si le corps agit très rapidement, l'esprit, quant à lui, ne doit pas du tout agir rapidement. L'esprit ne suit pas le corps et le corps ne suit pas l'esprit. »

Ken Tai Ichi (Attaque et Défense en Un) contient la notion de Yin et Yang, comme cela est enseigné en Itto Ryu :

« Dans la nature, il n’existe pas un côté tout Yang ou tout Yin. Au bout du Yang émerge le  Yin. Dans les différentes postures, il y a celles qui sont Yin et celles qui sont Yang, attaquer est Yang et parer est Yin. Les gardes Onken, Jodan et Inhonken [NDLR : gardes pratiquées en Itto Ryu] sont Yang. Quand j'essaie de frapper l'adversaire, je regarde la couleur de son épée et réagis en conséquence, ne  pas uniquement essayer d'initier le premier coup est ce qu’on appelle prendre une position appelée Tai. Provoquer l’adversaire pour qu’il fasse le premier mouvement et réagir en conséquence. Lorsque vous avancez dans l’intention de faire la première attaque dans une attitude uniquement Yang, sans  Yin, vous vous retrouverez en grande difficulté face à un adversaire fort. Donc, essayez de combiner les attitudes Yang et Yin pendant le combat. » (Itto Ryu Densho)

Pour Noma Hisashi, les gardes gedan, seigan (chudan modifié pour pointer vers l’œil gauche de l’adversaire), shinken (position intermédiaire entre chudan et gedan) sont des gardes Yin. Ce sont par nature des gardes d’attente (Tai) qui nécessitent d’être contrebalancées par une attitude offensive (Ken).  Le Yang contenu dans le Yin doit permettre à tout moment de profiter d’une faiblesse dans l’attaque de l’adversaire et de le battre.  Le Yin et le Yang se complètent mutuellement pour atteindre la victoire.

Yin et Yang, Ken et Tai : Dans l’attaque il doit y avoir de la défense, dans la défense il doit y avoir de l’attaque. Le Nihon Kendo Kata nous enseigne ce principe fondamental pour notre compréhension du kendo, la Voie du Sabre.

 

Les 3 premiers kata de kendo : opposition, interdépendance et engendrement

 Les trois premiers kata de kendo ne sont pas qu’un simple enchaînement de techniques qu’il faut connaître pour passer le 1er dan, ils ont un sens philosophique très précis qu’il serait regrettable d’ignorer.

Au début de chacun d’eux, uchitachi est Yang : lumineux, sûr de lui, c’est lui qui prend l’initiative du combat. D’ailleurs, traditionnellement, c’est lui le plus expérimenté en kendo. C’est lui le meneur, le professeur du kata. S’il n’est pas Yang, s’il n’est pas grand, mâle, actif, le kata n’aura aucun sens, car c’est à lui d’insuffler l’énergie au combat.

Shitachi, pour sa part, est Yin. Calme, il répond à la menace de son adversaire mais ne prend pas l’initiative. En fait, il doit être dans un esprit Ken Tai Ichi : son attitude est Yin (défensive), mais son esprit doit être Yang (offensif). Dans les trois pas qui le rapprochent de son adversaire, son Yang grandit jusqu’au moment où les deux ki se rencontrent, quand la distance est réduite à « un pas/une attaque » (issoku ito no maai).

L’attaque franche et sûre d’uchitachi ne rencontre que le vide car shitachi esquive la coupe ou l’estoc : c’est l’instant même où les Yin et Yang des deux adversaires s’équilibrent, juste avant de s’inverser. Shitachi devient Yang et remporte le combat face à uchitachi devenu Yin.

Evidemment, cette présentation du scénario est assez simpliste, mais elle présente comment les kata de kendo sont une expression globale du Yin et du Yang (opposition, interdépendance, engendrement et équilibre).

Un autre aspect philosophique ou spirituel des trois premiers kata de kendo est l’évolution des attaques et ripostes, symbolisant l’évolution de l’esprit humain tel qu’il devrait être. Et en y regardant de plus près, il s’agit d’un véritable enseignement…

Dans le premier kata, uchitachi cherche à tuer et shitachi le tue… C’est le premier niveau de la pensée : « Tuer ou être tué pour ce en quoi en croit est juste ».  Chacun des deux combattants pense agir selon son bon droit ou sa bonne cause, et le résultat est la mort d’un des deux protagonistes. Dans l’attitude zanshin exprimée par shitachi après avoir vaincu uchitachi d’un coup de sabre sur le crâne, et donc de l’avoir tué, il y a non seulement une attitude de forte attention, mais aussi l’expression d’un sentiment de compassion face à l’être tué.

Dans le deuxième kata, les deux protagonistes ont progressé sur la voie et ont appris qu’aussi juste soit la cause que l’on défend, il est préférable d’épargner la vie. Uchitachi est toujours à l’initiative de l’attaque, mais en choisissant de faire kote (coupe du poignet),  il cherche à vaincre son adversaire tout en l’épargnant. C’est finalement shitachi qui remporte le combat en se contentant de blesser son adversaire, lui épargnant la vie. 

Enfin, dans le troisième kata, uchitachi cherche à transpercer et c’est finalement shitachi qui se trouve en situation de le transpercer. Le sabre de shitachi pointé entre ses deux yeux, capable de le tuer au moindre mouvement, uchitachi se trouve sur le fil de la mort et comprend instantanément le sens et la valeur de la vie. Il préfère garder la vie et shitachi décide de la lui laisser pleinement, car lui aussi connaît le sens et la valeur de la vie : épargner la vie est une façon de s’aider et d’aider son ennemi à progresser sur la voie.

Vu sous cet angle, l’enseignement des trois premiers kata de kendo est donc un cheminement sur la voie, faisant passer le kendoka de l’envie de tuer à celle de blesser puis à celle d’épargner. La voie du sabre rejoint ici l’enseignement du bouddhisme qui recherche le développement de la compassion.

 

 

 

 

[... à suivre]

 

Sources et bibliographie

  • Nippon Kendo Kata , Considerations for Instruction, Professor Sakudo Masao (Osaka University of Health and Sport Science), 2011.
  • Kendo and Kata : its relationship with Humanity and Buddhism, John Howell, 2010 .
  • Nihon kendo no kata & kihon bokuto waza, Stephen D. Quillian, Kingston Kendo Club, juillet 2011.
  • The Kendo Reader; Noma Hisashi, 1939. 
  • Vertus martiales, leçons de courage, de sagesse et de compassion des plus illustres guerriers d’Orient et d’Occident, Dr Charles Hackney, Budo Editions, 2011.
  • Gorin no Sho (Traité des Cinq Roues), Miyamoto Musashi, 1645.
  • De l’intérêt du Kendo no Kata, Olivier de Lataillade, 2011.
  • Le principe yin-yang : il figure les deux grandes forces de l’univers : clair-obscur, négatif-positif, mâle-femelle, Daojida, mai 2001, Buddhaline.

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03 juillet 2016

Shoshin : Etre libre de toute pensée encombrante

Parmi les enseignements qui nous viennent du bouddhisme japonais, il y en a un qui est particulièrement intéressant et résonne comme une grande voie de progrès de notre société…

Il s’agit de Shoshin, terme japonais que l’on traduit généralement par « esprit du débutant » et  concept très connu et utilisé dans le bouddhisme zen et dans les arts martiaux. Personnellement, je pense que sa portée va bien au-delà de ces deux domaines.

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Pour illustrer ce qu’est Shoshin, l’histoire de la tasse de thé qui déborde est souvent racontée :

Un célèbre maître de zen reçoit un jour la visite d'un homme qui déclare vouloir étudier avec lui. Le maître l'invite à boire le thé pendant que le visiteur lui expose son passé. Tandis que le maître sert  le thé, le visiteur soucieux de prouver à quel point il est avancé sur la voie  lui décrit son cheminement spirituel, ses découvertes, ses réflexions et nomme les maîtres qu'il a côtoyés.

Le maître l’écoute attentivement tout en continuant à verser la boisson dans la tasse qui finit par déborder, le thé s’écoulant tout autour. L’élève, étonné, choqué, s’écrit alors : "Mais que faites-vous?! Arrêtez de verser, ma tasse est déjà pleine!".

Et le maître lui répond calmement : "Comment voulez-vous qu'un enseignement pénètre votre esprit alors qu'il est déjà plein comme cette tasse?"

De façon imagée, le maître zen explique ici qu’on ne peut plus rien faire rentrer dans un esprit déjà plein… Effectivement, on peut avoir acquis plein de savoirs ou vécu de multiples et riches expériences mais, si on croit déjà tout savoir, si on croit déjà savoir à priori ce que va nous apporter l’enseignement, alors notre esprit est plein comme cette tasse de thé. 

Shunryu_Suzuki

C’est ce que veut dire Shunryu  Suzuki (1904-1971) à propos de la méditation : « Lorsque nous n’avons pas idée de ce que nous allons trouver dans la méditation, pas d’attente, nous sommes de vrais débutants. Alors nous pouvons réellement apprendre quelque chose. »  A contrario, si nous avons une idée préconçue de ce qu’est sensé nous apporter la méditation, ou si nous pensons que la méditation est un truc plus ou moins ésotérique qui ne sert à rien ou si au contraire nous croyons déjà tout connaître des bienfaits de celle-ci, il y a de grandes chances que nous n’apprenions rien car notre esprit encombré de pensées n’est pas disposé à recevoir un nouvel enseignement.

Est-ce à dire que nous sommes voués à ne jamais progresser puisque, par définition, plus nous progressons dans une voie, plus nous pratiquons et apprenons, moins nous sommes débutants ? Est-ce à dire que nous ne devons pas chercher à apprendre ou progresser pour rester éternellement débutant et donc avoir le bon esprit ? Bien sûr que non !  Il s’agit juste de garder l’esprit du débutant, cultiver cet état d’esprit spontané, ouvert, enthousiaste.

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De façon tout aussi imagée que l’histoire du bol de thé qui déborde, Takuan Soho (1573-1645) évoque Kannon la déesse aux mille bras :

« Si l’esprit s’arrête au bras qui tient un arc,

à quoi bon les neuf cent quatre-vingt-dix-neuf autres bras? »

TakuanSoho

Pour Takuan Soho, c’est parce que l’esprit ne se laisse pas retenir sur un seul aspect que tous les bras de Kannon trouvent leur raison d’être. On ne doit pas garder l’esprit fixé sur le bras qui tient l’arc, mais essayer de comprendre pourquoi il y a 999 autres bras. Et c’est important car, pour Takuan Soho, même si Kannon n’a qu’un seul corps, ses mille bras ont leur utilité. Seul celui qui a la sagesse immuable peut comprend le sens de ce message.

Takuhan Soho précise sa pensée : si l’on se tient face à un arbre et que l’on regarde précisément une feuille rouge, on n’en voit pas les milliers d’autres, tandis que si l’esprit n’est pas encombré de pensées, le nombre de feuilles que l’on voit est illimité. Pour parvenir à cet état d’esprit, il faut quitter le domaine du débutant et cheminer sur la voie de la sagesse immuable, pour un jour retomber au niveau du débutant, dans un état où l’intellect perd sa fonction et « l’homme se retrouve Sans-Esprit-Sans-Pensée ».

Passer de l’état d’esprit du débutant à l’état du Sans-Esprit-Sans-Pensée, de « l’ignorance et l’affliction du début » à la « sagesse immuable » qui ne font plus qu’un, ne se fait pas au moyen d’une simple compréhension ou démarche intellectuelle : cela nécessite un entraînement technique. Takuan Soho dit :

« La technique et le principe sont les deux roues d’une même charrette »

S’entraîner à la technique sans chercher la sagesse, ou chercher à atteindre la sagesse sans effort, voilà les deux erreurs à ne pas commettre. Pendant l’entraînement, que ce soit à un art martial ou à la méditation, il faut « chercher l’esprit perdu » avant de pouvoir « perdre l’esprit ».

« Chercher l’esprit perdu »

Chercher l’esprit perdu, c’est le ramener en permanence à nous, ne pas le laisser divaguer, se laisser souiller et arrêter par nos actes ou des influences externes.  Comme pour le lotus qui s’épanouit dans la boue, l’entraînement nous permet de nous épanouir et de progresser malgré (ou grâce à) la boue.

« Perdre l’esprit »

Et alors, quand notre esprit aura réussi à vaincre la boue, ne pas rester prisonnier de celle-ci, comme le cristal qui ne s’altère pas même s’il est jetée dans la boue, nous pourrons « perdre l’esprit », c'est-à-dire le laisser aller, ne pas le retenir prisonnier de certitudes ou d’habitudes faciles.

C’est à ce moment là que nous pourrons être Sans-Esprit-Sans-Pensée, comme un débutant… la sagesse immuable en plus, comme l’épouvantail du poème du moine bouddhiste Bukkoku (1256-1316) :

Bien que de toute évidence

Il ne puisse monter la garde

Dans les petits champs de montagne

L’épouvantail

N’est pas là en vain

épouvantail

Pour en arriver là, il faut garder Shoshin, l’esprit du débutant, tout au long de l’entraînement, curieux, enthousiaste, modeste et ouvert. Pour Takuan Soho, celui qui dés le début n’a aucune sagesse n’en aura jamais et ne trouvera pas sa voie, tandis que celui qui prétend dès le début tout savoir « laisse échapper la sagesse du haut de son crâne et semble bien ridicule».

 

Sources :

  • Fudoo-chi Shinmyoo Roku (Le Récit Mystérieux de la Sagesse Immuable), dans « L’Esprit Indomptable, écrits d’un maître zen à un maître de sabre », Takuan Soho, Budo Editions, 2007.
  • Esprit zen, esprit neuf, Shunryu  Suzuki, 1970, éditions du Seuil, 1977.

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07 mars 2016

Fudo Myoo : la Sagesse Immuable

Quand on visite les temples bouddhistes au Japon, on rencontre parfois un personnage qui attire le regard du néophyte tant son aspect est loin de l’image de paix et de compassion qu’on s’attend à trouver dans de tels lieux…

Fudo Myoo, temple Shinsho-ji, Narita-san (2010)

 

Fudo Myoo, temple Shinsho-ji

Pour quelqu’un ayant une culture judéo-chrétienne, ce personnage ressemblerait plus à un diable qu’à un dieu ! Que fait-il dans un temple, parmi les bouddhas et Kannon, déesse de la compassion ? Son air est menaçant, voire franchement en colère, avec ses yeux courroucés, son front plissé et sa bouche fermée dans un rictus laissant voir ses canines pointues. Entouré de flammes rappelant plus l’enfer qu’un coin du feu douillet, il est menaçant et semble prêt à combattre, armé d’une épée et tenant fermement une corde munie d’anneaux métalliques…

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Pourtant, Fudo Myoo (c’est son nom) symbolise la « Sagesse immuable ». Etonnant non ?

On comprend facilement que les dieux guerriers qui entourent la porte d’entrée du temple ont l’air méchant, puisque leur rôle est de protéger le lieu sacré. Mais Fudo Myoo… Pourquoi ?

Pour comprendre l’aspect de Fudo Myoo, il faut connaître la symbolique qui l’entoure :

  • Fudo Myoo se tient assis sur un rocher, signe de force, fermeté et détermination inébranlable.
  • Les flammes qui l’entourent lui donnent une impression de force et représentent la destruction de la colère et des passions.
  • Le sabre qu’il tient dans la main droite lui permet de pourfendre l’ignorance et de tuer les démons. Kurikara (le nom du sabre) pointe vers le haut, reliant la terre au ciel, et lui permet d’affronter tout obstacle.
  • La corde qu’il tient dans la main gauche lui permet d’attraper et d’immobiliser les mauvaises pensées en ligotant tout ennemi qui s’opposerait à l’éveil. C’est le symbole de la concentration.
  • Le lotus à huit pétales qui surmonte sa tête représente l’éveil et exprime la compassion.
  • La canine droite pointe vers le haut, symbolisant le ciel et l’esprit, tandis que la canine gauche pointe vers le bas, en direction de la terre et de la matière, symbolisant l’union du corps et de l’esprit. Ces canines permettent de briser tout obstacle.
  • Son œil gauche est mi- clôt, le droit est ouvert, permettant l’entrée dans le suprême véhicule afin d’atteindre la bouddhéité.
  • Sa bouche est fermée, détruisant le souffle du samsara (cycle des existences conditionnées successives, soumises à la souffrance, à l'attachement et à l'ignorance).

Comme quoi, il ne faut jamais s’arrêter à la première impression mais essayer de comprendre un peu les choses !  En fait, Fudo Myoo est le plus important des cinq grands rois protecteurs de Bouddha. Il est un Vidyārāja, terme sanskrit signifiant Roi de connaissances ou du savoir, un de ces rois dont le rôle est de protéger le bouddhisme. Particulièrement vénéré par le bouddhisme Shingon, il l’est aussi dans les autres écoles bouddhiques au Japon : Tendai, Rinzai, etc.

Il est intéressant de savoir que Fudo Myoo, aussi appelé Acala l'immuable ou Acalanātha le maître immuable, a de nombreux traits communs avec Shiva, dieu Hindou de la destruction, de l'illusion et de l'ignorance dans le but de la création d'un monde nouveau. Ce n’est pas complètement étonnant, quand on se rappelle que le bouddhisme Japonais vient de l’Inde via la Chine, d’où l’influence de la culture hindoue. On le retrouve donc en Inde où il s’appelle Acala Vidyārāja et en Chine sous le nom  de Búdòng míngwáng. Il semblerait même que Fudo Myoo et les quatre autres « rois protecteurs » seraient des dieux hindous convertis au bouddhisme!

kurikara1

Le sabre que tient Fudo Myoo s’appelle Kurikara, épée à double tranchant, et on trouve souvent une  représentation différente de cette divinité : un « sabre dragon » appelé Kurikara Fudo : un dragon s’enroulant autour du sabre. Fudo Myoo aurait eu à se battre contre un démon, mais l’issue du combat était incertaine… Le démon se transforma en sabre et Fudo Myoo prit la forme d’un dragon, s’enroulant autour du sabre et le détruisant par le feu. Là aussi, le lien avec l’Inde est évident : Kurikara vient de Kulika, Roi Serpent hindou…

kurikara2

Au Japon, le temple Shingon Shinsho-ji (nouveau temple de la victoire, aussi appelé Narita-san, montagne de Narita) est particulièrement consacré à Fudo Myoo. Il fut créé en 940, après une victoire attribuée à la présence d’une image de Fudo Miyoo apportée au combat par un prêtre  qui l’aurait préalablement utilisée pendant 3 semaines de Goma, rituel purificateur par le feu spécifique du bouddhisme ésotérique Shingon. Le Goma, pendant lequel est prié Fudo Miyoo, purifie l’Esprit en permettant de détruire grâce au feu et au mantra récité les énergies négatives, les pensées et des désirs néfastes et les obstacles en général.

 

shinsho-ji

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En France, il existe un temple Shingon, Komyo-In (temple de la Lumière pour la Vie, situé en Bourgogne), consacré lui aussi à Fudo Myoo. Fondé en 1989 par Yukaï sensei, moine Bouddhiste Shingon Français, il faut noter qu’en ce lieu se tient également le seul sanctuaire Shinto d’Europe : Wako Jinja.

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Maintenez l’esprit comme si vous vous trouviez

en face des mâchoires d’un tigre (Suzuki Shôsan)

 

Suzuki Shôsan (1579-1655), samurai devenu moine Zen qui influença très fortement la société Japonaise et notamment celle des samurais à l’époque où leur art du sabre basculait d’une seule technique de l’art du combat (recherchant avant tout l’efficacité) à une voie de sagesse (imprégnée de Bouddhisme mais aussi de Shinto et de Confucianisme), se réfère ainsi à Fudo Myoo :

« L’exercice de la Voie du Bouddha consiste à mettre en pratique l’énergie de la grande fermeté

des deux divinités de Diamant et du Génie immobile. C’est tout. »

Dans cette citation, le Génie immobile est Fudo Myoo, et les divinités de Diamant sont les deux rois qui gardent l’entrée des temples. Ils sont tout aussi avenants que Fudo Myoo ! Pour Suzuki Shôsan, il faut recevoir la force de ces trois rois pour détruire les pêchés et les passions. C’est l’unique loi du Bouddha qui permet de détruire corps et esprit en les assaillant de cette énergie. Serrer les poings, fixer les yeux, grincer des dents… pour maintenir la tension, c’est le ressort indispensable pour pratiquer l’énergie et la concentration du Zen.

« On ne peut vaincre les passions sans avoir reçu ce ressort »

Cette approche du Zen, préconisant une pratique « virile, courageuse et ferme » était parfaitement adaptée à l’esprit guerrier des samurais de cette époque.

  

Inébranlable signifie que rien ne retient (Takuan Soho)

 Takuan Soho (1573-1645), est un célèbre moine bouddhiste affilié au Zen Rinzai. Bien que fils de samurai, il n’a jamais été un guerrier et entra très tôt dans un monastère bouddhiste avant de mener la rude vie de moine itinérant. On dit que ne possédant qu’un seul vêtement, il devait rester nu quand il le lavait… A 38 ans, il devint le Moine Principal du Daitoku-ji, un des plus importants monastères de Kyoto. Mais, fidèle à l’Empereur et refusant de faire allégeance au Shogun, il dut partir en exil de 1629 à 1632, avant d’être réhabilité par le nouveau Shogun Tokugawa Iemitsu dont il devint l’ami, tout comme il l’était de l’Empereur déchu Go-Mizunoo. Il refusa de reprendre la tête du monastère Daitoku-ji et de se mêler des querelles politiques entre le Shogun et l’Empereur, préférant se consacrer à la calligraphie, la peinture, la poésie et l’écriture.

C’est justement dans un de ses textes,  Fudoo-chi Shinmyoo Roku (traduit par  Le Récit Mystérieux de la Sagesse Immuable dans le livre L’Esprit Indomptable), que Takuan Soho nous donne la clé de l’aspect agressif de Fudo Myoo :

« Il se tient fermement campé, prêt à défaire les esprits malins

 qui barreraient le chemin le chemin de la loi bouddhique ».

Takuan Soho explique que, rien qu’en voyant Fudo Myoo, l’homme ordinaire prend peur et n’envisage pas une seconde de s’opposer au bouddhisme ! Par contre, l’homme qui est près de l’éveil comprend que Fudo Myoo incarne la sagesse immuable : c’est un esprit immuable et un corps inébranlable :

« Inébranlable signifie que rien ne retient ».

Rien ne le retient veut dire, dans un sens premier, que Fudo Myoo est prêt à tout casser pour protéger le bouddhisme… mais surtout, explique Takuan Soho, cela veut dire qu’il peut porter son regard sur quelque chose sans que son esprit ne s’y arrête. Ceci évite à l’esprit de porter un jugement, et donc de s’en trouver prisonnier.

Ce texte de Takuan Soho est destiné au samurai Yagyu Munemori (1571-1646), fondateur de l’école de sabre Yagyū Shinkage-ryū, et il a pour but de faire le lien entre l’escrime et le Zen. Si lors d’une attaque par 10 adversaires l’esprit du samurai s’arrête sur le premier attaquant, la mort arrivera dès la seconde attaque… Alors que si son esprit ne s’arrête sur aucune attaque, l’action appropriée à chacune d’elle arrivera naturellement. Evidemment, cette situation de combat peut être extrapolée à toute situation de la vie, et c’est là que l’enseignement de Takuan Soho prend tout son sens.

 Ne pas arrêter son esprit sur une attaque, c’est avoir l’esprit du débutant. Celui-ci ne connait pas les postures ou les gardes du sabre, son esprit est libre et il saura comment parer naturellement une attaque. Celui qui apprend la technique du sabre sera prisonnier de ce qu’il étudie et son esprit sera encombré, s’arrêtant sur tel ou tel aspect, se sentant mal à l’aise pour attaquer ou se défendre. Ce n’est que bien plus tard, après un long temps d’entraînement et d’expérience, que son esprit retrouvera la liberté et qu’il sera comme au premier jour, comme un simple débutant, libre de toute pensée encombrante sur la manière de tenir son sabre ou de positionner son corps :

« L’ignorance et l’affliction du début,

le lieu permanent et la sagesse immuable qui viennent plus tard ne font plus qu’un »

                                                                                                                                   

 

 Liberté parfaite : le samurai ne doit pas plus désirer détruire l’adversaire qu’il ne doit avoir peur d’être détruit par lui (Minoru Kiyota)

Trois cent cinquante ans après l’écriture de Fudoo-chi Shinmyoo Roku par Takuan Sho, Minoru Kiyota (Docteur en Philosophie, Président des Etudes du Bouddhisme à l’Université de Wisconsin-Madison, Enseignant de Kendo) en fait l’analyse dans son livre  Kendo, its Philosophy, History and Means to Personnal Growth  (édité en 1984) en expliquant le titre même du texte:

  • Fudo est une divinité bouddhiste symbolisant l’immuabilité,
  • chi (prajna) signifie sagesse permettant de percevoir l’absence de soi-propre et le vide.
  • Fudo-chi fait donc référence à une sagesse qui n’est pas perturbée par des éléments extérieurs. C’est ce qui est connu sous le terme Japonais « Mushin » (parfois traduit par non-pensée).
  • Le deuxième mot du titre est Shinmyoo (saddharma), faisant référence à une énergie synergique issue de l'intégration de l'esprit de corps.
  • Quant au troisième mot, Roku, cela veut simplement dire manuel, mode d’emploi.

Fudoo-chi Shinmyo Roku est donc un manuel expliquant comment la non-pensée provenant d’une énergie synergique issue de l’intégration corps-esprit peut servir à un escrimeur ! Le texte a pour but de décrire la mise en œuvre de la connaissance de ce qu’est le non-attachement aux sollicitations externes. Là encore, l’extrapolation à toute situation de la vie est évidente…

Minoru Kiyota  analyse le texte de Takuan Soho en y voyant cinq thèmes :

1)      Illusion : l’illusion est l’attachement à l’attaquant, privant de toute liberté et empêchant toute spontanéité.

2)      Sagesse immuable : c’est la destruction de l’illusion. Comme Fudo Myoo au regard perçant et grâce à ses armes et à son aura de feu, il faut détruite l’illusion. Sans le Fudoo-chi, le mushin, le non-esprit, impossible de vaincre plusieurs adversaires. Paradoxalement, l’immuabilité permet l’action : seul l’esprit non encombré par l’extérieur peut produire une action instantanée et efficace, dans « un intervalle qui ne laisse pas passer le moindre cheveu » comme le dit Takuan Soho.

3)      Liberté de mouvement : l’esprit ne doit être fixé sur aucun point de l’adversaire, ni son sabre, ni les mouvements de son corps, ni la volonté de le sabrer. Cela ne veut pas dire que toute fonction mentale doit s’arrêter, car l’adversaire en profiterait pour attaquer ! Cela veut dire qu’il faut que le corps et l’esprit doivent ne faire qu’un, être parfaitement intégrés.

4)      L’esprit authentique versus l’esprit dans l’erreur: Honshin est l’esprit authentique, libre de toute influence externe, Moshin est l’esprit qui se fait des idées, prisonnier de l’extérieur, empêchant toute spontanéité.

5)      L’esprit de non-attachement : synonyme de sagesse, mushin (non-pensée), esprit indestructible. Quand nous marchons, notre esprit ne s’attache pas à nos jambes, sinon cela perturberait nos pas. L’esprit qui est libre de tout attachement sur un point précis permet une spontanéité qui est une parfaite liberté.

Ainsi, l’esprit qui est libéré de toute obsession d’un point particulier produit un état mental d’engagement maximal que le texte de Takuan Soho traduit par une « liberté totale ». Cela veut dire que le samurai ne doit pas se soucier ni de son adversaire ni du sabre de ce dernier, pas plus qu’il ne doit désirer détruire l’adversaire ou avoir peur d’être détruit par lui.  C’est cela que nous enseigne Fudo Myoo.

  

Le corps comme un rocher  (Myamoto Musashi)

Miyamoto Musashi (1584-1645), célèbre samurai contemporain de Suzuki Sohan et de Takuan Soho (qu’il aurait rencontré et qui l’aurait fortement influencé dans son cheminement philosophique), ne cite pas directement Fudo Myoo, mais il fait abondamment référence à cette notion d’immuabilité. Dans son Go Rin No Sho (traité des 5 roues). Bien qu’il prenne soin de préciser en introduction qu’il ne fait aucun emprunt au bouddhisme et qu’il n’a aucun maître ni modèle, son Traité est imprégné de la philosophie bouddhiste qui bouillonne à cette époque.

La troisième partie du Traité des Cinq Roues s’intitule Rouleau du Feu car c’est par l’image du feu que Miyamoto Musashi conçoit la bataille dans son école de sabre Nitten Ichi Ryu : « le feu symbolise l’esprit flamboyant, qu’il soit petit ou grand ». Il précise que ce qu’il écrit dans ce texte fait référence à une situation d’urgence et qu’il faut s’entraîner sans relâche et se familiariser avec ces situations afin que l’esprit devienne réellement immuable. Le Rouleau du Feu donne toute une série de conseils stratégiques sur le combat (choix du lieu, prise d’initiative, maintenir la pression, connaitre le rythme du combat, devenir l’adversaire, etc) et termine par avoir « le corps d’un roc ». Et il précise que «  celui qui maîtrise la voie de la stratégie ne recevra jamais aucun coup de sabre et rien ne pourra le faire bouger ».

Le feu, le roc… comment ne pas penser à Fudo Myoo ? D’ailleurs, Miyamoto Musashi précise dans un autre de ses écrits (Trente Cinq Instructions sur la Stratégie) que « le corps d’un roc est un esprit puissant et grand qui ne bouge nullement », c'est-à-dire Immuable, intouchable…

 

 

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Fudo Myoo est donc le symbole de l’immuabilité que doit avoir notre esprit en toute situation. Son aspect guerrier, menaçant, est la représentation de sa volonté sans faille face à ce qui pourrait l’écarter de la voie du bouddhisme. Le samurai doit avoir ce même état d’esprit face à l’adversaire, tout comme le Général face à l’armée ennemie. Pas de panique, pas d’improvisation hasardeuse, mais être prêt, avoir l’esprit libéré…  Vaincre les passions, comme le dit Suzuki Shôsan, ne pas arrêter son esprit sur un point particulier et conserver l’esprit du débutant, comme le préconise Takuan Soho, avoir le corps d’un roc, comme conseille Miyamoto Musashi, c’est détruire l’illusion et approcher du non-esprit, mushin, comme l’écrit Minoru Kiyota, 350 ans après les trois illustres philosophes qui le précèdent.

Fudo Myoo est donc l’image d’un enseignement fondamental pour les pratiquants d’escrime Japonaise (les kenshis pratiquant le kendo mais, on l’espère, également les pratiquants d’autres arts martiaux), les Bouddhistes et tous ceux qui sont engagés dans la voie de la méditation : immuabilité de l’Esprit.

C’est sûr, si vous ne connaissiez pas Fudo Myoo et si vous avez lu cet article jusqu’au bout, vous ne le verrez plus sous le mêm aspect !

 

Le 7 mars 2016,

Oriibu

Photos (c) Oriibu

Sources et références :

  • Roankyo, Susuki Soshan, publié en français sous le titre Zen et Samouraï, traduction de M. et M. Shibata, Albin Michel, Spiritualités vivantes, 1994
  • L’Esprit Indomptable, Ecrits d’un maître de Zen à un maître de sabre, Takuan Soho, traduction de William Scott Wilson et Josette Nickels-Grolier, BUDO Editions, 2001.
  • Go Rin No Sho, Traité des Cinq Roues, Miyamoto Musashi, 1645, traduction M. et M. Shibata, Albin Michel, Spiritualités vivantes, 1983.
  • Miyamoto Musashi, Maître de Sabre Japonais du XVIIe Siècle, Kenji Tokitsu, éditions DésIris, 1998.
  • Kendo: Its Philosophy, History and Means to Personal Growth, Minoru Kyota, Kegan Paul International, 1995

 

 

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18 août 2015

Chronique d'un bout du film Shokuzai, ou : « Le kendo peut-il être utile à la piscine ? »

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La question peut paraître étrange ou saugrenue, mais elle ne l’est pas tant que ça quand on connaît le profil moyen du pratiquant de kendo : est-ce que l’art du sabre peut être utile, un jour, à la piscine ?

Sous-entendu : est-ce que des centaines ou des milliers d’heures de pratique du sabre (fusse-t-il en bambou), de cris et de sueur peuvent un jour servir à quelque chose à la piscine ? Parce que c’est bien connu : quand on rate un entraînement de kendo, c’est parce qu’on a piscine.

Question quasi existentielle qui pourrait provoquer un débat houleux entre kendokas lors du debriefing d’un entraînement, plus couramment appelé biru geiko (entrainement à la bière).

On aura beau cherché, on ne trouvera pas la réponse dans l’Hagakure ou le Go Rin No Sho, ni dans Kendo The Definitive Guide. Ni dans Star Wars ou Karate Kid, le Secret des Poignards Volants ou Panique à Tokyo (film qui n’existe pas mais où, dans mon imaginaire, joue Steven Seagal).

Alors où ?

affiche-shokuzai

Et bien dans Shokuzai Episode 2.

Là, je suis obligé de faire une digression pour resituer le contexte. Que ceux que cela n’intéresse pas aillent reprendre une bière et reviennent dans cinq minutes. Je serai rapide.

Shokusai est un film en cinq épisodes racontant le destin tragique de quatre gamines Japonaises qui ont aperçu le visage de l’assassin d’une de leurs amies, mais n’ont jamais pu le décrire. La mère de la petite fille violée et assassinée déclare alors aux fillettes qu’elles devront expier leur silence, les rendant complices involontaires de la mort de sa fille. D’où le titre du film « Shokusai » que l’on peut traduire par « pénitence ».

Jusqu’ici, me diriez-vous, rien à voir avec le kendo (non, le pervers ne faisait pas de kendo…)

Mais c’est là que ça devient intéressant, enfin dans le second épisode de la série, car une des quatre fillettes, Maki, est devenue institutrice et pratique le kendo. Elle est même très douée dans la voie du sabre.

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Et c’est là que ça devient très très intéressant, et qu’enfin on va savoir si le kendo peut être utile à la piscine…  En effet, alors que Maki accompagne un beau jour ses élèves à un cours de natation sous la houlette d’un professeur de gym qui en pince pour elle, un énergumène (qui ne semble pas avoir le gaz à tous les étages) fait irruption un couteau à la main, terrorisant à juste titre tous les enfants qui sautent à l’eau pour échapper au fou furieux. Le problème, c’est que le prof de gym n’écoutant que son courage (qu’il a bien faible) fait de même : il saute dans l’eau pour se planquer.

Croyez-vous que Maki prit le maquis ? Non : je vous rappelle qu’elle fait du kendo. Alors elle se saisit d’un manche à balai qui traîne par là et se met en garde face au débile au couteau. Et là : seme, zanshin, kamae, ki ken tai et paf… kote men (demandez à votre ami qui fait du kendo de vous  expliquer, vous en aurez pour des plombes). Le mal-pensant lâche alors son couteau, et re-paf : men, men et re-men (c'est-à-dire coup, coup et re-coup sur la tête).

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Bref, vous l’avez compris : Maki a maté foufou. Inutile de vous dire qu’elle a alors été considérée comme une héroïne par les parents d’élèves et la hiérarchie de son école, et vous vous dîtes que tout est bien qui finit bien.

Et bien non. Car le monde n’est pas si simple… Jalousie, médisance, mesquinerie ont aussi cours dans une petite école japonaise… La rumeur s’installe alors dans la petite communauté : Maki a certes désarmé le foldingue, mais elle en aurait rajouté… Elle se serait acharnée sur lui plus que nécessaire, le frappant avec violence alors que le danger était déjà écarté. D’ailleurs, ne dit-on pas que lors d’un combat de kendo elle se serait défoulée plus que de raison sur une adversaire plus faible qu’elle ? (toute ressemblance avec un personnage existant serait bien sûr fortuite) Ne serait-elle donc pas un danger pour ses élèves ?

Alors, après la réunion où elle a reçu moult félicitations, la voici convoquée à une nouvelle réunion avec les parents d’élève pour s’expliquer sur sa violence… Et là, elle s’excuse, mais elle avoue… ben oui, elle n’a pas attaqué le foutrax pour défendre les enfants, mais juste pour se défouler, pour laisser s’extérioriser tout ce qu’elle retenait en elle depuis ce fameux jour où son amie a été assassinée…

Et elle démissionne.

Mais ce n’est pas fini, car le prof de gym qui s’était jeté dans la piscine en voyant le fou au couteau (au lieu d’à minima essayer de protéger les enfants dont il avait la responsabilité), devenu à moitié zombi à force de déshonneur, arrive et colle une droite à Maki.

Elle tombe à terre, se cogne violemment le crâne et meurt en essayant de décrire dans un dernier souffle le visage de l’assassin de son amie. Mais elle n’y arrive pas…

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Bref, pour en revenir à la question initiale, on voit bien que le kendo peut servir à la piscine ! A la condition sine qua non, toutefois, de trouver un manche à balai au moment opportun. Certes.

N’empêche que l’action de Maki, action quasi réflexe suite à des heures et des heures d’entraînement, a permis de neutraliser un fou furieux qui s’attaquait à des enfants. On peut toujours chipoter et dire qu’elle n’aurait pas dû lui défoncer le crâne mais se contenter de lui faire lâcher son couteau… Mais merde, on n’est pas chez les bisounours.

Alors oui, le kendo peut servir à la piscine. Ca sert à ne pas se jeter à l’eau en pétant de trouille face à un adversaire.

Voilà, ma chronique est finie.

Le reste du film est très bien, et sincèrement je vous conseille de le voir.

Oriibu

 

Titre original : Shokuzai

Réalisé par Kiyoshi Kurosawa

Ecrit par Minato Kanae, Kiyoshi Kurosawa

Avec Kyôko Koizumi, Hazuki Kimura, Yû Aoi

Année : 2012

Pays : Japan

Durée : 270 min

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19 octobre 2014

Sanctuaire Shinto d'Heitate: une source Yin et Yang

 

Source Yin Yang (Heitate jinja)

C'est au sanctuaire shinto Heitate, situé sur l'île de Kyushu, préfecture de Kumamoto, que se trouve cette source In Yo (Yin Yang), où plus exactement ces deux source: l'une est In, l'autre est Yo. 

De chacune de ses sources, séparées de quelques mètres, un bambou prélève l'eau et l'envoit se jeter au sein d'une pierre creuse, où les deux eaux se mélangent. L'eau de chaque source a un goût différent, et le mélange des deux donne une eau pure et parfaite au pouvoir magique.

L'eau est d'une importance fondamentale pour la religion Shinto, comme pour le Bouddhisme Japonais. Elle fait partie des 5 éléments sur lesquels reposent toute la vie. Miyamoto Musashi, dans son livre Gorin no Sho ("traité des Cinq Roues") les reprend en cinq chapitres: Terre, Eau, Feu, Vent, Vide.

Voici comment il introduit le deuxième élément, l'eau:

« Il faut rendre notre esprit semblable à l'eau. L'eau prend la forme des récipients qui la contiennent, qu'ils soient carrés ou ronds. L'eau peut se réduire à une goutte ou atteindre la taille d'un océan. L'eau qui se trouve au fond des gouffres profonds a une couleur d'un vert pur. L’eau est incolore, mais elle est verte au plus profond d’un gouffre. L’eau représente la pureté, la même que devrait avoir notre esprit si on veut vaincre notre ennemi. Cela est vrai pour un combat individuel ou pour une bataille rangée, tout comme pour l’artiste qui peut créer une œuvre magnifique à partir d’un petit modèle.» 

Pour en revenir au sanctuaire Heitate (où rien ne dit que Miyamoto Musashi se soit rendu! Bien que cela soit probable, étant donné la proximité de Kumamoto où il vécut ses dernières années), celui-ci est un des plus anciens sanctuaires Shinto du Japon. Un peu méconnu par rapport à d'autres sanctuaires plus illustres, il est pourtant réputé comme possédant une énergie positive. Effectivement, le visiter est un enchantement et on ne peut rester insensible à la beauté des lieux et à l'énergie qui s'en dégage. Heitate Jinja, selon la mythologie Shinto, serait le lieu où est née la nature. Le sanctuaire est aussi réputé comme un endroit d'où l'on peut envoyer ses prières pour la paix dans le monde.

Le sanctuaire cache également 5 masques de couleurs différentes (noire, blanche, rouge, jaune et bleue) dont on ne connaît pas l'origine. Ces masques représentent les races originelles de l'humanité... et le mystère est total en ce qui concerne le masque de couleur bleue qui donne droit à de multiples théories (Lémuriens? Atlantide?).

Après avoir monté un grand escalier de pierre, on accède aux bâtiments du sanctuaire. Là, un prêtre shinto purifie les visiteurs qui pourront alors se promener dans le sanctuaire, en redescendant la colline et aller jusqu'à la fameuse source d'Higashimitarai.

La notion de Yin Yang (ou In Yo en japonais) est de nature bouddhiste, mais il existe un principe qui s'en rapproche grandement en Shinto: musubi (ire à ce sujet Musubi, naissance et devenir de toute chose). Bien qu'ayant peu d'information sur cette source, je suis persuadé qu'elle est un symbole de musubi. Boire l'eau de cette source apporte des birenfaits sur la santé et le moral... Et ça c'est magique!

 

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 Orribu

(photos (c) Oriibu 2013 )

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12 octobre 2014

Rapport historique entre le kendo et le Bouddhisme Zen (Zen et Kendo, 1ère partie)

 Pour bien comprendre pourquoi et comment l’art du sabre développé par les samurai et devenu le kendo aujourd’hui est imprégné de Bouddhisme Zen, il faut commencer par un rapide survol historique du Japon.

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Le Zen puise ses racines au plus profond du Bouddhisme, puisque son origine remonte aux prémices  du Bouddhisme indien (sermon du Bouddha Shākyamuni à ses disciples), avant un passage par la Chine et la Corée pour se répandre au Japon par vagues successives à partir du 6ème siècle. Ce passage par la Chine explique pourquoi on retrouve une forte influence du Taoïsme et du Confucianisme dans le Bouddhisme Japonais. En 592, le Bouddhisme fut déclaré religion officielle du Japon par la cour impériale, mais il n’élimina pas pour autant la religion séculaire du pays : le Shinto (la Voie des Dieux). Malgré une histoire parfois houleuse entre les deux courants religieux, ceux-ci finirent par cohabiter et les Japonais sont à la fois bouddhistes et shintoïstes, les deux religions ayant opéré parfois un syncrétisme entre elles ou en tous les cas s’influençant mutuellement fortement. Aux 14ème et 15ème siècles, la doctrine Zen (issue du Bouddhisme Chan Chinois) devint prépondérante au Japon, sous l’influence des shoguns de Kamakura et de Muromachi, et ce jusqu’à nos jours.

Il faut aussi noter que si en Occident le Zen est souvent exclusivement associé au Zen Sôtô (introduit en France par Taisen Deshimaru et aux Etats-Unis par Shunryu Suzuki Roshi), cette école est loin d’être la seule au Japon qui possède 13 écoles bouddhistes principales qui ont elle-même donné lieu à plus de 50 branches différentes auxquelles il faut rajouter des milliers de groupe religieux plus ou moins importants. Aujourd’hui, comme au 17ème siècle, parmi les écoles les plus influentes, on peut citer Tendai (école du Mont Tiantai), Shingon (école de la Parole vraie), Nichiren (Lotus du Soleil), Jōdo (école de la Terre pure), Jōdo shin (école de la véritable Terre pure), Yūzū nenbutsu (école de l'Attention Mutuelle au Bouddha), Ji (école de l'Heure), Rinzai (école du bonze chinois Linji),  Sōtō (école des bonzes chinois Caoshan Benji  et Dongshan Liangjie),  Ōbaku (école du mont Huangbo).

 

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Ce bref rappel de l’histoire du développement du Zen au Japon montre que celui-ci est à son apogée au moment où commence l’ère Edo (1600). Or c’est à cette époque que l’art du sabre, technique guerrière jusqu’ici développée dans l’unique but de gagner au combat en éliminant son ou ses adversaires, bascule vers une voie où le sabre deviendra progressivement un outil permettant de forger l’esprit et de créer une philosophie de vie bien spécifique.

En effet, pendant plus de deux siècles (1600 à 1868), la dynastie des shoguns Tokugawa va maintenir le Japon en paix en fermant les frontières à toute influence extérieure (enfin presque) et en maîtrisant les velléités belliqueuses éventuelles  des différents daymio (seigneurs) du pays.

C’était une paix assez relative mais les guerriers de l’époque, appelés bushi ou samurai,  se retrouvèrent sans vraie guerre à mener. Pour contrôler cette classe armée qui pouvait s’avérer dangereuse pour le nouveau pouvoir en place, tout comme elle pouvait lui être utile dans certaines occasions, les Tokugawa érigèrent les samouraïs en  classe supérieure de la société, devant celles des fermiers, des artisans et des commerçants.

Les samurai continuèrent alors sans relâche à perfectionner les différents arts du combat : parmi la quarantaine d’armes utilisées il y a l’arc, la lance, la main nue, le mousquet et tout ce qui peut servir à gagner un combat, mais parmi elles le sabre a toujours conservé une aura particulière. Ils s’ouvrent alors aussi à d’autres formes d’art (calligraphie, cérémonie du thé, poésie, peinture, etc.)

La fleur des fleurs est le bourgeon de la fleur du cerisier,

Le samouraï est l'homme parmi les hommes.

(proverbe japonais)

 

C’est ainsi qu’au 17ème siècle, pour donner un cadre et un sens à l’existence des samurai, se développe le code du  bushido (la voie du guerrier). Les prémices de ce code remontent en fait au 12ème siècle (shogunat de  Minamoto no Yoritomo), mais il est alors poussé à l’extrême en donnant de véritables règles très strictes sur la façon d’être des samurai, sur le sens de leur vie et de leur mort. Evidemment, ce code est empreint de la culture de l’époque, ce qui explique qu’on y retrouve des préceptes issus du Bouddhisme (approche de l’éveil, méditation), du Shinto (vénération des ancêtres, culte de la patrie et de l’Empereur) et du Confucianisme (rapports sociaux).

Le bushido est une somme de pensées et de préceptes dont les éléments ont été transmis oralement ou aux travers de textes émanant de maîtres de sabre ou de moines Bouddhistes.  De ces paroles et de ces écrits, on peut supposer que beaucoup ne nous sont pas parvenues, mais ils imprègnent encore de façon tangible la société japonaise et notamment l’esprit qui différencie les arts martiaux des simples sports. Parmi ces arts martiaux, le kendo, la voie du sabre, est sans doute celui qui est le descendant le plus direct de cet esprit même si en Occident, contrairement à d’autres arts martiaux, il ne revendique pas cette filiation.

 

Les grands maîtres Zen du Sabre

 

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Suzuki Shosan (1579-1655) fait partie de ceux qui ont fortement influencé l’évolution de la société japonaise de l’époque. Ancien samurai, ayant participé à la bataille de Sekigahara qui permit aux Tokugawa de prendre le pouvoir, il est devenu moine Zen en 1621 et a synthétisé son expérience des combats et celle de la contemplation Zen. Plusieurs écrits transmettent son enseignement, dont le Roankyo (1), recueil de sermons qui jettent les bases d’un « Zen de samurai », viril et sans concession.

Maintenez l’esprit comme si vous vous trouviez en face des mâchoires d’un tigre.

 

Par cette phrase, Suzuki Shosan indique que la voie de Bouddha est de se détacher de la vie-et-mort, en ayant en permanence « les yeux au moment du duel » permettant ce détachement. Il faut avoir « l’esprit de celui qui avance dans le champ de bataille » consistant à se résoudre à la mort :

« Souhaiter renaître dans la Terre pure d’Amida, en une vie prochaine, signifie abandonner ce sac de fécès (le corps) sans rien penser. Je ne connais aucune autre loi du Bouddha à étudier. »

Suzuki Shosan tire ainsi de son expérience au combat des principes qui lui permettront de créer son propre style de Zen, le Nio Zen, basé sur la méditation et l’exemple des « deux divinités de diamant » et du « génie immobile » (Fudo Myoo) qui sont une entrée de la loi de Bouddha. Ces divinités, rois-gardiens souvent présents à l’entrée des temples ont un aspect guerrier et Suzuki Shosan voit dans la mise en pratique de cette énergie et fermeté la seule loi de Bouddha, permettant de détruire corps et esprit. 

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Takuan Soho (1573-1645), lui, n’a jamais combattu avec un sabre, mais ce fut un moine qui  joua un rôle considérable dans la diffusion du Zen, et plus particulièrement dans la véritable fusion entre celui-ci et la technique du sabre (2). Il influença fortement les grands maîtres du sabre tels que Miyamoto Musashi  ou Yagyu Munenori (école Yagyū Shinkage-ryū) et Ono Tadaaki (école Itto-ryu) en livrant les clés permettant à l’art martial du sabre de passer de jutsu (technique) à do (voie). Calligraphe, peintre, poète, maître de l’art du thé et du jardin (il a inventé le radis chinois appelé Takuan), il avait un caractère bien trempé et une forte personnalité, devisant ou écrivant à d’éminentes personnalités telles que le shogun Tokugawa Iemitsu, le daimyo chrétien Kuroda Nagamasa,  le général Ishida Mitsunari ou l'empereur Go-Mizunoo.

« Rien n’est plus précieux que la vie. Et pourtant, au moment où nous devons laisser aller cette précieuse vie pour lui préférer la raison [gi, droiture], rien n’est plus estimable que la raison. »

 

Dans le Taiaki, les annales du sabre de Taia, il écrit :

« L’homme accompli utilise le sabre mais ne tue pas les autres. Il utilise le sabre et donne vie aux autres.

Lorsqu’il est nécessaire de tuer, il tue. Lorsqu’il est nécessaire de donner la vie, il donne la vie.

 Lorsqu’il tue, il le fait en restant totalement concentré ; lorsqu’il donne la vie, il le fait en restant totalement concentré. »

 Pour Takuan Soho, le vrai expert en sabre n’a pas besoin de sortir son arme pour « tuer » les autres, la simple peur de la confrontation suffit à en faire des hommes morts. Quand il sort son sabre, il donne vie à son adversaire en lui permettant d’agir, de bouger, de se défendre.  Et quand il tue ou laisse la vie sauve, il le fait en toute liberté, en totale concentration, dans un état méditatif accompli.

Miyamoto Musashi, Ichijoji, Kyoto, 2009

Miyamoto Musashi  (1584-1645) quant à lui est un samurai emblématique du Japon qui tua son premier adversaire en duel à  13 ans. De cet âge et jusqu’à 29 ans, il parcourut une bonne partie du   Japon dans un vrai musha shugyo (voyage initiatique) et fit plus de 60 combats individuels contre les meilleurs bretteurs qu’il battit tous, les laissant morts ou humiliés. Dans l’introduction du Go Rin no Sho (3), il écrivit :

« Mes victoires ne provenaient pas de la supériorité de ma tactique, mais plutôt de qualités innées chez moi grâce auxquelles je ne me suis pas écarté des meilleurs principes. Peut-être bien aussi que mes adversaires manquaient de tactique. »

A partir de ce moment là, il décida donc d’approfondir la « Voie de la tactique » en se forgeant « matin et soir ». Les 20 années de sa vie qui suivirent son assez peu connues, mais on sait qu’Il devint maître d’arme chez le seigneur Ogasawara à Akashi, essaya en vain de devenir celui du shogun, et participa aux batailles d’Osaka.

« Parvenu à la cinquantaine, l’unification avec la Voie de la tactique s’est faite d’elle-même en moi »

A 53 ans, en 1637, Musashi devint l’hôte du clan Ogasawara à Kokura avant de rejoindre le seigneur Hosokawa Tadatoshi à Kumamoto 3 ans plus tard, pour devenir maître d’arme après avoir défait en duel le titulaire du titre. Il est alors au sommet de la maîtrise de sa Voie, s’adonne à d’autres formes d’art (calligraphie, peinture, cérémonie du thé) et crée le Niten Ichi Ryu (4) « l'école des de ux ciels en un »), aboutissement de toute son expérience.

reproduction des bokuto de Miyamoto Musashi, Reigando, Kumamoto, 2013

« Il faut rendre notre esprit semblable à l'eau. L'eau prend la forme des récipients qui la contiennent, qu'ils soient carrés ou ronds. L'eau peut se réduire à une goutte ou atteindre la taille d'un océan. L'eau qui se trouve au fond des gouffres profonds a une couleur d'un vert pur. L’eau est incolore, mais elle est verte au plus profond d’un gouffre. L’eau représente la pureté, la même que devrait avoir notre esprit si on veut vaincre notre ennemi. Cela est vrai pour un combat individuel ou pour une bataille rangée, tout comme pour l’artiste qui peut créer une œuvre magnifique à partir d’un petit modèle.»

En 1643, âgé de 58 ans, Musashi se retira dans la grotte de Reigando (« grotte du roc-esprit ») pour pratiquer la méditation Zen. Il y mourut le 19 juin 1645, après avoir écrit le Go Rin no Sho. Ce livre est un trésor de réflexion et de philosophie. On peut le lire au premier degré, comme un traité de technique de sabre et de tactique, même si, comme le précise Musashi lui-même :

 

«  La simple lecture de ce livre ne saurait faire parvenir à la Voie de la tactique et il faut éviter d'en considérer le contenu comme un simple recueil de mots. Au contraire, il faut essayer d'adapter tout ce qui est dit à notre propre corps. Découvrez de vous-même ces théories en évitant l'imitation et le plagiat. Sans cesse réfléchissez selon votre corps. »

Mais on peut aussi le lire comme un traité philosophique ou d’efficacité à appliquer dans tous les domaines de la vie (art, vie sociale, philosophie, économie, art, etc.) sans jamais toucher un sabre. L’important est de « s’entraîner », et non en rester au simple jeu d’idées.

Contrairement à ses contemporains Suzuki Shosan et Takuan Soho, Miyamoto Musashi n’a pas été moine Bouddhiste, mais bien qu’il écrive ne faire aucun emprunt au Bouddhisme ou au Confucianisme ni s’inspirer d’aucun récit militaire ou traité de stratégie, son Go Rin no Sho peut clairement être rattaché à la culture bouillonnante de son époque, et donc à la pensée Zen (5), Shinto et Confucianiste. Musashi voulait probablement dire qu’il n’a été soumis à aucun courant de pensée en particulier et qu’il a créé lui-même sa philosophie.

 

 

Jocho Yamamoto

Jocho Yamamoto (1659-1719) est moins connu que les trois précédents mais, comme eux et des dizaines d’autres, il  n’en est pas moins un de ces personnages qui ont forgé la pensée des samurai de l’ère Edo, avec une influence toujours vivace dans le Japon d’aujourd’hui. Samurai fidèle du clan Nabeshima (château de Saga, Kyushu) jusqu’à l’âge de 42 ans, il rencontra deux personnes qui le marquèrent profondément : le moine Zen Tannen et le lettré Confucéen Ishida Ittei. Mais le tournant de sa vie eut lieu en 1700, quand il ne fut pas autorisé à se faire seppuku suite à la mort de son seigneur, en raison du refus du seigneur Nabeshima Mitsushige lui-même et d’un nouveau décret des Tokugawa interdisant cette pratique qui décimait les samurai de l’époque. Jocho Yamamoto se rasa alors la tête et devint moine Bouddhiste en allant se retirer en ermite à Kurotsuchibaru. C’est là qu’en 1716 fut écrit l’Hagakure (6) , compilation de ses pensées et enseignements. En fait, ce texte n’était pas destiné à être publié, mais c’est un de ces disciples qui transcrivit tout ce que son maître lui apprenait ! L’Hagakure fut réservé au clan seigneurial de Nabeshima et resta secret jusqu’au début de l’ère Meiji et la dissolution de la caste des samurai avant de n’être réellement diffusé au Japon que dans les années 1930. 

 «  J’ai découvert que la voie du samurai réside dans la mort »

Ainsi commence l’Hagakure, donnant le ton à toute la pensée de Jocho Yamamoto. Le samurai doit être prêt à mourir à tout moment, du moment que c’est pour une cause juste, c'est-à-dire principalement défendre son clan ou son honneur.

« Quand on possède valeur martiale et détermination, même la tête coupée, tout comme un esprit vengeur, on ne meurt pas »

Véritable concentré de bushido, l’Hagakure s’évertue à donner des règles à respecter pour les samurai de l’époque, en critiquant l’attitude de certains d’entre eux. Il est intéressant de noter que Jocho Yamamoto n’a probablement jamais combattu réellement, même si en qualité de samurai il a pratiqué sans relâche les arts martiaux. Etre prêt à la mort, être prêt à sacrifier sa vie, voilà le fondement de sa pensée.

« Si on se préparait auparavant mentalement à l’idée d’être trempé, on serait en fin de compte fort peu contrarié à l’arrivée de la pluie »

Recueil de pensées sans commentaires explicatifs, les préceptes énoncés ont une philosophie qui ne concerne pas que les samurai de cette époque :

« La meilleure attitude à avoir à l’égard de la parole, c’est de n’en pas user. […] Un nombre surprenant de gens se ridiculisent en parlant sans réfléchir et se déconsidèrent d’autant. »

 

(à suivre)

Oriibu

 


(1) Roankyo, Susuki Soshan, publié en français sous le titre Zen et Samouraï, traduction de M. et M. Shibata, Albin Michel, Spiritualités vivantes, 1994

(2) L’Esprit Indomptable, Ecrits d’un maître de Zen à un maître de sabre, Takuan Soho, traduction de William Scott Wilson et Josette Nickels-Grolier, BUDO Editions, 2001.

Ce livre reprend 3 textes de Takuan Soho :

  • Fudo Chi Shinmyo Roku (récit mystérieux de la sagesse immuable) écrit pour Yagyu Munemori , maître de l’école Yagyu Shinkage,
  • Rei Ro Shu (le son clair des joyaux).
  • Tai-A Ki  (annales du sabre de Taia), texte qu’il écrivit à Ono Tadaaki, maître de l’école de sabre Itto.

(3) Go Rin No Sho, Traité des Cinq Roues, Miyamoto Musashi, 1645, traduction M. et M. Shibata, Albin Michel, Spiritualités vivantes, 1983

(4) Aujourd’hui, le Niten Ichi Ryu existe toujours sous deux branches : Hyoho Niten Ichi Ryu (près de Fukuoka) et Noda Ha Niten Ichi Ryu (à Kumamoto).

(5) La structure même du Go Rin no Sho fait expressément référence au Zen via les titres des chapitres (Terre, Eau, Feu, Vent, Vide) qui sont la version Japonaise des cinq éléments du Taoïsme Chinois (métal, bois, eau, feu, terre) en rapport avec le Yin Yang et le Ki (énergie vitale). 

(6) Hagakure, le Livre secret des samouraïs, Jocho Yamamoto, traduction de M.F. Duvauchelle, Guy Trédaniel Editeur, 1990. Cette traduction ne reprend que onze volumes traitant explicitement du « devoir du samurai ». Noter que Jocho Yamamoto s’appelait Yamamoto Tsunetomo avant de devenir moine Bouddhiste.

traité cinq roues esprit indomptable zen et samourai hagakure

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30 août 2014

Samurai Rébellion

 

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Les deux samurais se font face. Leurs sabres sont encore dans les fourreaux, et la distance qui les sépare ne permettrait pas une attaque directe… pourtant le combat a commencé, un combat où chacun essaie de prendre le dessus sur l’autre par le simple pouvoir du ki, l’énergie. Les deux hommes sont en mouvement, ils tournent en rond sans jamais se quitter du regard. Leurs pas de côté sont lents, les pieds cherchant à chaque instant à deviner les obstacles du terrain, un champ fauché, que leurs yeux ne peuvent voir, définitivement rivés les uns dans les autres. Tout le combat entre Isaburo et Tatewaki se passe dans les déplacements calculés et dans la lueur des regards.

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Le duel s’intensifie quand les mains se portent à la garde des sabres… le mouvement s’accélère, la distance entre les duellistes diminue. Isaburo recule une fois sous la pression, puis une deuxième fois… et soudain les sabres jaillissent et s’entrechoquent. Tatewaki n’est pas étonné par la tactique d’Isaburo : « tu recules une fois, tu recules deux fois, mais tu ne renonces jamais ». Les deux hommes se connaissent et s’apprécient, mais aujourd’hui c’est un combat à mort entre eux.

On est au Japon en 1725, en pleine ère Edo, en pleine paix des Tokugawa pendant laquelle les samurais ont transformé leurs techniques de combat en véritable art. Il n’y a plus de guerre, mais la caste des bushis (guerriers) continue à perfectionner l’art du sabre. Malgré leur vie consacrée à l’entraînement guerrier, rares sont les samurais qui ont l’occasion de vraiment combattre. Mais ces deux là sont de vrais bretteurs expérimentés et leur estime réciproque, si ce n’est leur amitié, n’empêche pas que leur but commun est de gagner le combat et donc de tuer l’autre.

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Les sabres se frappent, glissent l’un contre l’autre, s’abattent là où était l’adversaire un centième de secondes auparavant… Les regards sont toujours brulants, et soudain Tatewaki charge vers Isaburo en coupant puissamment avec son katana, mais Isaburo esquive tout en avançant et tranche en diagonale, du bas vers le haut. Tatewaki s’arrête net puis s’écroule sur le sol.

« Je ne pouvais pas gagner… » souffle Tatewaki avec admiration à Isaburo avant de s’éteindre définitivement. Au-delà de la technique, dans laquelle Tatewaki était sans doute un cran au dessus, c’est l’esprit qui animait Isaburo qui lui a permis de gagner le combat.

Pour comprendre quel est cet esprit habitait Isaburo au moment du duel, qui se situe quasiment à la fin du film, il faut revenir au début de l’histoire.

 

On ne sert plus qu’à tester des sabres sur des poupées

Isaburo Sasahara, vassal d’un grand seigneur mène sa vie de façon un peu désabusée, entre une femme autoritaire et un rôle de Chef des écuries, sans doute honorifique mais peu exaltant. « On ne sert plus qu’à tester des sabres sur des poupées » lui dit d’ailleurs Tatewaki après la première scène du film, magnifique où, en effet, il a pour mission de tester une lame sur un épouvantail en paille.

 

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Je me suis sentie comme une robe blanche jetée dans la boue

Cette petite vie somme toute tranquille va être chamboulée quand le seigneur des lieux répudie sa concubine et oblige Yogoro, fils d’Isaburo, à épouser celle-ci. Elle s’appelle Ichi, belle et rebelle (oui je sais : facile !) et a giflé le seigneur et traîné par les cheveux la femme qui  l’avait remplacée auprès de lui après qu’elle lui ait donné un héritier. On le saura plus tard dans le film, ce n’est pas par amour déçu qu’Ichi a eu une telle réaction, mais plutôt par dépit d’avoir sacrifié sa vie pour un homme qui la répugnait : « je me suis sentie comme une robe blanche jetée dans la boue ».

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J’ignore quelles sont les vertus du sabre, mais il a fait de toi un esprit borné

 Les Sasahara essaient bien par tous les moyens de refuser ce mariage forcé, mais ils finissent par obéir à ce qui s’avère être un ordre non négociable du seigneur. Et finalement, ce mariage parti sous de bien sombres auspices s’avère devenir un mariage d’amour. Yogoro et Ichi s’aiment vraiment et sincèrement et donnent naissance à une petite fille : Tomi. Tout semble aller pour le mieux dans la maisonnée, à part peut-être la belle-mère d’Ichi, qui reste acariâtre.

Mais deux ans après ce mariage, coup de tonnerre : le seigneur veut récupérer Ichi auprès de lui, car le fils qu’il a eu d’elle est devenu prince héritier du fief… Et c’est là que tout bascule : Ichi, Yogoro et Isaburo disent « non »… Ils refusent de se soumettre. Malgré toutes les tentatives du reste du clan Sashara et du chambellan du seigneur pour obtenir un accord. Pour sauvegarder les apparences, sauver la face de chacun, il y a une recherche à tout prix d’un consensus permettant à Ichi de retourner au château seigneurial, peu importe qu’il soit sincère ou artificiel.

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Même s’il pleut du feu, je garde Ichi

La pression du clan pour le « oui » devient de plus en plus forte et menaçante, allant jusqu’à l’enlèvement par la ruse d’Ichi, mais le trio tient bon : « non » c’est « non ». Dans une scène terrible et sadique de pression morale, Ichi préfère finalement se suicider en s’empalant sur la pointe de la lance d’un gardien, sous les yeux de son mari Yogoro et de son beau-père Isaburo. C’est le début d’un combat désespéré où Yogoro laissera également sa vie tandis qu’Isaburo massacrera l’envoyé du seigneur et tous ses gardes.

Isaburo décide alors de partir avec la petite Tomi à Edo pour dénoncer auprès du Shogun les agissements de son seigneur. Et c’est là qu’intervient le duel avec Tatewaki, décrit en début de cet article. Moment fort, combat intense en ki (énergie) qu’on ne peut vraiment apprécier qu’en ayant bien compris toute l’histoire racontée jusqu’ici dans le film. Tatewaki qui se présente dans ce duel comme le défenseur respectueux du système a en fait un jeu beaucoup plus trouble… Il a en effet plusieurs fois, incidemment et discrètement influencé son ami Isaburo à ne plus plier l’échine… Mon interprétation personnelle est qu’il a encouragé son ami à se rebeller pour en arriver enfin à ce combat ultime, instant de vérité pour lequel tout samurai consacre son existence sans jamais avoir la chance de le connaître…

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Isaburo, vainqueur du duel sera finalement abattu par des balles de mousquet, non sans avoir chèrement défendu sa peau et laissé quelques cadavres sur le champ de bataille… Il meurt en appelant Tomi, sa petite fille, en s’excusant auprès d’elle d’avoir échoué et en la suppliant d’être comme sa mère et d’épouser un homme comme son père…

Un chef d’œuvre parfois injustement contesté et incompris

Ce film de Masaki Kobayashi est un chef d’œuvre ! Outre des décors magnifiques (le Japon du 18ème siècle, tel qu’on peut encore le voir au Japon dans de lieux respectueusement conservés), des images en noir et blanc superbes, des acteurs sublimes (Toshiro Mifune, Tatsuya Nakadai, Yoko Tsukasa), le scénario est très prenant et l’histoire passionnante. Certains critiques (professionnels ?) semblent penser que ce film est moins intéressant, voire inutile, après « Hara Kiri » du même réalisateur, tourné cinq ans plus tôt. Ils pensent que l’objet du film et son message sont identiques. Quelle erreur !

Evidemment, dans les deux films, il y a le refus d’un samurai de se plier à des règles qu’il juge injustes, stupides et abusives. Mais dans Hara Kiri, le samurai se rebelle sans illusion et sait très bien dès le début qu’il court à sa mort, tandis que dans Rébellion, il a l’espoir de changer la situation.

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Et dans Rebéllion, le jeu entre le vieux samurai (Isaburo), son fils (Yogoro), sa belle-fille (Ichi) et son ami (Tatewaki) est plein de subtilité, autant dans les paroles que dans les non dits ou les regards… C’est une autre histoire, toute aussi poignante et prenante, mais finalement le scénario de Rébellion s’avère plus subtil que celui d’Hara Kiri, même s’il est moins « impressionnant ».

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Pour certains, ce film serait également une critique de la société Japonaise de cette époque et du Bushido (la voie des guerriers) dans son ensemble… Que nenni ! Il s’agit d’une critique d’une certaine perversion du bushido… Les vrais samurais, ceux qui ont au plus profond de leur être intégré l’esprit du bushido, sont justement ceux qui se rebellent contre un système dévoyé qui s’éloigne de cet esprit. Le samurai qui se rebelle montre là un profond sens de ce qui est appelé « code de l’honneur » mais qui est bien plus une façon d’être, une philosophie de vie.

Evidemment, l’histoire et sa morale peuvent être transposées à notre époque : savoir se rebeller, dire non à une situation absurde et/ou injuste. Je ne parle pas de la rébellion de l’adolescent  qui a besoin de prendre son envol, du politicien qui retourne sa veste au gré de son propre intérêt ou de celui qui trouve injuste que tout ne lui tombe pas dans le bec comme par enchantement…  Non, il s’agit d’une rébellion contre une vraie injustice, une perversion, un abus de pouvoir… Et là, il y a souvent matière à dire « non » !

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Combat après une cuite

Pour en revenir au film Rébellion, on apprend au détour d’une interview de Tatsuya Nakadai que la scène du duel avec Toshiro Mifune a failli ne pas être tournée… parce qu’ils avaient tous deux un peu abusé du sake la veille au soir ! Voici donc le secret de l’intensité de leur regard !

Bon voilà, je ne suis pas critique de cinéma (je suis même particulièrement nul en connaissances cinématographiques !) mais, vous l’avez compris, j’ai aimé ce film et, tiens, je vais encore le regarder pour y découvrir, encore, de nouvelles subtilités.

 Oriibu

Trailer :  https://www.youtube.com/watch?v=ZzZmqsVs9V8

 Rébellion  (titre original : Samurai Rebellion), 1967, 128 minutes

Réalisation : Masaki Kobayashi

Avec Toshirō Mifune, Yōko Tsukasa, Tatsuyoshi Ehara, Tatsuya Nakadai

 

 

01 juin 2014

La tournée ARIGATO ZEN en France, Mai 2014: instants magiques!

Du 22 au 26 mai 2014, c’est plus de 150 personnes qui ont pu participer à l’une ou l’autre des cinq séances d’ARIGATO ZEN qui se sont déroulées en France ! De Paris à Biarritz en passant par Blois et Agen, Soho Machida a traversé l’hexagone, à la rencontre de ses paysages et de ses habitants, aussi variés les uns que les autres !

Voyage Arigato Zen, mai 2014: Paris, Blois, Agen, Biarritz

Soho Machida dans le jardin du Forum 104

A Paris, la première séance (le jeudi 22 mai) était réservée aux Japonais de la capitale et d’ailleurs.  Près de 40 Japonais de France répondirent à l’invitation à rencontrer Soho Machida et pratiquer ARIGATO ZEN, autant que de Français le lendemain, vendredi 23 mai ! La première séance eut lieu au studio  La Verrière (51 rue de Chabrol, Paris 10ème), et la seconde dans le cadre serein et empreint de spiritualité du Forum 104 (104 rue de Vaugirard, Paris 6ème). Si ces séances étaient organisées par l’association LE VENT qui s’occupa de l’intendance (location des salles, publicité, site internet, etc), l’aide d’Atsuko pour le 22 et de Sophie pour le 23 fut primordiale pour assurer le succès de ces premières séances d’ARIGATO ZEN dans la capitale. Succès qui laisse envisager une encore plus grande affluence lors des passages futurs de Soho Machida à Paris !

La longère du Carmel de Blois

 

Le samedi 24 mai, Soho Machida arriva à Blois, au Carmel de Molineuf, pour retrouver ce qu’on peut considérer comme le cœur d’ARIGATO ZEN en France puisque, depuis 2 ans, ce fut la quatrième séance  de Méditation par la Voix qui se tenait en ce lieu où nous accueille à chaque fois chaleureusement Sœur Myriam ! Parmi les 20 participants, les trois quarts connaissaient donc bien Soho Machida et ARIGATO ZEN, ce qui permit une séance de méditation intense !

Le dimanche 25 mai, après 550 km de route, Soho Machida assura ARIGATO ZEN au château de Saumont, près d’Agen, devant une vingtaine de participants. Ici, c’est l’association « les Amis de Nishinomiya » et sa très active Présidente Marie qui aida LE VENT à assurer la promotion de la séance et à trouver cette superbe salle dans un château chargé d’histoire et certainement d’esprits !

 

La côte de Biarritz

Et enfin, la dernière session eut lieu à Biarritz, où cette fois ce fut Yogalliance et sa dynamique enseignante Rose qui aida magistralement LE VENT à promouvoir ARIGATO ZEN : pas moins de 40 participants, pour la plupart pratiquants de yoga, découvrirent ainsi dans une grande salle de l’Auberge de jeunesse les bienfaits de la Méditation par la Voix de Soho Machida.

Soho Machida et son assistante Chisato Sakai ont ainsi découverts de nombreux paysages et aspects de notre pays et de ses habitants, avec intérêt, parfois étonnement et amusement ! Au gré du voyage, ils furent logés chez les uns ou les autres, se promenèrent en des lieux insolites et variés qu’ils visitèrent avec curiosité.  Par exemple, ce fut le cas d’un étonnant musée du moyen âge en Saintonge en plein air, trouvé par hasard au détour d’une aire d’autoroute ! Ou d’une chapelle perdue en pleine forêt des Landes dans le Lot et Garonne, un vieux château fort ou la magnifique côte basque à Biarritz… Emerveillement, recueillement et prières en ces endroits et bien d’autres,  chargés d’histoire, d’esprit et d’énergie, parfois négative et parfois positive.

Musée en plein air sur l'art du moyen-âge en Saintonge 

Chapelle de Gouts, Lot et Garonne

 

sur le Pont-Vieux, à Barbaste

Chacune des séances d’ARIGATO ZEN suivit la même structure, à savoir une première partie de présentation théorique permettant à chacun de comprendre sur quelles bases repose la Méditation par la Voix de Soho Machida, suivie d’une heure de pratique de la méditation avant le « debriefing » où chacun de ceux qui le souhaitent pourront partager la façon dont ils ont vécu cette expérience.

Présentation de l'Arigato Zen, Paris, 23 mai 2014

La présentation théorique de la Méditation par la Voix, si elle n’est en fait pas indispensable à la pratique, permet d’en comprendre l’objectif (fusion du corps et de l’esprit, création d’un canal  de communication entre l’inconscient et le conscient) tout en abordant les fondements spirituels, scientifiques et psychologiques de cette pratique et les bienfaits qui en découlent.

Arigato Zen au Forum 104, Paris, 23 mai 2014

Après une courte pause, le public devient alors acteur en se plaçant en cercle pour la méditation menée par Soho Machida.  Au centre du cercle, Chisato Sakai joue des bols de cristal dont les sons et vibrations viennent se mêler aux voix qui, selon les instructions de Soho Machida, dans une profonde et lente respiration abdominale murmurent ou chantent les syllabes du mot « Arigato » : A-Li-Ga-To-Ou. Nos pensées doivent se concentrer, toujours selon les instructions, sur notre enfant interne (ou Nature de Bouddah, ou Saint-Esprit, peu importe le nom qu’on lui donne) pour lui demander pardon et le remercier, ou sur nous-mêmes, notre famille, nos amis ou la Terre…  Pour la quatrième et dernière phase, c’est allongé dans la position  yoga du « corps-mort » que nous récitons arigato en nous concentrant sur notre futur qui devient ainsi réalité.

Arigato Zen au Carmel de Blois, 24 mai 2014

 

Arigato Zen à la Verrière, Paris, 22 mai 2014

Après avoir écouté une prière que chante Soho Machida en japonais, pour nous souhaiter bonheur et bonne santé, chacun doit se relever et reprendre pied dans la réalité. C’est le moment où l’on peut partager ce qu’on a vécu. Du simple bienfait physique à l’expérience plus cosmique, chacun aura vécu une expérience personnelle différente de son voisin.

Arigato Zen, château de Saumont, 25 mai 2014

Mais ce n’est pas fini, Soho Machida nous invite alors à nous tenir debout en cercle, la main droite sur le cœur et la main gauche posée dans le dos de notre voisin pour chanter à nouveau A-Li-Ga-To-Ou ensemble, les yeux fermés pour ressentir l’énergie émise par groupe.

Alors que tout le monde croit que la séance de méditation est terminée, Soho Machida réserve une dernière surprise : un peu de Yoga du rire ! En nous tenant par la main, par trois fois nous refermons le cercle en criant « arigato » avant de le rouvrir en reculant et en riant sans complexe ni retenue !

Arigato Zen à Biarritz, 26 Mai 2014

Et c’est dans les rires et les sourires que, le visage, le corps et l’esprit légers et détendus, nous réalisons que la séance est finie. Mais son effet bienfaiteur  fera encore longtemps sentir chez ceux qui l’ont pratiqué avec sincérité et honnêteté.

Le plus jeune pratiquant lors de ces 5 séances de Mai 2014 avait 12 ans, la doyenne avait 89 ans… Tous deux comme la plupart des participants ont un esprit ouvert et en ressortent avec une vision encore plus ouverte du monde et une connaissance du lien corps et esprit dont la fusion permet la créativité et le bien-être qui est tout à la fois  spirituel et physique (diminution du stress, de l’anxiété, amélioration de la respiration et de la circulation sanguine, action sur la production d’hormones cérébrales).

 

Merci à Soho Machida pour son enseignement ou, en japonais : arigato !

Soho Machida avec Yoko et Atsuko

Oriibu

 (article écrit pour http://sohozen.canalblog.com/ )

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22 novembre 2013

A Okinawa, la Statue de Prière pour la Paix: plus jamais de guerre

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 Sur l’îlke d’Okinawa, sur la colline de Mabuni, se trouve la « Statue de Prière pour la Paix d’Okinawa » incitant au recueillement et à la Paix.  Cette statue est l’œuvre de Shinzan Yamada qui, en 1957, alors qu’il avait 72 ans, décida de construire une statue dédiée à la Paix, « afin que les gens ne connaissent plus la guerre ». Il lui a fallu 18 ans pour réaliser son projet, parfois ralenti par la recherche de financement ou par suite d’accidents (chute des échafaudages). La statue, majestueuse et resplendissante de sérénité et de paix, mesure douze mètres de haut et pèse trois tonnes et demi, entièrement fabriquée selon la technique typique d’Okinawa connue sous le nom de laque « Ryuku Tsuikin » (mélange de pigments avec de la laque Urushi).

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 La statue ressemble à un Bouddha mais n’en est pas officiellement un, car la volonté de l’artiste comme celle des autorités d’Okinawa a été d’en faire un symbole universel pour la paix, sans distinction ni connotation religieuse. Elle ne se trouve donc pas dans un temple, mais dans un grand bâtiment à sept pans symbolisant les sept mers du Monde, au milieu du Parc Mémorial de la Paix.

Tout autour de la statue, une vingtaine de magnifiques tableaux de Nishimura Keiyu sont exposés sur le thème « Guerre et Paix ». 

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 Les visiteurs peuvent réaliser des origami de grues, symbole de paix.

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Ce Parc Mémorial de la Paix  a été établi sur la colline où eurent lieu les derniers combats du plus grand affrontement terrestre de la Guerre du Pacifique : la « bataille d’Okinawa » qui a fait plus de 250.000 morts… Bien que gagnée par l’armée US, la violence extrême des combats et la résistance acharnée et désespérée des Japonais, militaires et civils, sera probablement à l’origine de la terrible décision américaine d’utiliser l’arme atomique pour l’emporter sur le Japon…  Les 240.000 morts Japonais lors de cette bataille appelée « Typhon d’Acier » représentent 20% de la population de l’île, dont plus de la moitié étaient des civils, hommes, femmes et enfants morts dans des conditions atroces, que ce soit dans les combats, les bombardements ou par suicide individuels ou collectifs de peur d’être prisonniers…

Sur l’île d’Okinawa, le traumatisme de cette bataille est toujours palpable : l’archipel n’a été rétrocédé au Japon qu’en 1972 et des bases militaires américaines sont toujours présentes.

Traumatisés par la guerre, dans l’espoir de ne plus jamais en revoir les horreurs, les habitants d’Okinawa ont bâti en 1978 le « Okinawa Peace Hall » afin d’abriter la « Statue de Prière pour la Paix » et d’envoyer un message de paix universelle à destination de « toutes les races, nationalités, idéologies et religions » : plus jamais de guerre.

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A l’extérieur du bâtiment se trouve la « Cloche de la Paix », magnifique pièce de bronze sur laquelle est écrit :

«Calme les esprits des morts de la guerre. Promets une paix durable dans le monde. De la colline de Mabuni dans toutes les directions, résonne éternellement la Cloche de la Paix, dans les prières solennelles de tous les peuples ».

La statue d’un enfant rappelle que des milliers de jeunes filles et garçons sont morts dans cette bataille d’Okinawa. Elle fut érigée en 1982, grâce à une collecte de fonds réalisée par des écoliers de tout le Japon dans le but d’envoyer un message de paix au Monde entier. 

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(photos (c) Oriibu)

 

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10 novembre 2013

Amano Iwato: Là où Amaterasu, Déesse du Soleil, a de nouveau brillé sur la Terre

 

Il y a des lieux magiques sur la Terre… Et au Japon, c’est souvent dans les sanctuaires Shinto qu’on les trouve. Des lieux où l’on peut ressentir, au plus profond de son être, un sentiment de bien-être ou de sérénité,  un émerveillement presque enfantin, un esprit particulier qu’on ne trouve pas ailleurs…

La grotte Amano Yasukawara est un de ces endroits… Une simple grotte dans laquelle se trouve un modeste autel Shinto.

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Toute la surface de la grotte est recouverte de petits monticules de pierres empilées les unes sur les autres, ouvrages fragiles laissés par les visiteurs venus jusqu’ici. Il reste juste un petit chemin permettant d’accéder au torii de bois brut et à l’autel Shinto.

Ces ouvrages débordent même de la grotte et remontent sur les bords de la rivière Iwato et même sur les rochers au milieu du lit.

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 Ces témoignages du passage de l’homme sont en totale harmonie avec la nature, dans le plus grand respect de l’esprit du lieu.

Et Amano Yasukawara est un des plus  haut lieu de la mythologie Shinto, puisque c’est ici même que se sont réunis les Dieux (kami) dans le but d’élaborer une stratégie afin de faire sortir Amaterasu de la grotte dans laquelle elle s’était enfermée, de l’autre côté de la rivière…

Amaterasu, Déesse du Soleil, s’était en effet opposée  à Susano, Dieu des Tempêtes. Un peu frère et soeur, puisque lui est issu du nez d’Izanagi (kami mâle créateur de la Terre et père de nombreux kami engendrés par Izanami, kami femelle) tandis qu’elle est issue de son œil gauche, mais vraiment pas d’accord sur ce que doit devenir cette Terre…  Susano voulut s’unir à Amaterasu de force et celle-ci se protégea en allant s’enfermer dans une grotte (Ame no iwa ya), située sur le côté Est de la rivière. Ceci est un résumé un peu abrupte de l’histoire, mais toujours est-il qu’Amaterasu, kami du Soleil, enfermée dans une grotte qu’elle ferma d’une grosse pierre, la Terre se trouva plongée dans la plus grande obscurité et le chaos le plus total.

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Ama no Uzume, Déesse de la Gaieté (Takachiho jinja)

Les kami, forts dépités de la situation, se réunirent alors dans cette fameuse grotte Amano Yasukawara et établirent un plan pour faire revenir parmi eux la Déesse de l’astre lumineux : ils organisèrent une grande fête lors de laquelle Ama no Uzume, Déesse de la Gaieté, chanta et dansa. La danse devenant de plus en plus érotique, cela provoqua les acclamations grivoises des kami présents (ils étaient plusieurs millions !), ce qui ne manqua pas d’attirer la curiosité d’Amaterasu  qui entrouvrit sa cachette pour jeter un œil sur le spectacle. Elle entendit que les kami vantaient la beauté d’une superbe Déesse qu’elle aperçut en effet. Piquée par la curiosité, et un peu par la jalousie, elle sortit de la grotte pour s’approcher de cette belle créature et s’aperçut soudain que la beauté qu’elle voyait n’était rien d’autre que sa propre image reflétée dans un miroir !

 

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Tajikawaro (Amano Iwato jinja)

Découvrant la supercherie, elle voulut retourner dans sa cachette mais Tajikawaro, kami très fort, se saisit de l'énorme rocher qui la fermait et le jeta au loin. Tous les kami supplièrent alors Amaterasu de ne plus jamais se cacher et de continuer à briller sur la Terre, ce qu’elle accepta après avoir obtenu le bannissement de Susano du Royaume des Cieux (NB : il se racheta plus tard en offrant l’éper Kusanagi no Tsurugi à Amaterasu).

Cette histoire (honteusement résumée) explique l’importance du sanctuaire Amano Iwato dans lequel se trouve ces grottes, celle où s’est cachée Amaterasu (qu’on ne peut pas visiter) et celle dans laquelle les kami se sont réunis pour organiser la fête : Amano Yasukawara, haut lieu spirituel Shinto. L’histoire explique aussi l’importance fondamentale d’Amaterasu dans la religion Shinto dont un des principaux symboles est, depuis cette histoire, le miroir qui a permis de faire revenir la lumière sur la Terre.

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Le sanctuaire Ama no Iwato (ville de Takachiho, Miyazaki, Kyushu) est entièrement consacré à la Déesse du Soleil dont le nom complet est Amaterasu O mi kami : Auguste Divinité qui illumine le ciel. Quand on y arrive, on passe sous un grand torii et on chemine devant différents bâtiments religieux où figure en bonne place le miroir d’Amaterasu.

 

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Il faut s'éloigner de ces bâtiments et marcher une petite demi-heure le long de la rivière Iwato pour rejoindre la grotte Amano Yasukawara. La promenade est superbe.

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 En visitant ce lieu, en respirant cet air, on comprend pourquoi Amaterasu avait choisi cet endroit...

 

 

Oriibu

 (photos (c) Oriibu Avril 2013)

 

 

 

 

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04 novembre 2013

Mokuso?

 

Le bruit court qu’il ne faudrait plus dire « mokuso » lors des entraînements de kendo... On pourrait encore le faire, mais pas le dire ! Et on pourrait aussi ne le pas le faire… Au choix… Choix de qui ? Du sensei, de l’enseignant ? Du pratiquant ? De la Fédération ? Et pourquoi  ne plus dire « mokuso » ? Est-ce la  volonté de quelques pratiquants de kendo ou de la ZNKR ? Volonté d’effacer ce que certains pratiquants ne comprennent pas ? Ou considèrent que ça ne sert à rien ? Volonté d’éliminer une pratique issue d’une religion ? Pour ne pas choquer ? Pour lisser, aplanir, uniformiser, aseptiser ? A ce jour, aucune consigne officielle de la ZNKR ne semble être passée par le CNK jusqu’aux clubs, alors ce n’est peut-être qu’une fausse rumeur,  mais je pense que ce serait une erreur d’éliminer le terme et la pratique du « mokuso » lors de nos entraînements de kendo et iaido.

Oui, « mokuso » est issu du bouddhisme… Tout comme le kenjutsu est devenu kendo au contact du bouddhisme… (Je ne parle ici que du bouddhisme, mais il y a aussi le Shinto et le Confucianisme qui ont modelé l’art du sabre). Je suis persuadé que sans le bouddhisme Japonais, le kendo n’existerait pas et la technique du sabre Japonais serait tombée en désuétude, comme celle de l’escrime des chevaliers occidentaux.  Et pourtant, Dieu merci (si j’ose dire !), pas besoin d’être bouddhiste pour pratiquer le kendo ! Le kendo sportif qui s’est développé après la seconde guerre mondiale a gommé ses influences historiques et spirituelles, du moins dans son développement international, mais ne les a pas rejeté et en a conservé ce qui en fait l’essence. Et c’est en cela que le kendo reste un art martial, et non un simple sport.

Et comme justement, depuis  quelques temps, je m’intéresse aux liens entre le kendo et le bouddhisme et qu’il y a énormément de choses à dire sur le sujet (et que progresser dans la connaissance de ces liens est passionnant),  mon sang n’a  fait qu’un tour quand j’ai appris qu’il ne faudrait plus dire « mokuso » ! Alors je vous livre ci-dessous quelques notes recueillies sur « mokuso ». Ce n’est qu’une sorte de brouillon très incomplet d’un chapitre de ce qui devrait être une véritable encyclopédie « Kendo et Zen » ! N’étant ni un maître de kendo ni un maître du bouddhisme, les propos qui suivent n’engagent que moi et comportent certainement des approximations ou erreurs : je ne demande qu’à les corriger grâce à vos remarques !

Olivier 

 


 

Mokuso : un instant de méditation

Chaque entraînement de kendo commence et se termine par mokuso.

Tout d’abord, les pratiquants de kendo, les kenshi, se mettent en seiza : à genoux, les jambes sous les cuisses, les pieds sont à plat sur le sol et les fesses reposent sur les talons. Les mains sont posées naturellement sur le haut des cuisses, paumes vers le bas. Le dos est bien droit, les épaules sont relâchées. Pour les hommes, les genoux sont écartés de la largeur de deux poings, pour les femmes les genoux sont collés l’un contre l’autre.

Seiza, signifiant « être assis de manière correcte »,  est la position traditionnelle et révérencieuse de s'assoir des Japonais, depuis l'ère Tokugawa (1600) jusqu'à nos jours.

Pour faire mokuso à partir de la position seiza, les kenshi joignent leurs mains devant eux d'une manière bien précise devant leur ventre : main gauche reposant dans la main droite, posées sur le haut des cuisses, paumes en l'air et les deux pouces s'effleurant ; paumes et pouces forment un ovale. Ils gardent leur dos droit et leurs épaules relâchées, ferment à moitié ou totalement leurs yeux et respirent profondément par le ventre de façon lente et silencieuse. Le corps est totalement décontracté, sans aucune crispation ou tension de quelque muscle que ce soit, ce qui ne veut pas dire avachi. 

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En japonais moku, 黙 (もく), veut dire « silence » et so, 想 (そう), signifie « pensée », ce qui fait qu’une traduction littérale de mokuso pourrait être « penser en silence ». Au nouveau pratiquant occidental de kendo, il est souvent expliqué que cet instant de silence permet de se « vider l'esprit », d'oublier les tracas du quotidien et de chasser les pensées et idées parasites qui assaillent notre esprit, ce qui lui permettra de pleinement intégrer l’enseignement donné par le sensei et réaliser les combats au sabre. En fin de séance d’entraînement, les kenshi font à nouveau mokuso, pour à nouveau vider l’esprit des pensées parasites qui auraient pu naître lors de l’entraînement et retrouver la sérénité.

Penser « Je ne penserai pas »

C’est déjà avoir une pensée en tête.

Ne pensez simplement pas

A ne pas penser du tout

(Poème ancien cité par Takuan Soho, XVIIème siècle)

 

Comme il est très dur de ne penser à rien, il est demandé au kenshi de se focaliser sur une respiration juste tout en gardant une position parfaite du corps : ne pas gonfler ses poumons (ce qui aurait pour effet de contracter les épaules) mais inspirer lentement et profondément par les narines en gonflant le ventre ; bloquer un court instant la respiration, puis expirer très lentement par la bouche (qui reste fermée) en poussant les intestins vers le bas, jusqu’à ce que les poumons soient entièrement vides  (des variantes existent sur la façon de respirer, mais ce n’est pas le propos de ce texte). Penser à sa respiration n’est pas « penser à rien » mais permet de ne penser à rien d’autre, ce qui est déjà pas si mal !

Cette façon d’appréhender le mokuso  n’est pas fausse et peut se suffire à elle-même, mais il faut savoir que ce n'est rien d'autre qu'une forme de méditation  Zen ! Ce n'est pas qu'un simple moment de relaxation ou de concentration, car on y cherche vraiment à se « vider l'esprit », c'est à dire à se mettre en condition pour atteindre mushin, la non-pensée.

Le terme "méditation" n’a pas la même signification dans le sens oriental que dans son sens occidental. Pour les occidentaux, la méditation se définit souvent comme "une réflexion profonde sur un sujet", pour les orientaux il s’agit d’un exercice spirituel qui consiste au contraire à évacuer les pensées, les concepts, les sentiments et les émotions de façon à faire apparaître la nature profonde pure et vide de l’esprit (voir http://www.buddhaline.net/La-meditation-bouddhique-une-voie, Dr Trinh Dinh Hy)

Minoru Kyota (dans « Kendo: Its Philosophy, History and Means to Personal Growth ») compare la position utilisée pour le mokuso à la position du lotus utilisée pour la méditation Zen ou Shingon. Le but des deux positions est le même, les éléments à respecter sont identiques (dos, épaules, yeux, respiration, etc). La différence dans l'assise (seiza vs lotus) vient du fait que le samurai devait être disponible à tout moment pour pouvoir bondir en dégainant son sabre. Il est facile de comprendre qu'il est plus rapide de bondir à partir de la position seiza qu'à partir de celle du lotus !

La position des mains (telle que décrite plus haut) lors du mokuso est également issue du bouddhisme : c’est un mudra, position codifiée des mains ayant une signification symbolique. Les cinq doigts de la main gauche symbolisent les cinq éléments (terre, eau, feu, vent, vide) de l’humanité et les cinq doigts de la main droite représentent ceux du cosmos. Le mudra utilisé en kendo symbolise ainsi l’intégration de l’homme et du cosmos. Au-delà de cette symbolique qu’on n’est pas obligé de connaître (si ce n’est par curiosité intellectuelle), la position des mains permet, si elle est respectée, de s’assurer d’être parfaitement détendu, sans crispation musculaire des mains, des bras, des épaules, du corps…

Il y a toutefois une différence entre la méditation zazen (en lotus face au mur) et le mokuso du kendo: dans le premier cas l'objectif est de « regarder à l'intérieur de soi-même », alors que dans le deuxième cas le but est de « lire l'intention de son adversaire ». Mais dans les deux cas, ceci n'est possible que par la non-intrusion de l'intellect dans l'esprit.

L'importance du mokuso, parfois négligée dans les dojos modernes, est donc fondamentale pour la compréhension de la voie du sabre. En faisant mokuso, le kenshi est censé réaliser la fusion corps-esprit et se mettre dans l'état de non-esprit (mushin) qui lui permettra de combattre.  Minoru Kyota fait là une différence entre les sports occidentaux qui utilisent la relaxation (détente, absence d’attention et d’effort) pour contrôler l’anxiété, et le kendo qui préconise la méditation pour maîtriser l’ego.

Consciemment ou inconsciemment, pour peu qu'il soit sincère dans sa pratique du mokuso en cherchant à se « vider l’esprit », le kenshi réalise alors une forme de méditation Zen. Rien de magique là-dedans, les bienfaits du mokuso ne sont pas forcément directement mesurables, mais puisqu’on pratique un art martial issu de la culture Japonaise et puisqu’on veut en garder l’âme, on se doit de comprendre le lien corps/esprit qui est à la base de cette culture.

Bien souvent, dans nos dojos, la durée de cette méditation est beaucoup trop courte : il faudrait qu’elle dure au moins le temps de cinq respirations, voire dix… La pratique de mokuso ne permet pas à elle seule de devenir un bon pratiquant de kendo (sinon tous les moines bouddhistes seraient d’excellents kenshi !), mais en maîtriser la pratique permet certainement de progresser sur la bonne voie.

Et savoir d’où ça vient ne peut pas faire de mal…

Oriibu

 PS: en tout cas, en voici un qu'on n'empêchera pas de faire mokuso: Miyamoto Musashi:

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 (statue de Miyamoto Musashi à Reigando, Kyushu, photo (c) Oriibu 2013)

 

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27 octobre 2013

Philosophie de "Musubi": pour une révolution conceptuelle de la civilisation

Traduction du texte de Soho Machida: "Philosophy Of “Musubi” (Integration)" (http://e.sohozen.com/)

Au cœur de la religion Japonaise, formée des traditions Shinto et Bouddhiste, il y a la philosophie de « Musubi » (intégration).  Le Shimenawa (corde sacrée constituée de torsades de paille de riz) des sanctuaires Shinto symbolise l'intégration du sacré et du profane, de ce monde et de l'autre, de l’homme et de la femme, de l'esprit et de la matière, etc. 

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Le mythe de la création du Japon commence par l'histoire de deux divinités mâle et femelle qui ont fait l'amour, créant ainsi l’archipel japonais. La sexualité en tant qu’acte symbolique de  « musubi » (intégration) entre les deux sexes est célébrée dans la tradition religieuse Japonaise. C'est pourquoi la plupart des rituels anciens du Japon étaient étroitement liés à la sexualité. C’est totalement différent de la tradition judéo- chrétienne qui condamne la conduite pécheresse d'Adam & Eve.

 La civilisation moderne s’est développée sur la base de la dichotomie entre la science et la religion, la nature et l'homme, les possédants et les non-possédants, etc. Depuis la modernisation du 19e siècle, Les Japonais ont également été fortement influencés par cette pensée dichotomique, mais ils conservent cependant une manière de pensée  non-dichotomique ancrée dans leur nature la plus profonde. Diverses caractéristiques de l’ambigüité de la culture Japonaise ont pour origine cette façon de penser.

 L'humanité se trouve confrontée à de nombreux problèmes critiques  tels que l’augmentation générale de la pollution de l’air et de l’eau, l’énorme déséquilibre économique et les sanglantes guerres civiles. Si nous ne changeons substantiellement le cours des choses, nous pourrions être condamnés dans un avenir proche à connaître l'effondrement de la civilisation, telle une Tour de Babel contemporaine.

La civilisation moderne arrive à un tournant où la philosophie de la vie humaine peut passer de la dichotomie à la réintégration, car nous ne pouvons plus continuer à surexploiter les ressources naturelles et les peuples défavorisés. Les croyants comme les non-croyants doivent coopérer ensemble pour la construction d'une société meilleure. À cet égard, la philosophie japonaise de « musubi » peut grandement contribuer à la révolution conceptuelle de la civilisation.

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Soho Machida ("Philosophy Of “Musubi” (Integration)" http://e.sohozen.com/)

Traduction Oriibu

(photos (c) Oriibu 2013)

Lire aussi sur ce blog: Musubi, naissance et devenir de toute chose

 

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