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La question peut paraître étrange ou saugrenue, mais elle ne l’est pas tant que ça quand on connaît le profil moyen du pratiquant de kendo : est-ce que l’art du sabre peut être utile, un jour, à la piscine ?

Sous-entendu : est-ce que des centaines ou des milliers d’heures de pratique du sabre (fusse-t-il en bambou), de cris et de sueur peuvent un jour servir à quelque chose à la piscine ? Parce que c’est bien connu : quand on rate un entraînement de kendo, c’est parce qu’on a piscine.

Question quasi existentielle qui pourrait provoquer un débat houleux entre kendokas lors du debriefing d’un entraînement, plus couramment appelé biru geiko (entrainement à la bière).

On aura beau cherché, on ne trouvera pas la réponse dans l’Hagakure ou le Go Rin No Sho, ni dans Kendo The Definitive Guide. Ni dans Star Wars ou Karate Kid, le Secret des Poignards Volants ou Panique à Tokyo (film qui n’existe pas mais où, dans mon imaginaire, joue Steven Seagal).

Alors où ?

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Et bien dans Shokuzai Episode 2.

Là, je suis obligé de faire une digression pour resituer le contexte. Que ceux que cela n’intéresse pas aillent reprendre une bière et reviennent dans cinq minutes. Je serai rapide.

Shokusai est un film en cinq épisodes racontant le destin tragique de quatre gamines Japonaises qui ont aperçu le visage de l’assassin d’une de leurs amies, mais n’ont jamais pu le décrire. La mère de la petite fille violée et assassinée déclare alors aux fillettes qu’elles devront expier leur silence, les rendant complices involontaires de la mort de sa fille. D’où le titre du film « Shokusai » que l’on peut traduire par « pénitence ».

Jusqu’ici, me diriez-vous, rien à voir avec le kendo (non, le pervers ne faisait pas de kendo…)

Mais c’est là que ça devient intéressant, enfin dans le second épisode de la série, car une des quatre fillettes, Maki, est devenue institutrice et pratique le kendo. Elle est même très douée dans la voie du sabre.

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Et c’est là que ça devient très très intéressant, et qu’enfin on va savoir si le kendo peut être utile à la piscine…  En effet, alors que Maki accompagne un beau jour ses élèves à un cours de natation sous la houlette d’un professeur de gym qui en pince pour elle, un énergumène (qui ne semble pas avoir le gaz à tous les étages) fait irruption un couteau à la main, terrorisant à juste titre tous les enfants qui sautent à l’eau pour échapper au fou furieux. Le problème, c’est que le prof de gym n’écoutant que son courage (qu’il a bien faible) fait de même : il saute dans l’eau pour se planquer.

Croyez-vous que Maki prit le maquis ? Non : je vous rappelle qu’elle fait du kendo. Alors elle se saisit d’un manche à balai qui traîne par là et se met en garde face au débile au couteau. Et là : seme, zanshin, kamae, ki ken tai et paf… kote men (demandez à votre ami qui fait du kendo de vous  expliquer, vous en aurez pour des plombes). Le mal-pensant lâche alors son couteau, et re-paf : men, men et re-men (c'est-à-dire coup, coup et re-coup sur la tête).

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Bref, vous l’avez compris : Maki a maté foufou. Inutile de vous dire qu’elle a alors été considérée comme une héroïne par les parents d’élèves et la hiérarchie de son école, et vous vous dîtes que tout est bien qui finit bien.

Et bien non. Car le monde n’est pas si simple… Jalousie, médisance, mesquinerie ont aussi cours dans une petite école japonaise… La rumeur s’installe alors dans la petite communauté : Maki a certes désarmé le foldingue, mais elle en aurait rajouté… Elle se serait acharnée sur lui plus que nécessaire, le frappant avec violence alors que le danger était déjà écarté. D’ailleurs, ne dit-on pas que lors d’un combat de kendo elle se serait défoulée plus que de raison sur une adversaire plus faible qu’elle ? (toute ressemblance avec un personnage existant serait bien sûr fortuite) Ne serait-elle donc pas un danger pour ses élèves ?

Alors, après la réunion où elle a reçu moult félicitations, la voici convoquée à une nouvelle réunion avec les parents d’élève pour s’expliquer sur sa violence… Et là, elle s’excuse, mais elle avoue… ben oui, elle n’a pas attaqué le foutrax pour défendre les enfants, mais juste pour se défouler, pour laisser s’extérioriser tout ce qu’elle retenait en elle depuis ce fameux jour où son amie a été assassinée…

Et elle démissionne.

Mais ce n’est pas fini, car le prof de gym qui s’était jeté dans la piscine en voyant le fou au couteau (au lieu d’à minima essayer de protéger les enfants dont il avait la responsabilité), devenu à moitié zombi à force de déshonneur, arrive et colle une droite à Maki.

Elle tombe à terre, se cogne violemment le crâne et meurt en essayant de décrire dans un dernier souffle le visage de l’assassin de son amie. Mais elle n’y arrive pas…

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Bref, pour en revenir à la question initiale, on voit bien que le kendo peut servir à la piscine ! A la condition sine qua non, toutefois, de trouver un manche à balai au moment opportun. Certes.

N’empêche que l’action de Maki, action quasi réflexe suite à des heures et des heures d’entraînement, a permis de neutraliser un fou furieux qui s’attaquait à des enfants. On peut toujours chipoter et dire qu’elle n’aurait pas dû lui défoncer le crâne mais se contenter de lui faire lâcher son couteau… Mais merde, on n’est pas chez les bisounours.

Alors oui, le kendo peut servir à la piscine. Ca sert à ne pas se jeter à l’eau en pétant de trouille face à un adversaire.

Voilà, ma chronique est finie.

Le reste du film est très bien, et sincèrement je vous conseille de le voir.

Oriibu

 

Titre original : Shokuzai

Réalisé par Kiyoshi Kurosawa

Ecrit par Minato Kanae, Kiyoshi Kurosawa

Avec Kyôko Koizumi, Hazuki Kimura, Yû Aoi

Année : 2012

Pays : Japan

Durée : 270 min