Après "Ce Japon qu'on aime tant et qui nous le rend si bien" (voir chronique) Guillaume Tauveron nous offre un nouveau documentaire (diffusé en version intégralement gratuite sur internet) que ce blog ne pouvait pas passer sous silence, qu'on en juge... 

Ce documentaire donne la parole à des habitants de la côte Est du Japon et plus précisément de la préfecture de Miyagi (capitale Sendai, région du  Tohoku), terriblement touchée par le tsunami qui a suivi le tremblement de terre du 11 mars 2011. Qu’ils soient pêcheurs, agriculteurs ou chef d’entreprise, leurs paroles nous permettent de comprendre la situation des habitants de cette côte meurtrie, deux ans après la catastrophe destructrice et meurtrière.

Clipboard01Aucun sensationnalisme ni sensiblerie déplacés, juste des mots simples prononcés avec une pudeur naturelle et un optimisme désarmant. Le tsunami est passé par là, mais la raison de vivre reste la même. Que ce soit les paroles du pêcheur qui dit « Lorsque je pêche, je ressens une sorte d’accomplissement » ou celles de l’agricultrice qui affirme « pour les tomates, de la graine à la plante puis de la plante au fruit, toutes les étapes sont appréciables », elles auraient pu être prononcées avant le tsunami… Mais deux ans après ce désastre, elles ont une toute autre résonnance, pleine de sagesse et d’espoir.

Chacune des personnes interviewées a vécu le tsunami de près, victime directe ou indirecte de la vague qui a dévasté les ports et villages de la côte. Elles nous parlent de la vague, mais aussi du froid terrible et meurtrier qu’elles ont subi pendant plusieurs jours.

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En quelques instants, leur vie a basculé ce 11 mars 2011. Certains ont perdu leur maison, leur outil de travail, des amis ou des membres de leur famille…  Le directeur du journal « Ishinomaki Hibi Shimbun » nous raconte comment, alors que son atelier fut détruit, il continua à diffuser son journal en le réalisant à la main… [voir article dans ce blog : Ishinomaki Hibi Shimbun: 6 exemplaires "à la main"].

Les pêcheurs, les agriculteurs, tous les travailleurs ont pensé que tout était fini…

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Et pourtant, en repartant de zéro, la reconstruction a commencé.  C’était même plus dur que de repartir à zéro, car il a fallu parfois raser ce qui tenait encore debout mais ne pouvait plus être utilisé, nettoyer les terres stérilisées par le sel de mer et polluées par les produits chimiques issus des usines dévastées, reconstruire les parcs à huitres, etc.

 « Ce ne sont pas seulement les forts et les sages qui survivent, mais ceux qui arrivent à s’adapter »… Les habitants du Tohoku nous montrent dans ce film leur force d’adaptation. Ces habitants de Miyagi n’ont pas attendu l’aide de l’Etat pour réagir, car celle-ci est venue bien tard et reste parcimonieuse… Ils se sont pris en main, avec un grand élan de solidarité simple et naturelle, sans tapage, entre les sinistrés eux-mêmes mais aussi grâce à l’aide individuelle de personnes venant du reste de la préfecture de Miyagi, du Japon et même de l’étranger.

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Le film nous montre un fonctionnaire de la préfecture de Miyagi qui, conscient de la lourdeur et de la lenteur de l’administration japonaise, a créé une ONG (Five Bridge) permettant d’organiser avec efficacité l’aide des bonnes volontés individuelles des habitants de Sendai et de Miyagi. Un ostréiculteur nous rappelle que, si dans les années 70 la culture de l’huitre en France a été sauvée par des naissains venant de Miyagi, c’est aujourd’hui l’ostréiculture de Miyagi qui  a reçu en retour une aide des ostréiculteurs Charentais [voir sur ce sujet le reportage France 3 : okaeshi ].

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Deux  ans après le tsunami, « il reste beaucoup de chemin à faire »… Les huitres réimplantées n’ont pas encore atteintes une taille commercialisable, et les terres agricoles n’ont été réhabilitées que dans une très faible proportion. Mais là encore, une agricultrice de Miyagi nous donne une clé pour comprendre ce qui fait le courage des sinistrés : « Quand les gens commencent à se plaindre ils n’arrêtent plus ».  Et plus loin : « si c’est une épreuve qui m’a été donnée et qu’elle est surmontable, il  n’y a pas de raison que je dépende des autres ». Ceux qui reconstruisent le tissu économique et social ont une forte conscience que ce qu’ils font est fondamental pour faire revenir ceux qui n’ont pas eu d’autre choix que de quitter de la région.

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Il faut attendre les deux tiers du documentaire pour que le problème de la radioactivité soit évoqué, ce qui correspond à une réalité sur place : l’enjeu majeur et urgent est de rétablir les infrastructures permettant à la population de vivre, économiquement et socialement. La radioactivité issue de la catastrophe de Fukushima (située dans la préfecture voisine) est évoquée comme une gêne à la reprise économique : les produits de la pêche ou de l’agriculture de Miyagi sont parfois interdits à la vente, mais même déclarés sains suite aux contrôles effectués, ils sont toujours suspects aux yeux des consommateurs Japonais, et encore plus aux yeux des étrangers. Les habitants de Miyagi ressentent cela comme une injustice contre laquelle leur courage et leur détermination ne peut pas grand-chose.

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Agriculteurs, pêcheurs, industriels, journalistes et restaurateurs espèrent cependant que leur région retrouvera une vie normale, et même que leur génération qui a tout repris à zéro soit « le commencement d’autre chose ». L’industriel du poisson rêve que sa marque soit un jour reconnue comme un gage de qualité, l’agricultrice veut devenir un modèle, le producteur de sake veut que son produit soit renommé, le pêcheur souhaite transmettre son savoir à la prochaine génération, le producteur de fraises espère que sa ville retrouvera une vitalité attrayante.

Chacun d’entre eux, avec modestie mais conscience de l’importance de son rôle dans la société, nous donne une grande leçon de Courage et d’Espoir, loin de toute polémique stérile.

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Alors oui, ce documentaire est parfaitement réalisé et nous permet de toucher de très près la réalité de la Côte du Tohoku, deux ans après le tsunami du 11 mars 2011.

Il ne vous reste plus qu’à cliquer sur  http://www.youtube.com/watch?v=LKRW_yAWYqo&feature=youtu.be et de consacrer 28 minutes de votre temps à regarder ce magnifique et passionnant documentaire réalisé par Guillaume Tauveron, disponible en intégralité et gratuitement sur internet.

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Le 7 octobre 2013,

Oriibu

 

références:

Hopes & Bravery in Miyagi's fields :  Documentaire sur les agriculteurs de la préfecture de Miyagi dans le Tohoku, 2 ans après le tremblement de terre et le tsunami du 11 Mars 2011.

Réalisateur : Guillaume Tauveron

Producteur : Yoshimitsu Homma (Izanami Inc)

Co-producteur : Claude Yoshizawa