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Voici un petit livre qui raconte le cauchemar absolu de la première bombe atomique, tombée sur Hiroshima le 6 août 1945. Petit livre par la taille (50 pages) et le prix (5€), mais grandiose par la puissance du récit que fait Hisashi Tôhara de cette terrible journée qu’il a vécu dans toute son horreur. Il avait alors 18 ans, et ce n’est qu’un an plus tard qu’il écrivit ce texte, comme pour se défaire d’un trop lourd fardeau. Ce journal intime est resté caché, jusqu’à ce que la femme d’Hisashi, Mieko, le découvre très récemment, 3 ans après sa mort. Elle n’avait jamais interrogé son mari sur ce qu’il avait vécu à Hiroshima, respectant son silence sur le sujet, mais quand elle a découvert ce texte, elle a décidé de le diffuser, persuadée que c’est ce qu’aurait voulu Hisashi.

Le texte se lit d’une traite, impossible de relâcher le livre tant que la dernière page n’est pas finie…  Ce témoignage « direct » est terrifiant. Les premières lignes sont consacrées à l’effet terrible qu’a eu la bombe A : « le grand Japon a tremblé sur ses bases avant de s’effondrer »… Ce n’est pas une considération politique, mais juste la réflexion d’un jeune japonais de 19 ans, un an après la fin de la 2ème guerre mondiale, dans un Japon dévasté, occupé par l’ennemi d’hier, affamé par de très mauvaises récoltes. Plus de compassion, « chacun a trop à faire pour survivre ». Et malgré tout, l’auteur veut garder espoir dans l’avenir et espère une récolte abondante de riz.

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Le reste du livre est consacré à la description de ce qu’a vécu Hisashi ce 6 août 1945. Ce lundi là, le lycéen va dès le matin à la gare de Yokogawa pour aller rejoindre sa famille. Tout à coup « les alentours s’éclairèrent au point [qu’il en fut] aveuglé ». En même temps qu’un terrible grondement, un déluge de lumière envahit le wagon dans lequel  Hisashi était assis avant d’être projeté en avant après avoir ressenti une intense brulure à la nuque…

 

Puis c’est l’obscurité, les cris, les bousculades… Hisashi se retrouve à courir pieds nus dans la ville, fuyant les flammes qui ravageaient les maisons soufflées par l’explosion. Personne ne sait ce qu’il est arrivé. Hisashi pensait à une bombe incendiaire tombée sur la gare, mais il découvre que toute la ville est anéantie… Ce n’est plus une ville, mais l’enfer. Le lycéen croise des gens horriblement brulés au visage, des enfants couverts de sang qui courent en appelant leurs parents, des femmes aux vêtements en lambeaux  et à la peau noircie par le feu. Hisashi aida bien une mère à dégager sa fille coincée sous un pilier, mais il raconte aussi ne pas avoir répondu à l’appel au secours d’un homme. Il écrit alors être éprouvé du dégoût envers lui-même à l’idée que cette réaction donne une fausse image de lui. Mais à ce moment là, il fuyait l’incendie, terrifié à l’idée de mourir par le feu. Réfugié avec son ami sur une épave au milieu de la rivière, il ne répondra pas non plus à l’appel d’une mère et ses deux filles pour fuir ensemble. Et il écrit : « nous ne savions pas comment préserver notre vie, alors comment aurions-nous pu nous soucier de celle des autres ? »

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 Pourtant, c’est une de ces jeunes filles qui le sauvera plus tard dans la rivière, en lui donnant une planche à laquelle il pourra s’accrocher. « J’étais effrayé par la force ignoble qui me rattachait à la vie ».

 

Ensuite, Hiroshi se retrouve dans un hôpital militaire improvisé, où le médecin le considérant comme valide lui donne des ordres sans ménagement. Les blessés affluaient, cheveux grillés, lèvres boursouflées, visages gonflés et violacés… Silhouettes dont la vue était insoutenable.

Le lendemain, Hiroshi put rentrer chez ses parents et les retrouver sains et saufs. Il resta couché plusieurs jours, fiévreux et souffrant atrocement de la brûlure à la nuque.

Le 15 août, l’empereur du Japon fit une déclaration à la radio… Instant incroyable où les japonais entendirent pour la première fois la voix d’Hiro Hito. Les mots qu’il prononça étaient incompréhensibles, mais un commentateur les répéta et il apparut que le Tennô  demandait au peuple japonais d’accepter la défaite…  

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C’est après  ce discours qu’Hiroshi apprit ce qu’était une bombe atomique. 100.000 morts des effets directs de la bombe, et des milliers d’autres de la maladie appelée « syndrome de la bombe atomique ». Ceux qui avaient survécu aux effets directs de la bombe mais perdaient leurs cheveux n’étaient même plus soignés... Hiroshi écrit ces mots terribles : « j’ai vécu en tirant chaque matin sur mes cheveux pour me convaincre que je tenais encore le coup »….

Pikadon, c’est le petit nom « affectueux » que les japonais donnent à la bombe atomique : pika veut dire éclair, et don est le bruit de la détonation, donné par les enfants après l’explosion…

Merci à Mieko Tôhara d’avoir permis la diffusion de ce texte écrit par son mari il y a 65 ans. Ce livre poignant nous permet en effet de comprendre le cœur du jeune Hisashi. Et nous permet de comprendre pourquoi l’arme nucléaire doit être définitivement éradiquée de la planète.

Merci Hisashi.

 

Le 21 juillet 2012,

Oriibu

 Référence :  Il y a un an Hiroshima, (Titre original : Genshi bakudan kaiko), Hisashi Tôhara, édition arléa, mars 2012

 Voir l'article de ce blog sur Hiroshima aujourd'hui (Oriibu, avril 2012): Hiroshima, cité de la paix…

 Et un site très complet, pour tout savoir sur la tragédie d'Hiroshima: http://nezumi.dumousseau.free.fr/japon/hiroshima.htm

 

Quelques photos d'Hiroshima, 66 ans après... ( photos (c) Oriibu, décembre 2011):

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